Le retour de la Star Ac’, la joie honteuse

Pour briller à l’afterwork du jeudi ou au dîner mondain du samedi, la trentenaire de ma génération se décrit à peu près comme ça : femme cisgenre, bobo, écolo, bi (cisgenre mais subversive), de gauche, lectrice de Simone de Beauvoir, Wendy Delorme et Diglee (pitié, lisez “Ressac”), semi-marathonienne (oui, là, je parle de moi, je le place dans TOUTES les conversations), abonnée aux cinémas d’art et d’essai de trois villes différentes en France et experte en confection de babkas (parce que c’est plus stylé que de dire “brioches”). 

Gros cumul de clichés, j’en conviens. 

Soyons honnêtes, ce portrait est partiellement frauduleux. Une fois cette couche bien prétentieuse d’auditrice de France Inter grattée, il y l’autre. Le double maléfique. Celle qui suit les aventures de Benji et Maddy à Dubaï, qui n’est jamais contre un petit replay de l’Amour est dans le pré, qui lit encore Tom-Tom et Nana et qui, évidemment, rompt à l’occasion son végétarisme de façade avec des nuggets trempés dans de la sauce chinoise (zéro respect). 

Sur les bases de ce nouveau portrait, imaginez quand, par le grand pouvoir de l’algorithme d’Instagram, cette même meuf apprend le retour de la Star Ac’ 18 ans après l’avènement de Grégory (les saisons suivantes ne méritent pas notre attention). Débordement de joie. Farandole d’émotions. Ponçage de tout l’Internet à la recherche d’informations. Écoute en boucle de “Tu seras” d’Emma Daumas, et alors, y’a quoi ? Tout à coup, c’est 2001 de nouveau et Jenifer s’humilie dans un bustier en cuir devant la France entière

 

La Star Ac’, c’est le retour à l’adolescence et à ses deux petites mèches qui pendouillent du front. 

C’est la nostalgie. Même la chronique médiatique de France Inter le dit. 

 

C’est le samedi soir dans le canapé à regarder Nikos tourbillonner sur lui-même comme un abruti (et espérer sournoisement qu’il tombe), à commenter les chorégraphies de Kamel Ouali (la saison 2, un grand cru), à s’extasier sur la voix de Nolwenn et attendre fébrilement l’identité du candidat éliminé. C’est l’époque du grand rendez-vous en prime time qui ridiculise “Danse avec les stars” et “The Voice” en faisant débarquer Beyoncé, Céline Dion (on a des nouvelles d’ailleurs ?) et Rihanna dans la même soirée que Serge Lama, Chimène Badi et Liane Foly. À bien y réfléchir, la production de l’émission devait aussi avoir un double maléfique. Par respect, je ne vous parle pas de la quotidienne. Notamment celle du lundi avec le débrief du prime par Raphaëlle Ricci, la femme aux cheveux en feu d’artifice ou en noodles

 

Toutefois, si la meuf de 2022 se réjouit de se glisser de nouveau mentalement dans ses fringues Creeks et DDP (toujours zéro respect), elle n’oublie pas que depuis, elle est féministo-queer et qu’il est difficile de ne pas regarder l’émission au travers du prisme de cet engagement. Si la Star Ac’ c’est les paillettes, les fausses notes et Michal qui n’a pas volé l’orange du marchand, c’est aussi une succession de trigger warnings qui n’ont plus leur place à l’ère d’une nouvelle tentative de révolution féministe. Dans un désordre non-exhaustif : 

  • La grossophobie de Kamel Ouali qui fait faire 76 heures de sport par semaine à Jenifer parce qu’elle est “trop grosse” : c’est pas OK. 
  • Le body shaming dissimulé sous les relookings toujours plus gênants (Carine, on pense à toi) : c’est pas OK non plus. 
  • L’absence d’inclusivité du casting qui manquait cruellement de diversité de race, de genre, d’orientation sexuelle : c’est toujours pas OK (ne me sortez pas la carte d’Anne-Laure. Une lesbienne outée sur 148 candidats, on est loin de la marche des fiertés). 
  • L’humiliation collective tendant au harcèlement moral des fameux débriefs du lundi : c’est vraiment pas OK. 

En attendant, le 15 octobre, je ne connais pas l’agenda de toutes les fans de Simone de Beauvoir et Emma Daumas mais moi je prétexterai être cas contact à quiconque me proposera quoi que ce soit et me roulerai dans la fange de la réouverture des portes du château de Dammarie-Les-Lys en arbitrant la joute mentale entre mes deux personnalités. 

Il faut juste que je rachète une télé avant. Bobo 1 – 0 Double maléfique.

 

 

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Roxelane

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