Il était une chanson… Cannonball

Si je vous dis: “grunge”. Il y a de fortes chances pour que vous pensiez, en premier, aux mycoses entre les doigts de pieds. (Non ?). Et, effectivement, il s’agit bien de ce que ce mot désigne à l’origine outre-manche.

Après quoi, vous penserez musique : Nirvana, Pearl Jam, Soundgarden…

Le grunge, c’est (aussi) ce courant musical apparût au milieu des années 80 dans la jeunesse des milieux populaires blancs aux États-Unis. Aussi appelée Génération X.

Pour résumer : Il mêle l’énergie du heavy rock avec le désespoir du punk en piochant dans le rock “garage” des années 60 (type The Velvet Underground). Et, côté textes, c’est le refus global du matérialisme, des règles et des responsabilités qui prime.

Mais si, en Europe, et aux yeux du grand public, les chevelures “crades” de Kurt Cobain et Eddie Vedder ont su faire oublier l’importance d’une bonne hygiène corporelle. Il ne faudrait surtout (surtout) pas oublier que le Grunge, c’est aussi une bonne claque féministe “dans ta gueule” !

 

Il était une chanson…

Cannonball – The Breeders

 

 

Riot Grrrl

 

La presse écrite, qui s’intéresse pendant les années 90 au grunge et au rock alternatif, attribue le terme Riot grrrl” aux groupes féminins (ou menés par une femme) qui s’inspirent de sujets autres que politiques.

Aucune faute de frappe. Le i de girl est bien volontairement remplacé par un (voir deux) r pour symboliser une certaine colère. “Grrr”, c’est limpide et universel.

La culture des “émeutieres” (en francais) est associée à la troisième vague féministe. Elle permet aux femmes de créer leur propre musique comme un refuge où échanger leur point de vue sur de multiples problèmes : le patriarcat, le viol, la violence conjugale, l’avortement, la sexualité…

Le mouvement va prendre de l’ampleur à partir de 91, avec pour porte-parole une de ces principales fondatrices, Kathleen Hannah. Et va même se trouver un style vestimentaire bien à lui, enfin, à elles: Le kinderwhore (je laisse à chacun le soin de traduire).

Parmi les groupes “Riot grrrl” les plus célèbres, on trouve : Bikini Kill, Babes in Toyland (avec Courtney Love), L7, P.J Harvey, Sonic Youth ou encore The Breeders…

 

Kim

 

Kim Deal, née Kimberly Ann Deal, en juin 1961 dans l’Ohio, est d’abord connue pour être la bassiste et deuxième voix du groupe Pixies.

En 86, alors laborantine fraîchement débarquée à Boston, Kim tombe sur la petite annonce de Black Francis qui cherche un bassiste pour son groupe. Elle sera, finalement, la seule à y répondre.

Pour la sortie du premier enregistrement des Pixies, Come on Pilgrim, en 87; elle choisit comme pseudonyme “Mrs John Murphy”. Ce choix était alors une blague féministe, sarcastique, en réponse à une de ses connaissance qui venait de se marier et disait qu’il était “nécessaire, par respect, de ne vouloir être appelé que par le nom de son mari.” Ce qui n’a pas manqué de faire rire Kim.

Les chansons des Pixies sont écrites et interprétées en quasi-totalité par Black Francis. Cependant, pour leur deuxième album, Surfer Rosa (88), Kim prend le lead pour une chanson. Elle écrit et interprète alors Gigantic qui est toujours considérée comme une – sinon la – meilleure chanson des Pixies.

C’est sur cet album que paraît également leur plus gros succès commercial, Where is my mind. Bien qu’il faudra attendre sa seconde vie lors de son utilisation pour le film Fight Club sorti en 1999.

Surfant sur leur succès, les Pixies enregistrent un troisième album dès la fin d’année 88, Doolittle.

 

 

In the shade, in the shade 

 

Mais le succès, immédiat lui, de Gigantic va susciter une certaine jalousie envers Kim chez Black. Et les petites tensions déjà présentes, cumulées à la fatigue de 3 albums en 2 ans, ne vont faire que s’accentuer…

Elles vont atteindre leur apogée, un soir de juin 89, à Stuttgart, lors de leur tournée Fuck or Fight Tour. Ce soir là, Black va jusqu’à jeter une guitare sur Kim arrivée une heure en retard.

Les Pixies iront au bout de la tournée mais, après le fiasco de la dernière date américaine; – un soir où Kim Deal, ivre, tenait à peine debout et Joey Santiago se blessait la main en tentant de casser sa guitare – il était temps de faire une pause…

Tout n’est pas à jeter en cette année 89. Car lors de cette tournée, Pixies partageait la scène avec Throwing Muses et Kim se lie d’amitié avec Tanya Donnelly, leur guitariste.

Malgré le succès de Doolittle, Kim préfère rester un temps encore éloigné des Pixies. Et va fonder, avec Tanya, son propre groupe où elle pourra mettre en avant ses compositions et reprendre son instrument de prédilection : la guitare.

