Pirate ou Princesse ?

Il y a quelques temps, j’entendais une publicité à la radio pour un célèbre parc d’attractions, c’était Pirate et Princesse et il fallait choisir son camp pour être soit un pirate soit une princesse. Cette publicité me faisait sourire à chaque fois car, étant un garçon, j’aurais normalement dû vouloir être le pirate. Les stéréotypes, vous savez. Alors que, concrètement, je me sens plus proche de la princesse que du pirate. Les stéréotypes sont ancrés dans nos sociétés, créant de fait des mal-êtres ou du sexisme dans nos sociétés adultes. Pourtant, c’est au travers de ces stéréotypes que nous avons été éduqués, et qu’on continue d’inculquer à nos enfants.

 

Le bleu pour les garçons et le rose pour les filles

garcon bleu fille rose

Alors qu’on en cherche encore l’intérêt (spoiler : il n’y en a aucun), il est important dans nos sociétés de tout catégoriser, de tout genrer. C’est ainsi qu’on arrive à se retrouver avec des sacs à dos pour femme et pour homme. Ce sont exactement les mêmes, mais celui pour femme est violet alors que le gris est pour l’homme. Alors que ce sac est de conception mixte, afin de différencier les couleurs, on en fait une interprétation (on l’appelle « sac à dos femme » alors qu’on pourrait juste l’appeler « sac à dos violet », idem pour le « gris » pour « homme »). Il semble vraiment important de séparer selon le genre, il ne faudrait pas qu’un homme commette l’erreur de porter un sac de femme. Cet exemple d’un produit adulte ne nous choque pas tant que ça, puisqu’on a été habitué à genrer et à bien séparer, ce qui est « pour femme » de ce qui est « pour homme ». C’est un processus ancré depuis notre éducation, puisqu’on a été habitué à ce que le rose soit pour les filles, et à ce que le bleu soit pour les garçons. Mais dans cette histoire, il n’est pas seulement question de couleur. Cette séparation des couleurs permet de bien différencier ce que doit être un homme, et ce que doit être une femme.

Dans un de mes précédents articles sur la notion de genre, j’avançais que selon moi, le modèle de ce qu’est un homme ou une femme était basé sur des stéréotypes que l’on présente comme exemples à nos enfants : le prince charmant et la princesse. Ainsi, on apprend au petit garçon qu’il doit être fort, valeureux, viril, courageux, et que par extension il ne doit pas montrer sa sensibilité. A la petite fille, on lui apprend qu’elle doit être jolie, fragile, sensible. Dès lors, imaginez la difficulté pour un enfant qui ne se retrouverait pas dans ces schémas de se construire alors que toutes ses références vont à l’encontre de sa personnalité. Ces références agissent comme des œillères, interdisant à l’enfant d’imaginer être en dehors.

sam smith dress drawing stéréotypes

Source : Facebook Sam Smith

En séparant les couleurs, on évite les tâches. Le bleu et le rose restent encore trop souvent de mise dans les magasins de vêtements pour enfants, alimentant les stéréotypes de genre. Car si une simple couleur peut être différenciante, je vous laisse imaginer un petit garçon en jupe… Dans les magasins de jouets, c’est tout rose d’un côté et tout bleu de l’autre, la mixité semble impossible. Et pour cause, cette séparation des genres est bien réalisée afin que l’on ne mélange jamais le « rôle » de chacun.

 

 

L’éducation du sexisme

Dans son livre « Sorcières », Mona Chollet nous présente une partie oubliée de l’histoire, celle de la chasse aux sorcières. Les sorcières, ce sont ces femmes qui s’éloignent de leur rôle « normal » de femme, par leur indépendance, parce qu’elles vieillissent, par leur refus de la maternité. Dans les livres pour enfants, ce mythe de la sorcière est entretenu. Les sorcières sont présentées répugnantes, hideuses (car vieilles), seules, indépendantes, démoniaques. Par extension, dans nos sociétés modernes, on apprend donc à nos enfants qu’une telle femme serait « le mal ». En effet, le « rôle » de la femme (tout comme le « rôle » de l’homme) est bien défini, bien stéréotypé, bien sexiste.

Les femmes sont censées s’accomplir au travers de la maternité, du rôle de mère, et accessoirement du rôle de femme au foyer. De fait, ce n’est pas à l’homme que revient le rôle de s’occuper des enfants ou des tâches ménagères. Il en est exclu, son rôle étant de ramener de l’argent pour faire vivre sa famille, de lui construire un abri, de la protéger.

Cette définition des « rôles » peut vous sembler un peu grossière, pourtant c’est bien ce qu’on enseigne à nos enfants. Pour s’en convaincre, il suffit d’aller faire un tour dans un magasin de jouets. Dans les rayons roses (comprendre : « ceux pour les filles »), c’est là qu’on retrouve les poupons : le rôle de mère qui doit s’occuper des enfants ; les dinettes : le rôle de femme qui prépare le repas ; les appareils ménagers : pour faire comme maman, c’est-à-dire gérer seule les tâches ménagères ; les poupées : pour apprendre à se faire jolie pour son homme. Dans les rayons bleus (« ceux pour les garçons »), on trouve des jeux de constructions : construire pour sa famille ; des jouets de bricolage : pour entretenir son habitat ; des armes : pour être le pirate qui protège sa famille ; des voitures : oui, parce que femme au volant = accident.

Les dessins animés sont aussi diffuseurs de stéréotypes, développeurs de sexisme. Parmi ceux diffusés lorsque j’étais plus jeune, il ne faut pas chercher beaucoup pour trouver des exemples qui définissent bien les « rôles » de l’homme ou de la femme. Le bricoleur, c’est Bob, évidemment, un homme. Blanche-Neige reste à la maison pour préparer le repas et s’occuper des tâches ménagères pendant que les 7 nains sont au travail. Le conducteur de taxi, Oui-Oui, est un homme. Globalement, sur les dessins animés qui mettaient en scène des familles (Les Simpson par exemple, ou Franklin), les « rôles » étaient stéréotypés.

 

Petits enfants deviendront grands

Les enfants n’ont pas l’expérience pour avoir une prise de recul sur ce qu’on leur enseigne. De fait, ils considèrent comme vrai ce qu’on leur apprend, sans émettre de doutes. Alors qu’on leur enseigne un modèle binaire et précis en termes de comportement, de façon d’être ou de rôle, dans leur développement ils se doivent de s’y adapter. Lorsqu’ils se rendent compte que le modèle était peut-être erroné, il est déjà tard. Il faut alors tout reprendre, tout revoir, tout déconstruire. Quel gâchis, aussi bien pour l’enfant (devenu grand) que pour la société.

Pourquoi néglige-t-on autant le pouvoir de l’éducation ?

On s’indigne et on combat les stéréotypes de genre ou le sexisme dans nos sociétés adultes. Concrètement, on tente de combler les failles. C’est bien, mais ça n’apportera jamais un changement significatif si on n’essaie pas de résoudre le problème à la source. Et pourtant, il suffirait simplement de donner à nos enfants de bonnes bases.

Alors, des évolutions existent : par exemple, le site internet d’une grande enseigne de jouets n’est plus genré ; les personnages de la Pat Patrouille sont joués avec un doublage féminin, comme la policière ou la pompière. Pour autant, ces changements sont trop peu efficaces s’ils ne s’inscrivent pas dans un changement d’ensemble : par exemple, même si le site internet de cette enseigne n’est plus genré, le magasin reste paré d’un côté rose et d’un côté bleu…

 

 

 

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Julch

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