La culture de la consommation

Je tiens à jour une base de données des films que j’ai vus depuis une huitaine d’années. J’en suis à 772 , soit environ une centaine par an. J’insiste sur les données chiffrées parce que j’ai l’impression que de nos jours c’est important. Tyler Durden nous avait prévenu : nous ne sommes que des « consommateurs », nous ne sommes que des « sous-produits d’un mode de vie devenu une obsession ». La société de consommation a bien envahi nos foyers, influencée par le modèle américain, et continue son extension, dans le monde des arts et de la culture : films, musiques, séries. Au point de les dénaturer ?

 

tablette netflix

 

Notre manière d’en parler

L’art, ça se vit, ça se voit, ça s’écoute. Mais surtout, l’art ça se partage. Parmi les 772 films que j’ai pu voir, il y en a peu pour lesquels j’ai vraiment échangé avec quelqu’un. La plupart du temps, les gens se contentent d’une appréciation générale (« c’était bien », « c’était bof »), avant de passer rapidement au suivant. Peu prennent le temps de réfléchir à ce qu’ils ont vu, entendu. Alors quand je me mets à faire une critique sévère d’un film qui est jugé « bien », on me considère au mieux exigeant et au pire chiant. Peut-être que j’analyse trop, mais je sais que j’arrive à définir ce qui m’a plu de ce qui m’a déplu. En parler, c’est aussi découvrir des avis divergents, une autre vision de l’œuvre, et ça c’est chouette. Ça, c’est pour le cinéma.

Si on passe aux séries, aïe. J’ai tendance à considérer les séries comme de l’art au même titre que le 7ème art. Peut-être que pour beaucoup, elles ne sont que des passe-temps. Dans les discussions, on assiste plus souvent à des énumérations de noms de séries regardées plutôt que du contenu, c’est dommage. Parce qu’il y a des séries qui sont de vraies œuvres d’art, qui élèvent des débats, des consciences, et c’est cool d’en parler. Parce qu’il y a des séries qui mettent en lumière, des choses qu’on ne voit pas, qu’on ne connait pas ou peu. Et si on ne me l’avait pas présenté, alors que j’étais passé à de nombreuses reprises devant le synopsis, je ne l’aurais jamais regardé (je parle d’Atypical là).

 

Notre manière de le découvrir

Alors évidemment que d’en parler ça permet de découvrir et faire découvrir, mais ça ne reste que trop minoritaire. C’est soit avec des gens avec qui on a l’habitude, soit par des médias spécialisés, soit par des communautés, soit par des publicités. Sauf que la plupart du temps, on se laisse guider par les intelligences artificielles. Ça n’est pas forcément une mauvaise chose. La plupart de mes musiques préférées proviennent de découvertes que j’ai pu faire au travers de playlist suggérées et personnalisées. En fait, pour la musique, c’est plutôt chouette parce que les catalogues des plateformes d’écoute sont vraiment très complets.

artistes préférés

En revanche, pour les films/séries, on perd clairement en curiosité. Les algorithmes mettent en avant ce qu’ils veulent qu’on regarde et pas forcément ce qu’on veut regarder. On fait défiler les catalogues, et puis au bout d’un moment, on met un truc au pif, et puis on verra bien, jusqu’au prochain. Je regrette l’époque où j’avais la curiosité de réfléchir au film que je voulais voir. J’avais envie de découvrir un∙e acteur∙trice, un∙e réalisateur∙trice, alors j’allais piocher dans les filmographies. Ou alors je passais par des sites qui me proposaient des idées en fonction de mes humeurs, du type de film. Il y avait une certaine excitation, on savait pourquoi on voulait regarder, ce qu’on voulait découvrir, comment notre curiosité allait nous cultiver.

 

Notre manière de le consommer

On n’est que des consommateurs. L’algorithme nous propose une suggestion, puis passe automatiquement à l’épisode suivant, puis à la fin à une bande-annonce, dans une boucle infinie. Je regarde ce que tout le monde regarde, peu importe que ce soit réellement intéressant ou non. Les plateformes de streaming ont envahies nos quotidiens, et avec elles, un modèle de consommation, plutôt orienté en quantité qu’en qualité.

Livret Paradis Ben Mazué

Je fais partie de ces gens qui achètent encore des CDs. Je ne sais pas, le posséder physiquement, j’aime bien. J’adore feuilleter le livret, il y a les paroles des chansons, mais aussi un peu plus, des textes, des vers, des explications, des mots doux. On y découvre l’artiste en intimité. Alors oui c’est sympa les plateformes d’écoute, il y a des catalogues de dingue, on peut découvrir à l’infini. Mais je reste nostalgique de ces albums qu’on écoutait en boucle, jusqu’à connaître la moindre seconde de chacune des chansons, à fredonner le début de la prochaine alors que la musique se termine à peine. Je regrette ces playlists automatiques qui assemblent, dans un ordre aléatoire, des morceaux à la suite. Parce que les chansons font parties d’une histoire racontée dans un album, dans un ordre précis.

Les plateformes ont façonné ma manière de consommer. Est-ce que, ça y est, je suis devenu un vieux con qui pense que c’était mieux avant ? Probablement, enfin je ne sais pas, c’est différent. Je me suis sans doute habitué à la facilité des suggestions, je suis moins exigeant sur ce que je veux regarder. Je râle devant la complexité de découvrir une œuvre qui ne serait sur aucune des plateformes, alors j’ai la flemme, et je passe mon chemin. Désolé pour toi, curiosité. Désolé pour toi, culture.

 

 

PS : Big up à Pop Express, génialissime podcast ciné/séries/rap.

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Julch

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