Il était une chanson… Douce-amère

Depuis toujours, l’Angleterre est considérée comme reine dans l’art de faire de la musique rock.

Mais à la fin des années 80, à Seattle, un petit blondinet en colère et ses deux potes sortent de leur garage avec un tout nouveau style : Nirvana sortait l’artillerie lourde du grunge.

Pour y faire face, refusant de se faire engrungisé; le Rock Anglais allait emprunter à la pop, à la new-wave et à l’Alternatif. Tout en s’inspirant de ses groupes qui ont fait sa fierté dans les années 60 / 70.

Ainsi naquit la britpop. Et dans la deuxième partie des années 90, personne ne pouvait y échapper.

Bien que principalement représentée à travers un duel Oasis / Blur, une des chansons les plus emblématiques de cette période est venue d’un Outsider…

 

Il était une chanson…

Bitter Sweet Symphony – The Verve

 

 

The Verve est formé en 1989, à Wigan, par Richard Ashcroft (chant), Nick McCabe (guitare), Simon Jones (basse) et Peter Salisbury (batterie).

Après la sortie d’un E.P classé “indé” en 1992 mais qui ne connaîtra pas le succès, The Verve sort un premier album en 1993 intitulé A Storm in Heaven.

Malgré de bonnes critiques, l’album est un échec commercial et le quatuor ne parviendra pas à sortir de l’ombre d’ Oasis – eux-mêmes encore relativement inconnus – avec qui il partageait quelques scènes.

Leur deuxième album, A Nothern Soul, sort en juin 1995. Dans cet album, ils quittent les sphères du rock psychédélique pour celui de l’alternatif, plus proche de la jeunesse anglaise de l’époque. Pourtant, une fois encore, l’album est salué par la critique mais boudé par le public.

Ashcroft, lassé, quitte le groupe qu’il juge alors “fini et sans avenir…”

 

La troisième, c’est la bonne !

 

Quelques temps plus tard, Ashcroft se ravise et remet The Verve sur pied, adjoignant un deuxième guitariste, Simon Tong. Ils seront cinq pour enregistrer leur troisième opus : Urban Hymns.

Cette fois, l’album est un succès critique ET commercial, permettant à The Verve de décrocher trois Brit Awards, dont celui de meilleur groupe Britannique.

Leurs titres The Drugs Don’t Work, Lucky Man et Sonnet passent dans toutes les radios, accompagnants une tournée triomphale à travers le monde. L’album finira 25 fois disque de platine.

Mais LA chanson qui a permis à Urban Hymns de connaître un tel succès est, sans conteste, son premier single sorti en juin 1997 : Bitter Sweet Symphony.

Carton plein, donc, pour ce titre synthétisant parfaitement la britpop. Mais avec des paroles – écrites par Ashcroft – qui n’ont rien a envier aux textes d’un Cobain.

Seule ombre au tableau pour The Verve : une musique qui se verra juridiquement créditée à… Keith Richards et Mick Jagger.

 

 

‘Cause it’s a Bitter Sweet…

La célèbre et entêtante boucle de violons est en fait un sample tiré d’une autre chanson : The Last Time de The Andrew Oldham Orchestra.

Le rapport avec les Stones ?

Et bien, pour la petite histoire, The Andrew Oldham Orchestra est un projet musical parallèle créé au milieu des années 60 par le manager et producteur des Rolling Stones : Andrew Loog Oldham. Ce dernier avait alors eu idée de faire un recueil des chansons des Stones en versions orchestrales.

Il ne s’agissait pas vraiment d’un orchestre. Il utilisait, pour ce faire, une multitude de musiciens de sessions dont, parfois même, des membres du groupe à la langue tirée. C’est, en l’occurrence, Jagger et Richards qui s’étaient prêtés au jeu pour la version de leur “The Last Time”.

Lors d’un premier procès attenté à The Verve pour plagiat, les avocats avaient obtenus un 50/50 sur les droits, concluants au quiproquo. En effet, des droits pour sample (de 6 secondes) ont bien été achetés auprès de la maison de disques de Oldham. Seulement, ils ne s’attendait pas à une telle utilisation.

Mais – probablement poussés par l’incroyable succès de la chanson – Jagger et Richards refusent l’accord et font appel; réclamants 100 % des droits. Ce qu’ils obtiennent.

C’est d’ailleurs, ce qui a permis son utilisation dans des publicités notamment pour Nike et Opel. Ce qui était complètement contraire au sens des paroles écrites par Ashcroft. Double peine pour l’anticapitaliste The Verve.

Un préjudice subit jusqu’à tout récemment, en 2019. Après des années de négociations avec les différents ayants droit, les crédits de la chanson sont à présent complètement attribués à Ashcroft.

 

 

” That’s Life !”

Car, oui, Bitter Sweet Symphony, cet emblème de la britpop, est bel et bien le “bébé” de Richard Ashcroft. Et une de ses chansons les plus personnelles.

La phrase : “Trying to make ends meet, you’re a slave to the money then you die.” est même directement inspirée de sa vie.

Son père, Franck était un employé de bureau. Un travail qu’il jugeait insatisfaisant et qui rapportait juste assez pour vivre. Il décède subitement d’une hémorragie cérébrale en 1982. Richard n’avait que 11 ans mais avait déjà compris quelque chose :

“Il travaillait de 9h à 17h, parfois le week-end à la maison aussi et ça n’a abouti à rien. Ce n’est pas une vie pour moi !” 

La “morale” qu’il en fait dans – et pour – la chanson est mise en image dans un clip qui marquera également l’histoire. Réalisé par Walter Stern, Ashcroft se met en scène, remontant une rue bondée de Londres. Le regard fixe, impénétrable, il bouscule les passants en se disant “différent” mais “inchangeable” et exhorte alors à “sortir de ce moule”, tout en parlant de la dépression : tant la sienne que celle du monde…

La vidéo s’inspire, en clin d’œil, de celle réalisée en 91 pour Unfinished Sympathy de Massive Attack – pour qui Stern a beaucoup travaillé aussi – et le clip ne dure que 4 minutes et 35 secondes (contre 5 min 58 pour la chanson sur l’album) pour coller avec la version radio.

À la fin, il est rejoint par le reste du groupe et on les voit marcher tout ensemble, faisant ainsi la jonction avec la vidéo du single suivant The Drugs Don’t Work.

 

“Melody and Silence…”

En 1999, The Verve se sépare, cette fois, pour de bon. Enfin, jusqu’en 2007… Mais jamais plus ils ne connaîtront un tel succès.

Leur séparation marquera aussi la fin de l’ère britpop. Et la fin de cette guéguerre musicale des années 90 avec une chanson qui, finalement, sonne bien plus grunge qu’il n’y paraît.

Kurt Cobain, n’était plus. Il n’y avait pas de gagnant. Seulement des messages à passer à travers un rock qui s’en trouvait grandi et enrichi, bien qu’agonisant.

La fin d’une ère pour laquelle, on aura bien toujours au moins 6 minutes à accorder. Pour se rappeler, qu’après tout, dans cette symphonie douce-amère qu’est la vie, aucune lutte n’est perdue d’avance. Qu’on peut aussi, toujours, pourquoi pas, peut-être, sortir du moule. Changer de vie…

Mais pour l’heure :

 

Il était une chanson…

Bitter Sweet Symphony – The Verve

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Brice

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