Il était une chanson… “Stan”, Eminem feat. Dido

Il est aujourd’hui l’un des artistes les plus vendus au monde, tous genres confondus. Avec plus de vingt-cinq ans de carrière, dix albums solo – pour une quinzaine au total – et même un biopic (8 Miles) au compteur, Eminem est sans conteste le rappeur le plus influent de ces dernières années.

Bien qu’un peu plus discuté qualitativement sur ses derniers albums, il a contribué à populariser le rap US en touchant tous les publics. Ainsi qu’à casser la barrière de la couleur de peau dans le rap. Un succès commercial immense qui a commencé (ou presque) en 1999 avec son deuxième album, The Slim Shady LP.

Un succès qui sera confirmé à peine un an plus tard, avec la sortie de The Marshall Mathers LP, contenant une des chansons les plus importantes…

 

Il était une chanson…

Stan – Eminem feat. Dido

 

 

“Hi ! My name is…”

Marshall Bruce Mathers lll voit le jour le 17 Octobre 1972, à St Joseph, dans le Missouri et sera l’unique enfant de Marshall Bruce Mathers Jr. et de Deborah Rae. Sa mère n’a que 17 ans lorsqu’elle le met au monde, et le couple se sépare avant même le premier anniversaire de Marshall.

Marshall et “Debbie”, après pas moins d’une vingtaine de déménagements, vont s’installer dans un quartier ouvrier, principalement noir, de Détroit. Malgré leur grande précarité, Marshall est décrit par sa famille et ses amis comme un enfant joyeux et souriant. Pourtant, frêle et étant le seul blanc, il est souvent le souffre-douleur de ses camarades de classe.

Des violences à l’école qui vont s’accentuer et prendre une tournure dramatique en janvier 81, lorsque Marshall – alors âgé d’à peine 8 ans – se fait tabasser par un groupe d’élèves mené par un certain D’Angelo Bailey. Il est retrouvé inconscient – sa tête ayant violemment heurté le rebord des toilettes – et passe plusieurs jours dans le coma.

Debbie va alors quitter son travail pour s’occuper pleinement de Marshall qui devait réapprendre toutes les fonctions motrices et qui souffrait de maux de tête, de pertes de la vision et de nausées.

“One Shot”

Comme échappatoire à cette enfance tumultueuse, Marshall se passionne pour le dessin ainsi que pour la narration, aspirant alors à devenir dessinateur de comics.

Puis, il découvre la musique et le hip-hop grâce à son oncle Ronald Polkinghorn qui lui offre le single Reckless de Ice-T. Et dès l’âge de quatorze ans, il écrit et rappe ses premiers vers en adoptant le nom de scène de M&M. Non à cause des célèbres cacahouètes enrobées de chocolat – qui fondent dans la bouche mais pas dans la main – mais bien pour ses initiales : Marshall Mathers. Pour éviter l’amalgame, devenant de plus en plus fréquent, il utilise un trompe-oreilles et devient Eminem.

Le rap permet à Marshall de prendre confiance en lui. Il suit des séances de musculation et les violences récurrentes dont il est victime s’estompent. Il quitte le lycée et se met en quête de petits boulots pour payer le loyer et s’adonner pleinement à sa passion. Extrêmement talentueux, il intègre des groupes “blacks” locaux, tels que The New Jack ou Sole Intent, dans lesquels il développe son écriture et son attitude, avant d’abandonner les projets collectifs pour se lancer dans une carrière solo…

 

 

“May I have your attention please ?”

Le premier album d’Eminem s’intitule Infinite et sort en 1996, il a alors 24 ans. C’est malheureusement un échec commercial et critique. Il sera boudé par les DJ’s de Détroit, dont un lui conseillera même de “se mettre au rock“. Réflexion qui ne tombera pas dans l’oreille d’un sourd…

Eminem va se mettre à écrire des textes plus furieux et déprimants, souvent samplés, sur des musiques rock. Et pour le (se) présenter au plus grand nombre, il va passer par des “battle” de rap. C’est au cours de ces dernières qu’ Eminem va développer le personnage de Slim Shady, un alter ego sadique et violent, qui va lui permettre d’exprimer sa colère.

En 1997, alors qu’il fini deuxième des Raps Olympics, il est repéré par Jimmy Lovine du label Interscope Records qui va se procurer une démo afin de la présenter à un certain Dr. Dre.

Eminem rencontre Dre (qui était son idole) et ce dernier, impressionné par le talent de Marshall, le produit sur son label Aftermath Entertainment. De cette collab’ va naître en 99 le deuxième album d’ Eminem, The Slim Shady LP., porté par l’ imparable single : My Name Is.

Cette chanson, à l’instar de l’album, contient des paroles drôles et horrifiques et doit être vu, de l’aveu même de l’auteur, comme une fiction. “Un pur divertissement“.

Le résultat ? La reconnaissance et l’adulation instantanées du milieu pour cet album qui finira quatre fois disque de platine et permettra à Eminem de remporter son premier Grammy Award.

