Eloge de la solitude

La solitude est un sentiment que beaucoup d’entre nous avons subi de plein fouet, lors du premier confinement. Les jeunes, les personnes âgées, les fous du travail, les fêtards, tous ont souffert de cet état de fait. Pourtant, la solitude n’a pas que de mauvais côtés, pour peu que l’on sache l’apprivoiser. Elle est utile, source de créativité, et parfois même salvatrice pour tout un chacun. Explications.

Maison en pierre

Evidemment les soirées entre amis, les restos, le cinéma et le théâtre nous ont beaucoup manqué. Nous sommes intrinsèquement faits pour nous sociabiliser. Quel plaisir dingue de se réunir entre potes pour aller s’éclater dans la fosse du dernier concert de Gojira.

Cependant, avant d’aller slamer sur le titre Another World, il est un temps tout aussi jouissif où l’on découvre l’album Fortitude. Et ce moment-là, on le vit seul. Seul pour pouvoir écouter les titres en boucle jusqu’à satiété. Seul pour pouvoir mettre le son aussi fort que l’on veut et danser de la manière la plus personnelle qui soit, sans redouter le regard des autres.

« La solitude est une douce absence de regards. »

Milan Kundera

Pour la plupart d’entre nous, et quel que soit le corps de métier dans lequel nous officions, nous croisons une quantité effrayante de personnes durant la semaine : nos collègues, nos prestataires, nos clients, nos élèves, ou que sais-je encore. Puis le week-end, nous participons à différents repas de famille ou à des fêtes entre amis. La possibilité de se dégager du temps pour soi devient alors quasiment utopique.

Bien entendu, pour avoir bosser le sujet, je sais qu’il y a environ 10 millions de personnes qui vivent seuls en France, à l’heure où j’écris ces lignes. Et ils doivent bondir en lisant cette chronique car leur vérité n’est pas la mienne dans la mesure où ma réalité n’est pas la leur. Je mesure bien le fait que lorsque l’on vit seul, on a beaucoup de temps pour soi, et même probablement trop. D’ailleurs, pour avoir connu les deux situations, c’est-à-dire la vie de couple avec enfants et le célibat, je suis bien placé pour savoir que l’on n’est jamais pleinement satisfait de notre vie et qu’on aspire toujours à autre chose… La nature humaine est ainsi faite.

« Le silence est le dernier refuge de la liberté. »

Michel Campiche

Il n’empêche que je prétends que l’on ne peut être heureux sans se ménager de larges plages de solitude. On dit souvent que le temps est le bien le plus précieux au monde. Je préciserais le temps pour soi. Evidemment, les moments passés avec nos parents et nos enfants valent de l’or, l’idée exposée ici n’est pas de le nier. Mais si ce sont des instants de partage certes primordiaux, l’introspection et la création y sont a priori impossibles. Or que vaut la vie sans art ni philosophie, sans culture ni regard intérieur ?

Les écrivains sont des ours enfermés dans leur bureau, affamés d’inspiration. Les auteurs et compositeurs en sont autant. Les lecteurs ont besoin de silence, à l’instar des musiciens et des poètes. Mais nous autres, simples humains, ne sommes pas épargnés par cette nécessité. Se retrouver avec soi-même pour se comprendre, se pardonner et continuer d’avancer dans un monde où, par essence, les gens sont décevants, est fondamental.

« La solitude est bonne, et les hommes ne valent pas un regret. »

Georges Sand

Je vous épargnerai ici les heures que je passe à écrire pour construire ma résilience. Je vous passerai aussi les très nombreuses chroniques, cachées dans mon disque dur, qui ne paraitront jamais. Mais je veux bien évoquer mes nombreuses randonnées en forêt dans les Monts du Lyonnais, à l’épuisement physique salvateur et aux paysages éblouissants. Mes nuits blanches, allongé dans la pénombre, à écouter dans mon casque un seul et même titre pendant des heures, parce qu’il me parle et/ou qu’il parle de moi. Enfin, comment oublier cette demi-journée hors du temps que j’ai passée, assis sur la tombe de Frédéric Dard, à lire un San Antonio volé à mon père ?

« On est plus heureux dans la solitude que dans le monde. Cela ne viendrait-il pas de ce que dans la solitude on pense aux choses, et que dans le monde on est forcé de penser aux hommes ? » s’interrogeait Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort. Tout est dit. La vie en communauté nous oblige alors que l’isolement nous rassérène.  Si l’amour filiale et le partage sont l’essence de l’existence, l’introspection et l’amour de soi en sont le moteur.

Paysage des Monts du Lyonnais

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L'homme des cavernes

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