Comment le piano m’a fait (re)découvrir le rap

Dans le rap, je m’étais arrêté à Diam’s qui était la reine quand j’étais gamin, et plus récemment Orelsan qui m’avait transporté avec son « Chant des Sirènes ». Depuis, rien. Le rap parait lointain quand on ne s’y intéresse pas. Il semble être un monde à part. Et à l’extérieur, on ne l’imagine que par ses clichés. Cité, banlieue, violences. Vision erronée, mais encore faut-il avoir le courage d’oser y plonger.

 

Le rap boom-boom

Conforté par mes clichés, le rap je ne veux pas l’écouter. Il faut dire que moi, ce que j’aime, ce sont les chansons à voix. Les trucs calmes, posés, un doux piano-voix, comme Sam Smith, par exemple. Je suis fasciné par la technique et la maîtrise vocale. Alors un boom-boom, un rap vener, du vocodeur, ça ne me tente pas trop.

Mon amie Thaïs est passionnée de rap. Elle connait tout, des rappeurs·euses connus·es aux artistes émergents, et elle en parle dans son podcast « Pop Express ». Alors le rap, je le vois passer, au travers de nos discussions de groupe, de ses posts sur les réseaux sociaux, et surtout de ses épisodes. Curieux de connaitre ce qu’elle produit, profitant du format court avec des épisodes d’environ 5 minutes, je me laisse tenter. J’écoute, je découvre un peu, mais pour le moment les extraits musicaux ne me donnent guère envie d’en entendre plus.

 

Médine est Grand Médine

Afin d’éviter de devenir un vieux con ignorant, je me décide à franchir le cap et je passe à l’écoute de l’album Grand Médine de Médine, que Thaïs avait vanté. Je ne sais pas si je peux qualifier ça de révélation, mais on en n’est pas loin. A vrai dire, il y aurait même deux révélations. La première, c’est qu’en écoutant l’album, j’ai écouté les paroles. J’y ai découvert des textes riches, emplies de références historiques, culturelles, sociétales. Les sujets évoqués sont forts. Je découvre et déconstruis, par la même occasion, ce cliché qui voudrait que les rappeurs soient ignares. Médine est tellement plus cultivé que je ne le suis moi-même. Seconde révélation, les instrus ne font pas boom-boom. Les prods sont belles, les intros douces, avec du piano parfois (joué par les mains d’un certain Sofiane Pamart, ça aide). Et à raison, ça se rapproche de ce que j’aime écouter finalement, alors ça me plaît.

Bref, je viens d’écouter du rap, et j’ai aimé ça.

 

Le piano qui rappe

Curiosité oblige, si j’ai aimé un album, peut être que je vais en aimer d’autres. Alors j’essaie de découvrir de nouveaux artistes. Parfois j’aime bien, parfois pas du tout. Le rap un peu trop énervé (à ce moment, ma limite était encore assez basse), ça ne me dit rien. Alors je passe, pour ne pas m’en dégouter. J’ai trouvé un équilibre avec des artistes que j’aime bien : Damso, avec son album QALF notamment, et surtout Dinos. Quand je suis tombé sur « Helsinki », j’ai tout de suite accroché au point de l’écouter en boucle. Il faut dire que cette chanson, c’est presque une ballade, alors logique qu’elle me plaise autant.

A force d’écoutes, j’affine mes goûts. J’ai remarqué que les morceaux qui me plaisaient le plus étaient ceux avec du piano (rapprochement à mes goûts musicaux de base, encore une fois). Une intro piano, de style classique, puis un rap qui vient se poser dessus, naturellement, et enfin une prod qui vient sublimer l’ensemble. Cette association est une évidence.

Le meilleur exemple est « 93 mesures » de Dinos :

En réalité, quand je parle de piano, je parle surtout d’un pianiste : Sofiane Pamart. Véritable virtuose, médaille d’or du Conservatoire National de Lille, il a toujours été guidé par le rap. Pianiste classique au milieu d’un univers rap, c’est ainsi qu’il collabore avec de nombreux artistes pour créer des prods incroyables, à l’image de « 93 mesures » avec Dinos.

 

Le King, Sofiane Pamart

Sofiane Pamart

Et puisque la musique est un voyage, rythmé d’influences, je me balade pour découvrir et redécouvrir. J’ai écouté du rap, que j’ai apprécié grâce au piano qu’il y avait dedans. J’ai découvert que celui qui était derrière ce piano, c’était Sofiane Pamart. Alors j’ai cherché à le connaitre, et c’est ainsi que j’ai découvert ses albums solos, ceux d’un pianiste classique, d’une musique classique. Je redécouvrais le bonheur d’une musique pure, apaisante. Cette promenade éclectique guidée par ma curiosité m’amenait à découvrir toujours plus. Je me délectais de cette « Letter » que Sofiane nous confiait, et qui disait « Dear public, your love saved me from solitude forever. Sincerily, Sofiane. PS : I wrote this album in Asia. »

 

Le rap et l’art

Au fur et à mesure, ma culture rap s’accroissait. Car j’avais maintenant pris la pleine mesure de ce qu’était le rap, j’avais fait tomber un à un tous les a priori qui étaient les miens. Je ne découvrais alors non plus seulement des rappeurs, mais des artistes.

