A-t-on le droit de croiser ses jambes quand on est un homme ?

Lorsqu’on est assis, on ne sait jamais vraiment quoi faire de ses jambes (excepté Philippe Croizon). On peut très bien les mettre derrière sa tête, si on est contorsionniste. Cependant, il faut bien reconnaître que ça n’est pas une position très confortable, et surtout nombre de nous ne sommes pas aussi souples. Alors généralement on se contente de les croiser. Mais, est-ce autorisé pour les hommes ? Cette question peut sembler stupide, mais pourtant je me la suis posée lorsque j’étais jeune.

 

Homme assis jambes croisées

 

On a le droit quand on est un enfant ?

J’ai toujours eu l’habitude de croiser mes jambes depuis que je suis enfant. Lorsque j’étais ado, c’est-à-dire à un moment où l’on se questionne beaucoup sur l’image qu’on renvoie et la manière dont est perçu, je suis tombé sur un meme. Ça disait : « Pourquoi les gars ne croisent pas les jambes comme les filles ? / A cause d’un truc qui se nomme… des couilles. » puis se terminait sur une photo de Justin Bieber, les jambes croisées, avec cette interrogation : « Des quoi ? ». Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’à cette époque, Justin Bieber avait auprès des ados une image efféminée, à laquelle il ne fallait « évidemment » pas coller, pour des ados garçons devant affirmer leur masculinité et virilité d’aspirants hommes. Dès lors, le croisement de jambes, qui pourrait sembler de prime abord être un geste tout à fait anodin, ne l’est finalement pas, puisque des significations bien ancrées y sont associées.

 

Ça n’est pas plutôt pour les femmes ?

Croiser ses jambes, c’est un symbole de féminité. On a tous en tête le célèbre jeu de jambes de Sharon Stone dans Basic Instinct. Si ce n’est qu’un simple geste, il est pourtant un élément de langage corporel.

Sharon Stone dans Basic insctinct

Sharon Stone dans le film Basic Instinct (Crédit image : Allociné)

Au-delà de la fonction primaire de bloquer la vision de l’entre-jambe d’une personne en robe ou jupe, le croisement de jambes tend à dire quelque chose sur ses intentions. Il signifie que je me renferme sur moi, que j’essaie de prendre le moins de place possible. Cela ferme ainsi toute communication, que l’on pourrait traduire aussi par une injonction à se tenir à l’écart. Ce n’est donc pas pour rien que ce soit un symbole de féminité, sexiste. Avec le patriarcat, la place de la femme se veut à l’ombre de l’homme, sans pouvoir s’exprimer. Ce langage corporel prend alors tout son sens, malheureusement. D’autant plus que l’homme, à l’inverse, se doit d’asseoir sa domination, sans croiser ses jambes, en prenant la place qui lui est due. Ce qu’on appelle le manspreading.

 

Pas sûr que ce soit un truc de bonhomme, non ?

La symbolique féminine de cette posture peut susciter une remise en cause de la virilité de l’homme. Ou du moins un questionnement. On retrouve notamment cette interrogation sur le controversé mais représentatif forum « Blabla 18-25ans », dans un topic intitulé « Croiser les jambes = gay ? ». La manière de s’asseoir est donc, de manière binaire, associée à un genre (féminité / masculinité) qui lui-même est associé directement à une orientation sexuelle, rendant de fait la réflexion encore plus large. C’est cette binarité et donc cette absence de nuance qui amène un ado ou jeune adulte garçon à s’en inquiéter, afin de se situer du « bon côté » par rapport à l’image qu’il renvoie et la place qu’il cherche à trouver dans la société. Car dans la construction de l’homme du modèle patriarcal, la masculinité passe avant tout par la virilité.

« Tu seras viril mon kid, tu compteras tes billets d’abondance, qui fleurissent sous tes pieds que tu ne croiseras jamais »
Eddy de Pretto dans sa chanson “Kid” décrit finement la virilité pour mieux la faire voler en éclats.

Pour un homme en puissance qui ne se sentirait pas coller au modèle qu’on lui a cité en exemple, le croisement de jambes peut devenir, au même titre que plein d’autres éléments, un détail qui n’en n’est plus dans la construction de sa personnalité.

 

Mais du coup, on a le droit ?

Le titre de l’article pose une interrogation, mais la question était rhétorique. Si cela semblait à première vue stupide comme réflexion, c’est parce que ces stéréotypes sont tellement ancrés qu’on n’y prête aucune attention. De fait, difficile d’y apporter une réelle réponse.

Toujours est-il que si je devais réellement vous donner une réponse, je vous dirais de ne pas croiser vos jambes. Par pour une question de féminité ou de virilité, d’image renvoyée ou autre, mais pour votre santé. En effet, il s’avère que croiser ses jambes est mauvais. Gêne pour la circulation sanguine, asymétrie pouvant générer des maux de dos, etc.

Dès lors, à défaut de croiser vos jambes, je peux vous proposer de croiser vos doigts (geste plus neutre et normalement moins risqué pour la santé), pour espérer un monde plus libre où chacun puisse être ce qu’il a envie d’être.

 

 

 

 

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Julch

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