Un vélo pour remonter les pentes

Au début, je n’aimais pas le vélo

La dernière fois que j’ai fait du vélo, je devais avoir 16 ans, et on s’était prises de passion pour le VTT avec une amie, on parcourait la région l’été et on faisait du kilomètre. Puis ça m’est totalement passé.

Depuis, je ne me souviens pas vraiment d’avoir enjambé ma bécane pour me déplacer. A pied, oui, tout ce qu’on veut, en train, ou dépendante de la voiture de mes parents ou de mes potes, mais à vélo, plus jamais.

De temps en temps, nous allions tout de même nous balader avec les enfants, mais j’ai très vite constaté que je détestais cela : pédaler était pour moi un enfer. Je suis une sportive modérée de manière générale (ok je ne m’attarde pas sur la définition de “modérée” ici), mais la douleur dans les mollets et les cuisses m’est vraiment insupportable. Je vis au cœur d’une vallée, autant dire que pour sortir de chez moi sans avoir des kilomètres de côtes, ce n’est pas simple.

L’idée de me déplacer à vélo a donc toujours été aberrante.

Pédale douce

Jusqu’à ce qu’un couple d’amis nous invite à leur traditionnelle balade VTT. Mon premier réflexe a été de refuser tout net : ces amis, je les aime d’amour, mais c’est le genre à passer leur voyage de noce à faire de l’escalade sur une montagne, et leur anniversaire de mariage à éviter des crevasses sur un glacier : nous n’évoluons pas dans la même catégorie du « sportif ».

Je m’imaginais déjà la langue pendante au bout du premier kilomètre, les larmes aux yeux, et tout le groupe en train de m’attendre patiemment en haut d’une côte.

Mon amie m’a conseillée de louer un VTT électrique avec d’autres membres du groupe.

Ma première expérience avec l’électrique m’a totalement réconciliée avec le vélo. Point de mort en sursis dans les montée. Une facilité de s’adapter à la vitesse du groupe. L’assistance me faisait passer absolument partout, y compris dans des chemins avec de grosses racines ou de gros rochers dans des côtes vertigineuses. J’avais oublié à quel point j’aimais les descentes dangereuses en VTT. J’ai pris un plaisir fou à cette balade.

Voir le printemps

Au Premier Confinement (le Premier Confinement devenant une nouvelle mesure de l’Histoire, juste avant le Second Confinement), j’ai emprunté un vélo électrique.

Le Premier Confinement a démarré en mars 2020, avec un printemps absolument magique que j’ai eu, pour la première fois, toute l’occasion d’analyser. C’était la première fois de ma vie que j’ai observé les bourgeons des arbres éclore sous mes yeux, lentement, se magnifiant, jour après jour. Il faisait magnifique, doux, nous étions coupés du monde, hors du temps, et j’ai parcouru ma campagne à vélo. Comme nous étions à quatre à la maison, tout le temps, j’avais besoin de m’accorder des petits moments de solitude, que j’ai pris à découvrir ma région. Avec l’électrique, on gagne en audace : où m’emmène ce petit chemin de bois ? Hop, on tente, on essaie, et tant pis si ça monte, ce n’est pas grave ! J’ai commencé à aller faire mes courses avec ce vélo. A tester plein de chemins encore inconnus, que j’avais repérés, pour la plupart, en voiture.

Le regard sur l’environnement se modifie. Le rapport au temps également. Soudain, deux heures sont passées, on ne sait pas où.

velo electrique

C’est bien mais c’est cher

J’ai finalement rendu le vélo, avec la promesse de m’en offrir un dès que possible.

Sauf que, moi, quand je dois acheter quelque chose de très cher (spoil : un bon vélo électrique, c’est super cher), ça me fait flipper, et j’ai du mal à faire le pas. J’avais choisi le modèle que je voulais, un bon, un beau, un génial. Construit dans les Vosges par une petite entreprise familiale. Hybride. Batterie optimale, moteur puissant.

Mais le temps passait, et je n’arrivais pas à me décider à sortir la somme.

Encore une fois, c’est une amie qui est intervenue : beaucoup plus spontanée, elle avait décidé de s’acheter le même modèle que moi. Et une fois qu’elle avait décidé, elle voulait ce vélo le plus vite possible. Comme il y avait une grosse pénurie, elle a écrit à tous les magasins de vélo en Belgique pour voir quand ce modèle était disponible. Elle a acheté le sien le jour-même, et puis elle m’a transmis toutes les réponses des vendeurs.

Je ne pouvais plus reculer, j’ai acheté mon vélo et je suis allée le chercher dans la semaine.  J’ai également acheté deux grandes sacoches.

Plaisir, plaisir

Depuis, ma vie a changé. Je file au village voisin pour une course. Ces 3 kilomètres de montée escarpée me prennent 10 minutes. De temps en temps, je vais au grand supermarché, à 12 kilomètres. Souvent, je fais des détours. Il m’est arrivé de passer 4h sur mon vélo, sans m’en rendre compte. Quand il fait beau, bien sûr, mais je me suis équipée pour la pluie et le froid : le tout est de démarrer, ce qui ne fait pas envie, mais deux minutes après, je retrouve le plaisir de rouler.

Cette prise d’un bon bol d’air, la sensation de bouger, d’être en bonne santé, être dans la nature, improviser des chemins, et avoir mal au cul quand même à la fin.

Oui, j’ai une assistance électrique, et c’est absolument formidable (je sais qu’il y a des puristes qui font la grimace et qui disent que ce n’est pas du vélo – je m’en fous, on n’est pas obligés de souffrir pour faire du sport). Ce luxe de descendre deux kilomètres à pic en se disant qu’il faudra les remonter, et que c’est juste un petit détail.

Cela ouvre le champ des possibles, dans ma région très vallonnée. C’est pouvoir se passer de la voiture pour des tas de choses. C’est se sentir vivant, sans souffrance liée à un effort physique trop intense, sans culpabiliser, puisque le fait de pédaler est une très rare activité qui ne génère pas de CO2. C’est sillonner ma région magnifique, et la redécouvrir en permanence, au gré des couleurs des saisons. Parce que faire la route à vélo, c’est observer tout ce qu’on n’a pas le temps de voir en voiture : les maisons, les champs, les vaches, les rivières. C’est surprendre un écureuil qui ne t’avait pas entendu arriver.

J’ai été victime des inondations en juillet 2021, et mon vélo a été sérieusement endommagé. C’est la première chose que j’ai fait réparer. C’est ce qui a, entre autre, permis de me reconstruire à l’intérieur. Il me permet de vivre une solitude bienfaitrice (petit clin d’œil à l’article de l’Homme des Cavernes à ce sujet), me sortir de mes tâches ménagères ou de ma vie professionnelle.

C’est du temps pour moi, rien qu’avec moi. Et durant ce moment avec moi, je me trouve plutôt sympa.

Et ça, c’est le plus important.

vélo électrique
Pied à terre pour prendre le temps de contempler ce champ de blé

 

 

 

 

 

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Belge&Brune

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