Il était… “Thriller”

Après les succès de Billie Jean et de Beat It, les ventes de l’album Thriller déclinent au milieu de l’année 1983.

Michael Jackson, obsédé par ses chiffres de vente, va, sous les conseils de son manager Frank DiLeo, opter pour un troisième vidéoclip.

Un clip qui sera à la (dé)mesure de ses ambitions…

 

Il était une chanson… (2/2)

Thriller – Michael Jackson

 

thriller

 

Pour se faire, Michael va se tourner vers une composition qui n’est pas de lui mais de Rod Temperton avec qui il a déjà travaillé sur Off The Wall. Ce dernier voulait écrire quelque chose de théâtral pour convenir à Jackson tout en rendant hommage à son amour pour le cinéma. Cette chanson, idoine, a d’abord été enregistrée sous le titre Starlight qui était son refrain :

“Give me some Starlight / Starlight sun”

Quincy Jones estimait que le titre de l’album devait coller à cette chanson en particulier mais que “Starlight” ne sonnait pas assez fort, ni mystérieux. Temperton fit d’autres propositions dont “Midnight Man” mais aucune ne convenait au producteur. Dans une dernière tentative, il lance à la petite assemblée : “Sinon, il y a “Thriller” mais c’est un mot de merde à chanter…”

Michael se lève et le crache dans le micro…

Le titre était trouvé.

 

” ‘Cause this is Thriller…”

 

Une chanson Pop tirant sur le Disco – Funk qui raconte une histoire “terrifiante”… voilà qui sort du commun ! Et qui correspond bien à Michael Jackson, à un détail près : il n’a pas vraiment l’allure de quelqu’un qui puisse terrifier. Si les paroles ont été retravaillées en quelques heures avec Temperton pour aller dans ce sens, la mise en image, elle, s’annonçait plus… disons… à travailler.

Jackson, en quête d’inspiration horrifique, se tourne vers un film du genre qui a fait fureur il y a peu et qu’il a lui-même adoré : Le loup-Garou de Londres. Il entre en contact avec son réalisateur John Landis, dans le but de l’enrôler en tant que conseiller, sachant pertinemment que les plus grands réalisateurs ne s’intéressaient pas au format clip. Cependant, ce dernier va se montrer particulièrement intrigué par le projet et va en accepter la réalisation.

Ce qui a surtout convaincu Landis, c’est que Michael n’avait pas pour projet de faire un clip standard pour aller avec la chanson, mais un véritable court-métrage d’une quinzaine de minutes.

Restait à régler le problème du financement…

 

thriller clip

 

“Thriller night !”

 

900 000 $, soit dix fois plus que n’importe quel clip déjà existant ! C’est le budget estimé des 13 minutes et 43 secondes, tournées en 35mm, de Thriller. Pour le financer Jackson va d’abord, naturellement, se tourner vers sa maison de disque. Mais Epic Records va seulement mettre 100 000 $, pensant alors que l’album avait atteint l’apogée de ses ventes et qu’il n’y avait pas grand intérêt à faire de 3ème clip.

Le producteur de Landis, George Folsey, suggère au réalisateur de faire un making-of qui, combiné avec le clip, produirait un film d’une heure pouvant ainsi être vendu à la télévision. Mais les réseaux de télévision se montrent également frileux quant au financement, partageant le point de vue que l’album Thriller n’était plus vraiment d’actualité.

Côté chaînes musicales, MTV n’avait pas pour politique de financer les vidéoclips, jugeant qu’il revenait aux maisons de disques de le faire. Cependant, la concurrente Showtime, croyant au projet, accepte d’investir plus de 300 000 $, MTV y contribue à hauteur de 250 000, justifiant la dépense comme production d’un film et non d’un clip. La stratégie de Folsey s’avère payante.

Alors que Michael s’apprêtait à mettre de sa poche l’argent manquant à la réalisation, un autre protagoniste entrait dans la danse : le dirigeant de Vestron Music Video, mettant près de 500 000 $ sur le tapis pour commercialiser la cassette vidéo. Il s’agissait là d’un concept pionnier car à l’époque les VHS (ancêtres du DVD) étaient uniquement vendues aux magasins de location. Vestron, sentant la bonne opportunité à l’approche de Noël, tenait à ce qu’il soit possible de vendre la cassette directement en magasin traditionnel.