Elle seront rapidement rejointes par la bassiste Josephine Wiggs et le batteur Britt Walford. Ensemble, ils forment, The Breeders. Ce nom, qui se traduit par “les éleveurs”, fait référence à un terme utilisé par les homosexuels pour désigner les hétérosexuels.

De cette formation va naître Pod en 1990. L’album, considéré comme “trop projet artistique” ne se vendra pas bien. Cependant, de nombreuses critiques spécialisées ne tariront pas d’éloges a son sujet. Et il sera même adoubé par un certain Kurt Cobain qui, lors d’une interview, le cite comme “uns des albums qui a changé sa vie”.

 

 

The Last Splash 

Retour à la case Pixies pour Kim Deal, qui va enregistrer Bossanova. Leur quatrième album, à la sonorité plus pop, va finir disque d’or en France et au Royaume-Uni, mais essuiera un échec aux États-Unis. Une frustration qui ne va pas contribuer à apaiser des tensions toujours présentes.

Leur cinquième album, Trompe le monde, qui sort en 91, et dans lequel Pixies renoue avec leur sonorités des débuts ; connaîtra de meilleures critiques américaines mais sonnera, aussi, la séparation définitive du groupe.

Kim va alors pleinement se consacrer à The Breeders et en 1992, sort l’EP Safari. À cette occasion, elle intègre au groupe sa soeur jumelle, Kelley, comme guitariste supplémentaire.

Safari, dans la lignée de Pod, ne sera pas assez “accessible” au grand public pour permettre un succès commercial. Mais, reconnu par ses pairs, il va permettre à The Breeders d’assurer la première partie de Nirvana cette année là. Et de financer un deuxième album studio : The Last Splash.

Changement de line-up alors : Tanya Donnelly quitte le groupe pour mener un projet bien à elle. Emmenant Walford dans ses bagages, remplacé par Jim McPherson.

Hasard, ou pas, The Breeders va enfin trouver son parfait équilibre pour cet album qui va marquer l’histoire du grunge avec les titres: Divine Hammer, Saints, Invisible Man et son fameux Cannonball.

 

Reggae Song

Une première démo de la chanson a été enregistrée sous le titre Grunggae. Contraction de “grunge” et de “reggae”. Car les accords utilisés par Kim tenaient à faire fusionner ces deux mondes que tout oppose.

Son écriture achevée, elle devient Cannonball. Un mot, un terme, qui va permettre plus d’ambiguïté dans cette chanson tout en sous-entendus et allusions. Cannonball désigne littéralement un boulet de canon. Qui est d’ailleurs mis en scène dans le clip réalisé par Kim Gordon de Sonic Youth et Spike Jonze.

Mais il désigne aussi un “saut dans l’eau effectué avec les bras serrant les genoux contre la poitrine” , imageant The Last Splash.

Une troisième définition de Cannonball est: “Quelqu’un de téméraire en amour“.

Ou c’est, encore, une façon de désigner les parties intimes d’un homme.

Enfin, dans certains milieux, Cannonball est un mélange de drogues… Mais je ne m’attarderai pas sur le sujet surtout parce que pour être pleinement appréciée, cette chanson ne doit pas être trop analysée.

Puis, comme à mon habitude, j’ai testé pour vous et (Spoil Alert !) Cannonball pourrait être utilisé par chaque sens dans chacune des phrases de la chanson…

Ce qui tient, tout simplement, du génie.

 

 

Deal with it  

L’autre génie de la chanson vient de sa construction musicale, et son intro qui s’étale sur plus de 50 secondes. Il y a, d’abord, la voix déformée de Kim qui fait un “soundcheck”. Et il y a le cliquetis métallique des baguettes de Jim sur sa caisse claire et son support de cymbales.

Puis, la ligne de basse, bouillonnante, de Josephine Wiggs donne le départ de la chanson. Vient la guitare, léchée, de Kelley sur sa rythmique, suave. Avant d’être rattrapée par le retour grinçant et énergique de celle de Kim; quelques secondes avant de roucouler ses paroles loufoques (et ludiques ?).

Le reste de la chanson emprunte au modèle: couplet tranquille / refrain énervé. Grande marque de fabrique des Pixies mais qui trouve ici son équilibre. Parfait. Elle est également marquée, et marquante, par son utilisation de “fausses fins”.

La chanson est aussi, et selon les aveux même de Kim Deal, un hommage à son ami Kurt Cobain qui était “loin d’être la personne déprimée et suicidaire décrite par les médias”.

Alors… D’accord. Cannonball n’est pas la chanson la plus représentative du mouvement Riot Grrrl. Mais il y a d’autres histoires, d’autres chansons à venir pour ça.

Cannonball est un véritable bijou de l’absurde qui deviendra un vrai succès commercial, et aura su faire passer un message d’émancipation, d’affranchissement. Et pas seulement sexuel !

Un message qui pourrait dire au monde: “Le rock énervé, le grunge, nous aussi, les femmes, on sait faire ! Aussi bien, sinon mieux que les hommes !” 

Un message qui pourrait dire: “La grosse paire… *** Cannonball *** c’est nous qui l’avons !” 

Et pour l’heure, session de rappel :

Check check check. One, two.

 

Il était une chanson…

Cannonball – The Breeders

 

 

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Brice

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