Se mettre à la danse adulte

Après avoir passé les 25 ans et ses premiers signes de décroissance physique, sans pour autant être arrivé à l’étape bedonnante*, c’est maintenant que je me suis décidé à commencer la danse, pour la première fois de ma vie. C’est ainsi que j’ai débarqué dans le groupe Adultes de l’école de danse, pour faire du Modern Jazz. Entre défi physique et amusement, rigolades mais galère de chorés, je vais vous raconter mes débuts de petit rat.

*pour des raisons évidentes de non-assumage, l’âge exact ne sera pas communiqué, veuillez nous en excuser.

danseur

 

La genèse

J’ose croire que Kamel Ouali ait eu une subliminale influence lors de mon enfance. Mais si je devais donner un déclic, il me semble que ce serait un peu plus tard. Un certain 21 novembre 2015. Ce soir-là, Loic Nottet et Denitsa Ikonomova rentraient dans l’histoire de l’émission Danse Avec Les Stars en étant les premiers à obtenir la note de 10/10 de la part de chacun des jurys. Ils venaient d’enflammer la piste, d’embraser le jury et d’éblouir la France entière avec leur danse contemporaine sur le titre Chandelier de Sia.

Après avoir vu ça, je me suis dit « wahou, j’aimerais tellement pouvoir faire ça ». Oui mais voilà, il faut de la motivation, parce que ça demande du travail pour en arriver là. Et à ce moment-là, je n’en ai pas.

Les années passent puis je découvre Tom Holland, qui va littéralement m’éblouir, avec sa prestation incroyable sur Umbrella de Rihanna.

Il a réactivé l’envie, et je me dis de nouveau « wahou, j’aimerais tellement pouvoir faire ça ». Mais encore une fois, je me sens bien trop loin d’être en mesure de réaliser ça.

Avec les confinements, je passe beaucoup de temps à la maison, j’écoute beaucoup de musique, je danse énormément dans mon salon, sans personne pour me voir. Je suis tantôt un danseur étoile, tantôt un incroyable danseur contemporain, tantôt j’ai un jeu de jambes époustouflant sur une musique jazz. Evidemment, cela me semble extrêmement beau car je ne suis pas en capacité de me voir, ni personne d’autre d’ailleurs.

Eté 2022. C’est en discutant de nos rêves avec une amie que ressurgit cette envie de danser. J’ai soudain une légère motivation, contrebalancée par une légère peur de débuter seulement maintenant, adulte.

 

L’inscription

Septembre 2022, forum des associations. Alors que j’errais sur le stand de l’école de Musique, ma professeure de chant me dit qu’elle s’est inscrite à la danse, qu’elle reprend après de très longues années sans avoir pratiqué. Je lui réponds que j’aimerais bien aussi m’y mettre. Et là, c’est le drame ! Avant que je n’eus le temps de réagir, elle m’avait attrapé par le bras, tiré jusqu’au stand à côté (évidemment le stand de l’école de danse est juste à côté), et indiqué aux gentilles dames que je souhaitais m’inscrire. Voilà comment en moins de 5 minutes je me suis retrouvé à signer une fiche d’inscription ! C’était parti !

À vrai dire, je ne savais absolument pas dans quoi je m’étais engagé. C’est environ deux heures avant le premier cours que je m’en suis rendu compte. Lorsque j’ai réfléchi aux affaires que j’allais mettre. Dans mon sac, il y aura des affaires de sport, un jogging et un t-shirt trouvé à l’arrache, ce sera bien pour commencer. Mais attendez, dans « affaires de sport », il y a « sport ». Quoi ? Vraiment ? C’est donc là que je réagissais, ce sera normalement un peu plus physique que lorsque je dansais dans mon salon. Je n’avais absolument pas prévu ça ! Il était trop tard pour renoncer.

 

Le premier cours

J’arrive sur ce premier cours tout timide et studieux, en attendant de voir à quelle sauce je vais être mangé. On décompose pas-à-pas afin de les mémoriser les différents mouvements d’échauffement. Je découvre quelques termes techniques tels que la position première. Ensuite, on ajoute de la musique pour avoir un peu de rythme. Ça commençait bien, l’ambiance est très bonne dans le groupe, il y a beaucoup de débutants, je ne suis pas si largué que ça. Quand SOUDAIN, on doit faire des abdos et du gainage. Pardon ? C’est une blague ? Je suis pas venu ici pour souffrir, ok ? Là, clairement, je n’étais pas prêt, mon corps non plus. La dernière fois que j’avais fait des abdos et du gainage, c’était il y a au moins deux ans. J’avais (pensé) signer pour faire de l’art, pas du sport !

Et ce n’était que le début. On allait maintenant passer aux étirements. Mon âge allait me sauter à la gueule tel un élastique tendu qu’on espère envoyer loin mais pour lequel on lâche le mauvais doigt. J’étais resté avec l’image de moi, jeune, enfant, avec plein de souplesse. Je me retrouvais tout à coup dans un corps quasi trentenaire, raide comme un bois massif. Il me semble que ce moment fut plus dur mentalement que physiquement. Je n’arrivais même pas à tendre les jambes. Alors vous imaginez bien que pour aller toucher mes doigts de pieds, j’avais l’impression d’avoir les mêmes bras que Mimie Mathy. Je tente de positiver en me disant que ça viendra, que ça ira de mieux en mieux, et que ça ne peut me faire que du bien de retrouver une forme physique.

danseur étirements

 

Un homme à la danse

J’accorde très peu d’importance au genre et aux stéréotypes qui lui sont associés. Mais il est vrai que lors de mon inscription, ma professeure était ravie d’accueillir dans son groupe un second homme, sur un groupe de douze. En effet, j’imagine que la pratique de la danse Modern Jazz est loin d’être paritaire. Cela se ressent dans les équipements disponibles en magasin.

