Mon introversion est ma force

Je cherchais un bouquin à lire quand je suis tombé un peu par hasard sur le livre de Susan Cain, intitulé « La force des discrets : le pouvoir des introvertis dans un monde trop bavard ». En lisant la quatrième de couverture, ça semblait un peu me parler. Alors je l’ai choisi, je l’ai lu, et j’ai compris : je suis un introverti.

J’ai toujours su que j’étais plutôt du côté des introvertis, mais sans jamais avoir réellement réfléchi à comment ça se (me) définissait. Susan Cain réussit l’exploit, dès l’introduction, de me spoiler une très grosse partie de ma personnalité. Bluffant. Elle me connait, moi, qui avait toujours pensé ne pas être normal, avait toujours cherché à complaire, à changer, à « m’améliorer ». Je n’étais pas seul, ni anormal ou différent, j’étais juste moi.

 

la force des discrets

L’introverti

Les termes d’introverti et d’extraverti ont été popularisés par le psychologue Carl Jung, dans son ouvrage « Types psychologiques » paru en 1921. Il y décrit les introvertis comme étant attirés par le monde intérieur de la pensée et des émotions, là où les extravertis sont attirés par la vie extérieure, celle des rencontres et de l’action. La différence se perçoit aussi dans la manière de se ressourcer, de recharger les batteries. Les introvertis puisent leur énergie dans la solitude alors que les extravertis se ressourcent par des interactions sociales.

Un introverti, c’est quelqu’un qui appréciera davantage le calme, la réflexion, la solitude. De nature discrète, c’est quelqu’un qui préfèrera travailler seul, qui aura du mal à s’exprimer au milieu d’un groupe, qui n’aimera pas parler devant un public. Ses capacités d’observation et d’écoute lui offre une sensibilité accrue. C’est une personne qui n’aime pas le conflit, qui prend peu de risques. Un introverti n’est pas nécessairement timide, et n’est pas antisocial. Il aime avoir de la compagnie, mais plutôt avec des personnes qu’il connait bien, en qui il a confiance, et dont il se sent proche. Il préférera les conversations plus profondes aux conversations plus futiles.

On se situe tous quelque part sur l’axe introversion-extraversion. Bien que notre caractère introverti ou extraverti puisse évoluer lors de notre vie, nous avons une prédisposition biologique pour l’un ou l’autre. Objectivement, le caractère introverti ou extraverti se traduit par notre réaction à la stimulation. Là où un extraverti se sentira à l’aise dans un environnement avec beaucoup de stimulations, l’introverti s’y sentira mal à l’aise, il ne réagira pas bien. C’est ce que le psychologue Jerome Kagan a mis en évidence lors d’une grande expérience menée en 1989. Il soumit 500 bébés à divers stimulis et observa leurs réactions. Il classa ensuite les bébés selon deux catégories : ceux à réactivité forte comme étant prédisposé à l’introversion et les bébés à réactivité faible comme étant prédisposé à l’extraversion. Les prédictions estimées par Kagan s’avérèrent vraies lorsque les bébés grandissaient, confirmant l’aspect biologique de l’introversion et de l’extraversion.

 

L’Idéal extraverti

Environ un tiers à la moitié de la population est introvertie(*). Pourtant, nos sociétés occidentales (à l’inverse de la culture asiatique) prônent l’extraversion : l’idéal est extraverti.

Socialement, les modèles ce sont des personnes cools. Vous savez, celles qui sont à l’aise, qui ont toujours des choses intéressantes à raconter. Ils savent se mettre en évidence, ils ne semblent jamais douter d’eux-mêmes. Ils ont cette capacité à entamer une discussion, peu importe avec qui. Pour ça, on les admire. L’idéal est extraverti.

Dans la sphère professionnelle, c’est encore plus flagrant. Le monde du travail ne fonctionnerait pas sans ses « leaders charismatiques ». Vous savez, ces personnes qui sont dans le feu de l’action, capable d’ordonner, de trancher, de prendre des décisions, rapidement, instinctivement. Le modèle idéal de travail est basé sur la collaboration, le partage, le travail d’équipe. On regroupe tout le monde dans d’immenses open-spaces, dans de grandes réunions, pour faire émerger les idées. L’idéal est extraverti.

Dès l’école, on nous prépare pour le travail en collaboration. De plus en plus, les dispositions des tables dans les classes évoluent : des regroupements en petits groupes au lieu des traditionnelles rangées. Et ce afin de renforcer au maximum le travail d’équipe. L’idéal est extraverti.

