Il était une chanson… Spécial Halloween

Que vous soyez fins mélomanes ou non, vous connaissez, forcément, certains grands noms de la guitare : Jimi Hendrix, Jimmy Page, Eric Clapton, Keith Richards et Brian Jones ou encore Brian May pour ne citer qu’eux…

Mais si vous leur posez la question, tous répondront avoir eu, au moins, une source d’inspiration commune : Robert Johnson.

Ce nom vous parle probablement moins… Pourtant, le magazine Rolling Stone n’hésite pas à le classer parmi les 5 meilleurs guitaristes de tous les temps. De nombreux musicologues également.

Mais à la différence de ces “Dieux” de la guitare cités plus haut, il semblerait que Robert Johnson, lui, ait obtenu son don en pactisant avec le Diable…

 

Il était une chanson… Spécial Halloween

 

L’histoire de Robert Johnson

 

 

Robert Leroy Johnson naît dans le petit village d’ Hazlerust, dans le Mississippi. Bien qu’incertaine, sa date de naissance exacte est estimée par plusieurs historiens au 8 mai 1911.

Il n’est encore qu’un nourrisson lorsque sa mère, Julia Dodds et sa sœur aînée Bessie, quittent son père, Noah Johnson. La raison de cet éloignement est assez obscure, mais selon certaines sources, il y aurait un rapport avec le culte Vaudou.

Tous trois vivent un temps sur la route. Julia et Bessie travaillent comme ouvrières agricoles durant plusieurs saisons avant de s’établir à Memphis, chez un certain Charles Spencer.

En 1918, ils s’installent dans une communauté cotonnière, Robinsonville, à 20 miles au sud de Memphis. Robert y passera la fin de son enfance et y travaillera plus que ce qu’il n’ira à l’école. Une scolarité qu’il doit précocement arrêter à cause de problèmes de vue.

Robert se passionne aussi pour la musique. Il essaye tout d’abord la guimbarde mais va rapidement faire de l’harmonica son instrument de prédilection.

 

Walking Blues

 

À la fin des années 20, il commence à apprendre la guitare et confectionne un support à son Harmonica pour jouer des deux instruments simultanément.

Il reprend How Long, How Long Blues de Leroy Carr à longueur de journée. Cependant il s’avère être un piètre guitariste.

Qu’importe. Plus paysan que musicien, il épouse en février 1929 Virginia Travis et ils s’installent sur la plantation de Kline, à l’est de Robinsonville.

Virginia tombe enceinte cet été là mais elle meurt, avec son enfant lors de l’accouchement, en avril 1930.

Robert ne trouve un semblant de consolation que dans la musique. Et malgré ses modestes talents, il souhaite se mettre à jouer devant du public.

Il se produit d’abord dans les rues, sous les oreilles indifférentes des passants. Mais ses quelques progrès lui ouvrent les portes de certains petits bars.

C’est lors d’une de ses représentations qu’il rencontre le célèbre bluesman Son House. Un de ses modèles. Mais ce dernier, loin d’être impressionné, va aller jusqu’à publiquement l’humilier : “Tu es nul ! Tu ne sais pas jouer de la guitare, tu fais fuir les gens !”

Cette avanie, c’est la goutte d’eau pour Robert. Ce même soir, il décide de quitter Robinsonville en direction de Hazlerust, sa ville natale, où il espère retrouver la trace de son vrai père…

 

 

La croisée des chemins…

Dans le culte Vaudou, il existe un Lwa (esprit) nommé Legba ou Papa Legba. Le messager de Dieu ou de… L’autre. Car il n’existe pas de notion paradis / enfer dans le Vaudou en Afrique.

Plus qu’un simple esprit, il s’agit d’une divinité mineure, liée aux croisements et à la réflexion. Il est en charge de garder la frontière entre le monde des humains et celui du surnaturel. C’est pourquoi on le dit présent à l’entrée des temples, aux barrières et aux carrefours.

Il forme, aussi, avec la divinité Fa (ou Ifa) un couple porteur de la pédagogie et de la culture.

Papa Legba est représenté comme un vieillard couvert d’un chapeau de paille, fumant la pipe et tenant une canne. Mais, très coléreux, on raconte aussi qu’à minuit, il devient malfaisant…

Le soir de son départ pour Hazlerust, Robert Johnson, comme il commence à s’endormir, s’arrête pour faire une pause au carrefour de la 49 et de la 61.

Il est réveillé à minuit passé de quelques minutes par une brise glacée…

C’est alors qu’apparaît au-dessus de lui une ombre immense avec un grand chapeau. Robert ose à peine la regarder. Effrayé, paralysé.

Puis, sans un mot, l’apparition se penche, prend sa guitare, l’accorde, en joue quelques notes, et lui rend, brûlante; avant de disparaître dans la nuit noire et le vent du Sud.