Eminem et son (pourtant) très controversé Slim Shady sortent de l’ombre et vont tout casser quelques mois plus tard…

 

 

The REAL Slim Shady

L’album de la consécration. Celui de la maturité, aussi, pour Eminem. Peut-être moins pour Slim Shady, tant cet album pourrait s’écouter comme on traverserait une crise d’adolescence:

Il y a le terriblement efficace et parodique The Real Slim Shady dans lequel l’avatar sors le lance-flammes sur le star-system de l’époque. L’anti-patriotique The Way I Am. On retrouve également Cleanin’ Out My Closet, chanson dans laquelle Marshall, cette fois, prend la parole pour régler ses comptes avec sa mère. Ou encore (son chef-d’œuvre incompris ?) Kim, dans laquelle Eminem retrouve la fiction dans toute son horreur, en mettant en scène une dispute avec son ex-femme (dans la vraie vie) qui tourne mal (dans la fiction), le tout sur un sample emprunté à Led Zeppelin.

Malgré les controverses que certaines chansons provoquent, cet album est encensé, autant par les critiques spécialisés que par le grand public et même les non-initiés au rap. Et c’est tout sauf un hasard. Il y a la prod’ bien sûr – “Made in Dre” – qui va contribuer à le rendre intemporel.

Mais c’est surtout que si Slim Shady (machiste et homophobe) sait se montrer détestable à souhait, il n’occulte pas le flow d’Eminem (qui d’autre est capable de faire rimer 14 syllabes par vers et avec un tel débit ?),  ni le talent d’écriture et le sens de la formule de Marshall.

Et tout ce petit monde semble trouver l’équilibre parfait dans une chanson en particulier…

Stan – Eminem…

La chanson raconte l’histoire de Stan(ley) qui prétend être le plus grand fan de Slim Shady, allant jusqu’à calquer son look et sa personnalité. Il lui écrit plusieurs lettres, à travers lesquelles il se montre de plus en plus inquiétant, et va finir par sombrer dans la folie de son obsession face à l’absence de réponse de Slim.

Autre fiction de l’album, elle est inspirée par les réflexions d’ Eminem sur l’idolâtrie parfois poussée à l’extrême du fandom. D’ailleurs, Stan n’est pas un prénom choisi complètement au hasard car il est la contraction de “Stalker” et de “Fan”.

Cette chanson dénote avant tout par sa structure narrative dite épistolaire. Souvent utilisée en littérature elle l’était alors très peu (voir pas) dans la musique. Ce qui lui a valu d’être salué par certains critiques littéraires qui ne manquaient pas de reconnaître en Eminem des qualités de “brillant poète” ainsi que la “profondeur et la texture de ses vers“.

Un Eminem qui se fait aussi brillant dans l’interprétation de ce personnage qu’il crée, et les différentes émotions qu’il parvient à nous retranscrire jusqu’au frisson final de cette sordide histoire.

Une descente aux enfers qui nous prend aux tripes et dont on parvient à reprendre un peu de souffle que lors de son célèbre refrain, entonné par une apaisante voix féminine…

 

 

Feat Dido

Dido – Florian Cloud de Bounevialle O’Malley Armstrong de son vrai nom (si, si !) est née le 25 décembre 1971 à Londres. Fille d’un père agent littéraire et d’une mère poète, elle se passionne très tôt pour l’écriture et la musique, apprenant le chant, le piano et le violon.

Après des études de droit, elle se remet au chant et accompagne le groupe de son frère, Faithless, en tournée. En 1997, elle rencontre le producteur Clive Davis et lui présente certaines de ses compositions. Charmé par la voix douce et puissante de Dido, il l’a produit alors pour son premier album No Angel qui sort en 1999. Et le single “Here with Me” servira de générique à la série Roswell.

En Avril 2000, Dido est à New-York et enchaîne les concerts autour de cet album dont le franc succès ne sort pourtant pas des États-Unis.

Un matin, lors de cette tournée, elle reçoit une lettre accompagnée d’un CD :

“Nous avons aimé votre album et avons repris la chanson “Thank You”. Écoutez et dites nous ce que vous en pensez.” Eminem.

Dido répond favorablement à la demande du rappeur, se disant emportée par la sensibilité et la beauté de Stan. Puis, elle va être conviée à rencontrer Eminem et Dre. Un entretien qui va tellement bien se passer qu’elle va accepter de jouer le rôle de la petite amie de Stanley, interprété par Devon Sawa, dans le clip.

 

“Not so bad…”

Cette étrange collaboration que, avouons-le, personne n’avait vu venir à l’époque, va permettre à cette chanson et leurs auteurs – Dido étant officiellement créditée – de franchir certaines barrières.

Stan et Eminem vont alors percer en Angleterre et en Europe pour en faire définitivement le “rap god” que l’on connait à présent. Et Dido va voir aussi les ventes de son Thank You grimper en flèche et s’internationaliser. Bien que sa carrière se fera volontairement plus discrète.

L’œuvre (n’ayons pas peur des mots) glanera de multiples nominations et fait aujourd’hui partie du top 300 des plus grandes chansons de tous les temps par le magazine Rolling Stones. C’est dire !

Et si vous doutez encore de l’impact qu’a eu cette chanson dans le monde de la musique et au delà, sachez que depuis 2017 le mot Stan apparaît dans les dictionnaires outre-manche. Il désigne : “un fan excessivement zélé ou obsédé par une célébrité en particulier…”

Toujours pas convaincu ?

Alors, pour l’heure, pourquoi ne pas tout simplement vous servir une tasse de tasse de thé en regardant la pluie tomber à la fenêtre ? Et vous replonger un instant dans l’univers d’Eminem – époque Slim Shady – ?

Que ce soit à travers tout son album ou simplement cette incroyable chanson, frissons garantis.

 

Il était une chanson…

Stan – Eminem feat Dido

 

 

 

 

 

 

 

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Brice

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