L’évasion : la nécessité de l’époque.

Evasion. En voilà un mot estival. Même si, pour la majorité d’entre nous, elles sont terminées, c’est un terme qui fleure bon les vacances. Mais pas seulement. « Evasion » est probablement l’un des plus beaux mots de la langue française, notamment par la pluralité de ses sens. En effet, si l’évasion est un rêve de prisonnier, c’est aussi une échappatoire pour le travailleur éreinté par son ouvrage, un objectif post-confinement, une issue pour la femme battue, un moyen de fuite mentale sans avoir à bouger de son fauteuil, une invitation au voyage, à la découverte, à l’apprentissage d’autres cultures. L’évasion peut également être une recherche du bonheur plus pernicieuse, lorsque notre vie est un calvaire. Là, elle prend la forme d’une consommation excessive d’alcool, d’une prise de drogues légales ou illégales. Je n’évoquerai pas ici la fameuse « évasion fiscale » qui n’aurait que peu d’intérêt dans cet article. Par contre, je ne peux résister à citer Henri Matisse qui disait : « l’art est une évasion de la réalité ».

 

Evasion : sens premier.

La définition de l’évasion est avant tout l’action de se faire la malle d’une prison. Les exemples d’évasions spectaculaires sont légion et, cocorico, le recordman du monde des évasions (par hélicoptère) est français. Il s’appelle Pascal Payet et s’est évadé à trois reprises de différentes maisons d’arrêt par la voie des airs. En France, on a tous entendu parler de Jacques Mesrine, Albert Spaggiari, ou encore Rédoine Faïd, dont les évasions sont restées célèbres. Mais à mon sens, la plus folle reste celle de Joaquin « El Chapo » Guzman qui, avec quelques complices, creusa un tunnel de 1,5 km en partant des W.C de sa cellule, dans une prison de haute sécurité mexicaine. Sa cavale ne dura que 6 mois, malheureusement pour lui et heureusement pour la société…

« Je préfère être dans une tombe en Colombie que dans une cellule de prison aux États-Unis. »

Pablo Escobar

 

El Chapo

Evasion : dépaysement.

Les congés ! Quelques courtes semaines attendues comme des tranches de paradis par tout un chacun durant le reste de l’année. Et lorsque l’on en a les moyens, elles sont l’occasion de découvrir d’autres horizons, d’autres climats, d’autres paysages et même d’autres cultures. Partir en voiture, en train, ou en avion pour faire 100, 1000 ou 10000 km, peu importe, l’essentiel étant dans le dépaysement et l’évasion de notre vie quotidienne. Voir d’autres points de vue, d’autres visages, respirer un autre air… On a tous des souvenirs de voyages, des découvertes, des rencontres, qui nous ont bouleversés et qui parfois même ont changé notre perception de la vie.

« Rester, c’est exister. Voyager, c’est vivre. »

Gustave Nadaud

 

Evasion : Echappée mentale.

Le voyage n’étant évidemment pas à la portée de toutes les bourses, il existe fort heureusement d’autres moyens de fuir notre quotidien. Le premier d’entre eux est probablement la musique. Elle accompagne nos moments de solitude, nos déprimes et parfois même nos siestes. On la choisit en fonction de notre état mental et de nos actions : plus rythmée quand on fait le ménage ou du sport, plus douce après une journée de repos ou pour faire l’amour. Mais à mon humble avis, le meilleur moyen de s’évader sans lever son cul du canapé, c’est la lecture. Il n’existe rien au monde de plus magique qu’un livre. Avec lui, au tournant d’une page, on change de continent ou de siècle, on s’identifie aux protagonistes, on sort de son corps pour ainsi dire. Le roman est le champ de tous les possibles, que ce soit pour l’écrivain ou le lecteur.

« Une heure de lecture est le souverain remède contre les dégoûts de la vie. »

Montesquieu

 

Lecture

Evasion : Epuisement corporel.

Il est scientifiquement prouvé que l’un des remèdes à l’épuisement moral est l’épuisement physique. Enfiler ses baskets et se décider à sortir courir est le plus difficile. Mais une fois que l’on y est (avec de la musique dans les oreilles encore…), on oublie le reste. Et quel plaisir lorsque l’on a cavalé tout son soûl, de se délasser sous une douche chaude ! Certains diront que c’est le meilleur moment de la session sportive. Le sport-évasion ultime pour moi est la randonnée pédestre. Et c’est à la portée de tous ! Trouver une forêt ou un semblant de montagne près de chez soi, se munir d’une carte GR, de bonnes chaussures et en avant. C’est fou comme on avale les kilomètres quand on s’embarque sur un sentier entouré de paysages munificents. On en prend plein les yeux au point d’en oublier les douleurs aux mollets, autant que les soucis du quotidien.

« Si tu n’arrives pas à penser, marche ; si tu penses trop, marche ; si tu penses mal, marche encore. »

Jean Giono

 

Evasion : Voie sans issue.

Toutes ces échappatoires demandent quelques efforts pour être mises en pratique. Mais c’est une nécessité quand le poids de la réalité devient trop lourd à porter. A défaut, le danger est de tomber dans la facilité, laquelle mène à l’évasion malsaine. En effet, l’alcool, la drogue, les anxiolytiques et les antidépresseurs sont très efficaces pour déconnecter nos cerveaux. Et il serait démagogique, pour ne pas dire faux-cul, de prétendre qu’il est possible de se passer de chacun d’eux, durant toute sa vie, quels que soient les aléas qu’elle nous réserve. Moi je pense que la probabilité est grande pour que l’on ait tous besoin, à un moment ou à un autre, d’une de ces béquilles nocives. Tout le problème est de pouvoir marcher un temps sur la corde raide sans en faire un rituel, une habitude dans laquelle on retombe à la moindre bourrasque. Sans quoi le risque est grand de se diriger vers la grande et ultime évasion, la seule à laquelle on voudrait tous échapper.

« La mort, c’est une évasion définitive. »

Alice Parizeau.

 

Rando

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L'homme des cavernes

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