L’art étant multiple, il n’est plus seulement question de musique. C’est ainsi que je découvrais, grâce à Thaïs, le projet de Laylow, « L’étrange histoire de Mr.Anderson ». Avec son intérêt pour le cinéma, que je partage également, Laylow nous confie non seulement un album de musique (si tant est qu’on puisse appeler ça seulement un album), mais aussi un court-métrage qui l’accompagne.

L’étrange histoire de Mr.Anderson est imagée dans un film et racontée en storytelling dans l’album. Le mélange des supports et la narration élève la musique au niveau supérieur, c’est pourquoi cet album n’est plus un album mais devient un véritable projet artistique. Incroyable.

Puisque les rappeurs ne sont plus uniquement des rappeurs, on les retrouve ailleurs, et comme mon intérêt est grandissant, je m’y intéresse. Je profite donc des productions Netflix pour y découvrir les artistes différemment. La série « Nouvelle école » où je découvre qui est SCH ou encore Sofiane Zermani en acteur dans le film « Sous emprise ».

 

Piano, rap, show

Ce jeudi 17 novembre 2022 est une date historique. Sofiane Pamart vient de remplir Bercy, c’est la première fois pour un pianiste soliste. Je ne m’en rendais pas encore compte, mais pour moi, cet évènement allait devenir symbolique.

Sofiane Pamart

Source image : Twitter Sofiane Pamart

Dès le début, ça s’annonçait incroyable. Sofiane, étincelant, fait son entrée assis à son piano sur une plateforme qui descend du ciel. Il commence par jouer « Dear », le premier morceau de son album que j’aime particulièrement. Les premiers invités viennent l’accompagner, Kimberose et Rilès. La scénographie est magnifique. Je me doutais qu’il y aurait des invités rappeurs, mais jamais je n’aurais pu imaginer autant.

Alors quand le premier rappeur qui monte sur scène est SCH, je me dis « wahou, ça va être dingue ». D’autant plus que celui qui lui succèdera ne sera autre que Joey Starr, improbable. En plus, je viens de terminer la série Arte « Le monde de demain » qui retrace ses débuts avec NTM, et que je ne connaissais pas. Je suis donc admiratif de le voir là, devant moi.

Le show s’enchaine, les morceaux classiques alternant avec les venues d’invités. Je reconnais l’intro piano d’une chanson, mais je capte seulement lorsque Dinos monte sur scène que c’est « 93 mesures », je suis aux anges de pouvoir profiter de ça en live. La liste des invités est juste dingue, puisque c’est Josman et Laylow qui arrivent ensuite.

Le concert est extrêmement bien rythmé, ça passe du classique au rap naturellement. Lina Pamart vient avec son violon accompagner son frère sur scène. Puis on retrouve d’autres rappeurs, Scylla et surtout Médine, que je suis enchanté de découvrir sur scène.

 

La boucle se boucle

Après un spectacle incroyable, il est temps pour Sofiane Pamart de terminer ce concert. Alors, comme un symbole, il met le feu au piano, le même qui lui a servi à enflammer la salle depuis 2h30. La boucle se boucle, Sofiane repart comme il est venu, avec son piano, s’élevant dans les airs vers le toit de Bercy.

Sofiane Pamart

Source image : RadioFrance

Pour moi aussi, avec ce concert, la boucle s’est bouclée. Encore sous l’euphorie de ce moment d’Histoire, je réalisais toute la symbolique de ce qui venait de se passer. J’y étais avec Thaïs, celle qui m’a fait découvrir le monde du rap, pour y voir Sofiane Pamart, celui qui m’a donné goût au rap. J’ai vu sur scène parmi les plus grands rappeurs français, que je ne connaissais pas il y a un an et que j’ai appris à découvrir depuis : Médine, parolier incroyable, Dinos, dont j’aime chacun de ses morceaux ou encore Laylow, que j’admire pour son projet artistique incroyable.

Ce concert, c’est l’apothéose de tout ce que j’ai découvert dans le rap. Et cette boucle qui se referme, elle ne signifie pas une fin, mais un début.

Puisque le rap, indéfiniment, m’a adopté.

 

 

 

 

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Julch

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