J’avais déjà paniqué en voyant sur le règlement que les chaussons de danse étaient obligatoires. Je me demandais ce que c’était, et surtout où en trouver. On m’avait vite rassuré en me disant que ça n’était pas obligatoire pour les adultes. Ouf. En revanche, mon jogging fait plutôt bien le job mais n’est clairement pas idéal. Alors quand je vois toutes ces femmes avec leur legging, je me dis que ce doit être vraiment confortable et pratique.

Je me rends donc dans le célèbre magasin de sport à l’enseigne bleue en quête d’un legging, homme. On ne va pas se mentir, le rayon danse est loin d’être le plus fourni et j’ai déjà galéré à le trouver. Quand j’y arrive, je regarde un à un les modèles de legging, au nombre de cinq. Pas un seul pour homme. Dans un élan d’optimisme, je me lance dans l’essayage d’un modèle femme, en me disant qu’il serait probablement mixte. C’est ULTRA confortable ! Le problème, c’est qu’au niveau de l’entre-jambe, ça n’est pas taillé pour un homme. Elle est bien là la différence et rend le produit non-mixte. Parce que bon, quand même, je recherche un minimum d’élégance. Ce sera au moins ça de gagné pour combler l’élégance que je n’ai pas encore en dansant !

Il me faudra donc passer par une commande en ligne sur un site spécialisé, sans pouvoir essayer ni ressentir la matière. Et là, tout de suite maintenant, j’ai la flemme.

 

Les cours d’après

Ayant surmonté les courbatures du premier cours, revenant avec mon jogging qui fait l’affaire, je continuais enchanté et motivé. J’étais maintenant prévenu, je savais que j’allais souffrir. On attaque les échauffements direct en musique, et au fur et à mesure, ça commence à bien s’enchaîner. Pour les abdos, je sais ce qui m’attend, mais je suis motivé donc je fais de mon mieux. Même si pour le moment, la saturation de mes abdos arrive avant la fin des exercices… Puis arrive les étirements. Je ne veux pas dire que ma professeure est sadique, mais disons qu’elle rigole quand elle nous voit souffrir.

On a eu le droit à une position gynécologique (allongé sur le dos les jambes écartées) plutôt éprouvante. J’ai bien senti que j’avais des adducteurs, enfin je ne sais pas s’ils étaient encore présent après. Mais maintenant je sais que je suis prêt pour accoucher. Puis cette fois où l’on s’est retrouvé à travailler la souplesse à la barre (à souffrir, pour traduire). Avec une professeure riante en nous voyant, qui profite de nos galères pour en faire une story Instagram (je le répète, elle n’est pas sadique…).

Bon d’accord, je dresse là un bilan un peu à charges. Physiquement, se remettre en condition n’est pas simple, mais tout n’est pas que souffrance. En fait, il s’agit juste de pousser un peu plus la limite à chaque fois, raisonnablement. Ok je suis raide comme un piquet, mais je sens que c’est de mieux en mieux à chaque cours, même si de l’extérieur ça ne doit toujours pas se voir ! Chacun appréhende sa souplesse à sa manière. Quand certains en sont déjà à faire un beau grand écart, moi j’en suis loin. Mais je pense que c’est principalement à cause de mon jogging pas idéal pour cet exercice (#mauvaisefoi).

 

Défi seulement physique ?

On pourrait croire que ma plus grande difficulté soit physique, mais au final pas du tout. Le truc qui déconne chez moi, c’est le cerveau ! La compréhension de l’apprentissage des pas, des enchainements, de savoir ce que doivent faire les bras, de synchroniser pieds et bras. Pour moi, rien ne va ! Prenons l’exemple du pas de bourré, pas rudimentaire en danse. Quand on décompose le pas, lentement, ça va. Quand on enchaine sur un deuxième, ça se complique. Si on ajoute les bras, je commence à me perdre. Et si on fait le tout sur un rythme de musique, je suis perdu ! Visiblement trop d’informations à traiter en même temps pour mon cerveau !

En réalité, la danse demande énormément de concentration. Les pas s’enchaînant, notamment lors d’une chorégraphie, on peut rapidement perdre le fil. Ce n’est pas simple de se concentrer à bien faire les pas, de penser à la technique qui permet de bien réaliser un geste (un demi-tour ou tour par exemple), tout en synchronisant ses bras. Et de retenir l’entièreté de la chorégraphie, surtout. D’autant plus quand on se retrouve sur le rythme effréné de la musique, alors qu’on galérait déjà lors de l’apprentissage pas-à-pas. Donc pour le moment, mon cerveau lent m’empêche de voler de mes propres ailes. Je ne désespère pas d’y arriver, et il le faudra, pour être prêt pour le gala !

 

Alors, la danse adulte ?

Je dirais que se mettre à la danse à l’âge adulte, c’est un joli défi personnel. C’est apprendre à redécouvrir son corps, à l’appréhender. C’est musculairement physique, donc il y aura des courbatures, mais au final c’est travailler à son rythme pour retrouver une souplesse. Et lorsque ça se fait dans un bon groupe, avec une bonne ambiance, amusement et autodérision, c’est très chouette parce que c’est motivant. Pour ce qui est de la grâce et de l’élégance, disons qu’on y prêtera attention un peu plus tard dans l’année.

Car en attendant, il faut travailler, parce que pour le rendez-vous du gala de fin d’année, il faudra être prêt !

 

 

 

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Julch

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