 

citation susan cain

 

 

L’introverti dans un monde d’extraverti

Un introverti n’est pas antisocial. Il se nourrit des relations sociales au même titre qu’un extraverti, mais pas de la même manière. Ne se sentant pas à son aise pour s’exprimer au milieu d’un groupe, il se met à l’écart, comme pour se protéger. Discret, on le perçoit réservé. Puisqu’il a du mal à se mettre en avant, il aura aussi des difficultés à faire découvrir sa personnalité ou ses idées. Le monde de l’Idéal extraverti ne donne à l’introverti que trop peu de tribunes pour s’exprimer à son aise. Il faut donc trouver d’autres moyens, d’autres terrains d’expression, tel que l’art, les écrits ou le monde virtuel.

 

introverti

 

Dans le monde professionnel, c’est déstabilisant. Au-delà des difficultés à s’exprimer ou faire valoir ses idées en poste, on fait douter les introvertis dès l’entretien d’embauche. On vous fait passer un test de personnalité (qui découle des théories de Carl Jung). Ce genre de tests ne servent ni plus ni moins qu’à vous placer sur l’axe introversion-extraversion, pour simplifier. Et alors que le modèle idéal est extraverti, les personnalités extraverties seront donc favorisées, l’introversion étant perçue comme un défaut. Il est dès lors plus difficile de faire valoir ses forces quand l’attendu n’est pas ce que nous sommes, on vous accordera beaucoup moins de crédit pour un poste à responsabilités, puisque vous ne correspondrez que peu au « meneur d’hommes » que l’on recherche.

 

Mon introversion est ma force

Être introverti dans le monde de l’Idéal extraverti, c’est un défi quotidien. C’est essayer de changer, de se mettre en difficulté, de sortir de sa zone de confort, pour coller à l’idéal. C’est tenter d’évoluer, pour tenter de se faire passer pour plus extraverti qu’on ne l’est vraiment. Finalement, ce n’est que tenter de renier notre identité profonde.

Voilà le constat que j’ai porté sur moi-même à la suite de la lecture du livre de Susan Cain. J’ai souvent cherché à « m’améliorer » dans mes interactions sociales, dans ma manière d’être, en vain. Alors que je n’avais pas pleine conscience de ma personnalité, Susan Cain m’a permis de tout éclairer. Dorénavant, je comprends mieux qui je suis et comment je fonctionne. La compréhension de l’entièreté de mes capacités me permet d’en tirer maintenant une force globale au lieu d’en éparpiller quelques qualités au milieu d’une multitude de défauts. Dès lors, au lieu de porter ce fardeau, je peux maintenant m’en servir, en faire ma force.

 

L’équilibre

Au-delà de la compréhension de ma propre personnalité, l’intérêt de mieux comprendre ce qu’est un introverti, mais aussi ce qu’est un extraverti, me permet de mieux comprendre les autres. Entre introvertis et extravertis, les mécanismes et besoins varient. Mais dès lors que l’on perçoit plus finement les personnalités, on peut élever l’autre dans un environnement qui lui sera favorable : un environnement empli de stimulations pour un extraverti et inversement un environnement avec peu de stimulations pour un introverti.

De même, il existe un besoin de complémentarité. La cohabitation est possible mais surtout nécessaire. Aussi, bien qu’un extraverti pur et un introverti pur n’existent pas (« Un homme pareil serait à l’asile de fou. » selon Carl Jung), l’introverti ne peut s’entourer uniquement d’introvertis, de même pour un extraverti. Les principales forces de l’un et l’autre se complémentarisent, à condition d’en avoir conscience. Car dans le monde de l’Idéal extraverti, les qualités des introvertis sont souvent mises de côté. Pourtant, l’introverti possède des qualités de réflexion, d’observation et d’écoute qui seraient fort intéressantes à coupler avec la spontanéité, l’audace et la capacité d’expression d’un extraverti.

 

Je termine cet article en vous partageant la conférence TED donnée par Susan Cain en 2012 peu après la sortie de son livre. Elle nous relate des anecdotes de sa vie (qui figurent par ailleurs dans son livre) et nous enjoint de trois appels à l’action, aussi bien pour les introvertis que les extravertis (à partir de 16’40 pour les moins patients).

 

 

(*)  : fourchette annoncée par Susan Cain dans son livre. On retrouve aussi ces chiffres dans de nombreux articles, sans que jamais la provenance de ces chiffres ne soit indiquée, ni aucune étude mentionnée.

 

 

 

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Julch

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J'aime l'humour et la bienveillance.

One thought on “Mon introversion est ma force

  1. En lisant ton récit j’ai compris une chose ce que tu vis au quotidien je le vis aussi finalement on est pareil ce qui nous diffère toi tu es super intelligente et cultivé la preuve quand je lis tes récits dans la fleministe je suis tellement fier de toi de ta culture je t’aime mon fils

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