Et devinez qui, à travers quel clip, va contribuer à l’essor et la popularisation de la VHS en vendant pas moins de 9,5 millions d’exemplaires..?

 

“The funk of forty thousand years”

 

Ai-je vraiment besoin de vous décrire quoi que ce soit qui se passe dans le clip ? Ce court-métrage que l’on a déjà vu des dizaines de fois, si ce n’est plus. Ne serait-ce que pour la prouesse technique, si tant est que l’on ne soit pas fan de l’artiste et de sa musique.

Que pourrais-je vous anecdotiser alors, à propos…?

Peut-être que c’est à l’épouse de John Landis, Déborah Nadoolman – costumière qui a notamment conçu ceux de Indiana Jones et les Aventuriers de l’Arche Perdue – que l’on doit ceux du clip et de sa légendaire veste rouge.

Que Thriller est le premier clip où Michael interagit avec une femme : Ola Ray. Une ancienne Playmate choisie par Landis pour son “grand sourire”. Ce dernier les encourage à improviser pendant leurs scènes et si l’alchimie semble au rendez-vous, c’est qu’elle était réelle pour et selon Ray.

Quant aux maquillages, ils sont assurés par Rick Baker, qui fait d’ailleurs une apparition dans le clip : Le zombie dont le bras tombe, dans la séquence du cimetière, c’est lui.

La chorégraphie a été élaborée par Jackson avec Michael Peters qui avait déjà chorégraphié celle de Beat It (et que l’on peut voir d’ailleurs dans le dit clip : c’est l’homme vêtu d’une veste blanche dans la séquence du combat au couteau)

Les hurlements de loup que l’on entend dans la chanson devaient être assurés par le Dogue Allemand de l’ingénieur son Bruce Swedien, mais après une nuit passée a chercher cet effet, en vain, c’est finalement Michael himself qui s’y colle. Il s’agit d’un enregistrement de sa voix “hurlant à la lune”, prise à différentes distances du micro puis qui sont superposées.

Et enfin, la mention : “En raison de mes fortes convictions personnelles, je tiens à souligner que ce film n’approuve en aucun cas une croyance en l’occultisme” qui apparaît au début du clip, est due au fait que Michael Jackson était alors Témoin de Jéhovah. Et qu’il prenait le risque d’être excommunié car son église condamne fermement la démonologie. Bien que ce ne fut pas le cas, il quittera quand même la religion en 1987.

Ah et comment ne pas citer, encore et encore, le grand, l’ inénarrable Vincent Price ?! Qui prête ici sa voix au texte parlé que l’on entend à la fin de la chanson et qui la clôture du plus célèbre des rires démoniaques.

 

thriller ciné

 

King of Pop

 

C’est le 14 Novembre 1983 que Thriller passe au crash test lors d’une projection privée au Crest Theatre de Los Angeles. Ce soir là, se réunissait, entre autres célébrités : Diana Ross, Warren Betty, Eddie Murphy et même le “rival” alors de Michael Jackson : Prince.

Pour, vous vous en doutez, une standing ovation de plusieurs minutes et le film joué une deuxième fois sous l’insistance du public.

Puis le 02 Décembre, vient le temps de le faire découvrir au monde entier via MTV et Showtime qui ont battu des records d’audience ce soir là, et tout au long du mois, à chaque diffusion du clip.

S’en suivra une pluie de récompenses pour le clip, pour l’album, pour l’artiste.

Succès sans précédent. Ce n’est même jamais plus arrivé par la suite, que sept titres sur neuf d’un album soient extraits en single. Et que ce même album, plus d’un an après sa sortie, grâce à son titre éponyme et une véritable performance cinématographique, double, même triple, ses ventes.

Personne n’y croyait, personne sauf Michael lui même qui ne volait pas son titre nouvellement acquis de “King of Pop”.

Et ce n’était qu’un début…

Mais pour l’heure, on se plonge dans le noir avec du pop-corn et on savoure, une nouvelle fois, ce qui est probablement le plus grand vidéoclip de tous les temps : Thriller.

AhAh Ah AHAH Ah Ah…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Brice

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