Robert démarre sa voiture et part en trombe ! On ne le reverra que deux ans plus tard…

 

“I’m a Steady Rollin’ Man”

 

1933. Son House à vent d’un nouveau guitariste qui se produit à Robinsonville depuis plusieurs soirs déjà. Et on raconte qu’il joue divinement bien…

Curiosité attisée, Son House se rend à une de ses représentations. Il est alors surpris de voir qu’il s’agit de Robert Johnson mais se trouve surtout subjugué par son jeu ! Adroit, véloce, jouant comme si ses doigts étaient possédés.

Émerveillé, Son House, tout en excuses, va faire bonne presse à Robert.

Grâce à cette consécration, Robert devient musicien professionnel et emménage à Helena, pour booster sa carrière.

En 1936, il enregistre son premier single “Terraplane Blues”. La chanson est très bien reçue par le public et se vend a plus de 5000 exemplaires. Fort de ce succès, il enchaîne les enregistrements, pour un total de 29 en deux ans.

Bien sûr, des bruits circulent… Des rumeurs disent que les talents de Robert serait l’œuvre du Diable. Qu’il lui aurait vendu son âme pour devenir ce prodige du blues.

Et ce dernier, prend un malin plaisir à alimenter lui-même ces “rumeurs”, notamment dans ces chansons: Crossroads, Cross road Blues, Me and The Devil Blues ou encore If I Had Possession over Judgement Day.

 

 

La mort aux trousses…

 

Seulement, voilà : en dehors de la scène, Robert, alors âgé de 26 ans, semble plus tourmenté. Souvent inquiet. Comme toujours sur ses gardes.

Et il y a cette chanson, Hellbounds on My Trail, qu’il joue à chaque représentation. Et cet extrait troublant:

 

“Je dois continuer de bouger, 

Le Blues s’abat comme la grêle, 

Les jours me sont comptés, 

J’ai les chiens de l’enfer à mes trousses”

 

Le “Hellbound”, la créature mythologique plus connue sous le nom de Cerbère. Souvent représenté avec trois têtes, il est celui qui garde la porte des Enfers. Mais il est aussi chargé de récolter les âmes de ceux qui ont pactisé avec le Diable…

Le 16 août 1938, après un concert dans un bar à Greenwood, se sentant mal, Robert est emmené chez un ami. Il tient des propos incohérents sur le trajet, semble terrorisé et il meurt en peu de temps.

Certains pensent qu’il a été empoisonné à la strychnine par un mari jaloux. D’autres, qu’il a succombé à la syphilis. D’autres encore parlent d’une pneumonie.

Sur son certificat de décès on peut trouver la mention “Pas de docteur. Pas de cause établie.”

Peut-être le Hellbound alors…

 

Mythe ou réalité ?

 

Si à l’époque (et aujourd’hui encore) tant de gens croient dur comme fer à cette histoire de pacte avec le Diable, c’est parce qu’un grand mystère entoure Robert Johnson lorsqu’il est rentré à Hazlerust en 1931. Juste après cette fameuse nuit.

Que s’est t-il passé durant ces deux ans avant son retour à Robinsonville, complètement transformé ?

Pour les historiens, rarement amateurs d’histoires à dormir debout, le talent de Johnson serait plutôt le fruit d’un entraînement intensif sous la houlette de Ike Zinnermann. Un bluesman célèbre rencontré à la place de son père à Hazlerust.

Il s’est également remarié avec une certaine Calletta Craft. Cette dernière vouait une grande admiration pour Robert et insistait pour travailler à sa place afin qu’il puisse jouer de la musique

Et, durant ces deux ans, lorsqu’il se produisait dans des bars pour jouer, il le faisait sous un pseudonyme, celui de Robert Lonnie. Tout ses papiers de l’époque étaient également signés R.L.

Ce qui explique alors la complète disparition de Robert Johnson entre 1931 et 1933.

 

 

Mais…

 

Qu’on soit cartésien ou amateur de surnaturel, un point reste très troublant. Même pour les historiens.

Il ne vous a pas échappé que Robert Johnson est né en mai 1911 et est mort, en août 1938, soit… à l’âge de 27 ans.

Il est le tout premier artiste ayant un talent “hors du commun” mort à cet âge là. Le fameux tristement célèbre “club des 27” qui compte, entre autres, Jimi Hendrix, Jim Morrison, Janis Joplin, Brian Jones, Kurt Cobain ou, plus récemment encore, Amy Winehouse.

Tous sont morts à l’âge de 27 ans, en pleine gloire, et, dans la majorité des cas, par overdose, qu’elle soit volontaire ou non.

Ce qui ne manque pas de renvoyer à un “mystérieux empoisonnement…”

Et si tout ça n’était que l’oeuvre de Papa Legba ?

Un don qu’il prêterait à une poignée d’élus avant de le reprendre…

Par le biais de ses chiens de l’enfer.

 

Il était une chanson…

Hellbounds on My Trail – Robert Johnson

 

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Brice

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