Il était une chanson… De Cher et SA reprise

Dans la famille des “Reprises plus célèbres que l’originale” je voudrais : Bang – Bang (My Baby Shot Me Down)…

 

 

Accessoirement très reprise, la chanson compte pas moins d’une trentaine de versions différentes. Rien qu’entre 1966, son année de sortie, et fin 67, on enregistre une dizaine de versions dont, pour les plus notables, celles de : Stevie Wonder, Petula Clark, Vanilla Fudge, Dalida (qui la chante en italien), ou encore Sheila, pour une version française. Mais aucune d’entre elle ne se démarque alors de l’interprétation originale de Cher.

La chanson se fera plus discrète au fil des ans. Et ni les versions de Frank Sinatra en 81, ni celle de Cher “Version Rock”, produite par Bon Jovi en 87, ne parviennent à la re-populariser.

C’est finalement un certain Quentin Tarantino qui vient offrir une seconde vie à la chanson en 2003, en la choisissant pour la B.O de son film Kill Bill Vol. 1. Mais il choisit une autre version encore, sortie dès 1966…

 

Il était une chanson…

Bang Bang (My Baby Shot Me Down) – Nancy Sinatra

De “Fille de…”

 

Nancy Sinatra naît le 8 juin 1940 à Jersey City dans le New Jersey et est l’aînée des 3 enfants du couple Frank Sinatra – Nancy Barbato. La petite famille emménage en Californie pour la carrière hollywoodienne du crooner, et Nancy va rapidement suivre ses pas.

Elle étudie la musique, notamment le piano, la danse et le chant à l’UCLA mais arrête ses études à la fin des années 50 pour lancer sa carrière d’actrice et chanteuse.

Nancy glane ses premiers galons en passant dans l’émission télévisée de Frank Sinatra. Elle y interprète des chansons et y fait ses premiers pas d’actrice comme lors du The Frank Sinatra Timex Show: Welcome Home Elvis, en 1960. Un épisode spécial dans lequel elle est chargée d’accueillir le King, de retour de son service militaire, à l’aéroport.

Elle signe en 61 son premier single “Cuff Links and a Tie Clip” sur le même label que son père. Il qui passe complètement inaperçu. Cependant, ses chansons suivantes – bien que très “Bubblegum” selon son propre qualificatif – rencontrent un certain succès en Europe et au Japon. Mais en 1965, toujours sans succès aux États-Unis, le label est sur le point de la lâcher. Frank demande alors un coup de pouce à l’auteur-compositeur producteur et arrangeur Lee Hazlewood

 

 

… À “l’icône du cool“.

 

“Tu ne peux plus chanter comme Nancy Nice Lady. Tu dois chanter pour les camionneurs. Mordre tes mots.”

C’est avec ces mots que Lee se présente à la fille de Frank Sinatra afin de dynamiser sa carrière. Il compose des chansons spécialement pour elle, en la faisant chanter dans une tonalité inférieure.

Un premier changement appuyé par une refonte de l’image : cheveux blonds décolorés, les lèvres givrées, son maquillage s’épaissit et ses tenues se font plus sexys. C’est ainsi que Nancy Sinatra va se trouver propulsée, dès le milieu des années 60, icône de la pop, du cool et, surtout, symbole de l’émancipation féminine à travers son premier gros tube : These boots are made for walking.

La chanson parle d’une jeune fille qui refuse les avances d’un homme qui s’est montré inélégant, et évoque le fait de le “piétiner” avec ses “bottes faites pour marcher”. Dans le clip promotionnel, Nancy apparaît vêtue de noir, bottes hautes, accompagnée de danseuses habillées de couleurs vives. Ce qui est considéré aujourd’hui comme le look emblématique des Swinging Sixties.

La chorégraphie reste tout aussi célèbre et Quentin Tarantino (déjà) ne manque d’ailleurs pas d’y rendre un hommage lors de la danse entre Uma Thurman et John Travolta dans Pulp Fiction.

Les succès de Nancy Sinatra sous la houlette de Lee Hazlewood s’enchaînent, et deux autres singles se classent dans le Top 10 Americain : How Does That Grab You, Darlin’? (n° 7) et Sugar Town (n° 5). Cette dernière sera d’ailleurs la deuxième plus grosse vente de la chanteuse.

En 1967, elle enregistre en duo avec son père un autre gros tube : Somethin’ Stupid. On la retrouve également pour le générique de James Bond : On ne vit que deux fois. Et, au milieu de tout ça, la chanson qui nous intéresse aujourd’hui, la reprise de Cher.

 

Bang Bang – I Got You !

 

C’est donc, à l’origine, Salvatore Phillip, dit Sonny, Bono qui écrit cette chanson pour sa femme Cherilyn Sarkisian alias Cher en 1966. Elle paraît sur l’album The Sonny Side of Cher et vient confirmer le couple après son premier gros succès : I Got You Babe, sorti l’année précédente.

Sonny compose une musique très inventive à l’ambiance Tzigane teintée de Blues pour ce titre au double onomatopée. Et Cher livre une belle et puissante performance vocale, tout en étalant ses talents d’actrice alors qu’elle se met en scène dans le clip.

La chanson n’est pas aussi dramatique que l’interprétation puisse laisser entendre. Il n’y est pas question de mort de façon littérale mais de l’abattement après une séparation amoureuse. Une allégorie de l’abandon.

Elle raconte l’histoire de deux enfants qui ont l’habitude de jouer “aux Cowboys et aux Indiens”. Ils grandissent ensemble, tombent amoureux et adultes se marient. Puis le mari se fait la belle et… “Bang Bang”. La mariée, abandonnée, se sent alors abattue pour de bon cette fois.

La reprise de Nancy laisse les paroles identiques. Une seule et même histoire donc, mais deux narrations bien distinctes.

 

 

L’une et l’autre

Sonny et Cher avaient opté pour une orchestration assez dansante malgré les paroles sombres. Ce qui permet une sorte de dissociation assez originale de la chanson. La musique semble être jouée lors de la cérémonie de mariage pendant que le clip nous montre la réalité du texte, l’après.

Côté Nancy, tout est plus sobre… Et sombre. Elle interprète la chanson plus lentement et, pour l’image, se contente d’un clip promotionnel où elle apparaît seule, allongée sur une scène plongée dans le noir.

Et il y a (seulement) cette guitare jouée par Billy Strange. Avec son effet trémolo, elle donne un ton plus dramatique, même mortifère, à la chanson. Et ce glissé qui vient appuyer les “Bang Bang” de Nancy apporte une touche western. La métaphore de ces duels aux pistolets. Quand on connaît Tarantino, on comprend alors plus facilement pourquoi ce choix de version.

Un chef-d’œuvre du minimalisme au ton éthéré et obsédant qui n’aura jamais été un immense succès commercial dans la carrière de Nancy. Mais qui demeure à présent comme LA version de “Bang Bang” dans le cœur de nombreux mélomanes.

Et pour l’heure, je vous invite à vous replonger dans ce classique intemporel de Nancy Sinatra. Tout en me refusant de snober la version de Cher qui vaut toujours son détour. Et qu’il serait dommage de sacrifier sur l’autel…

 

 

 

 

 

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Brice

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