Il était une chan… Maison, à La Nouvelle-Orléans

Voilà une chanson qui en aura fait couler de l’encre ! Tant sur les carnets et partitions de nombreux auteurs / compositeurs que sur les cahiers de musicologues.

 

Il était une chanson…

House of the Rising Sun – (Version) The Animals

 

Si un classement des chansons les plus reprises de tous les temps était effectué, elle arriverait sûrement dans le Top 3. Mais elle n’est pas seulement prisée par les artistes / groupes amateurs mais bien, aussi, par de nombreux auteurs confirmés (voir célèbres !) et ce, depuis bien avant la version de The Animals enregistrée en 1964.

 

 

Origines ? Inconnues !

 

La particularité de cette chanson, vient avant tout de son texte. Un texte qui est impossible à dater et dont les origines incertaines le rendent libre de tous droits. Les musicologues pensent qu’elle est basée sur la tradition des ballades populaires et, thématiquement, lui ont trouvée une ressemblance avec une ballade intitulée The Unfortunate Rake datant du XVIe siècle.

La plus ancienne publication des paroles connue nous vient d’une chronique intitulée Old songs that men have sung publiée dans le Magazine Adventure en 1925 et dans laquelle on retrouve la fameuse phrase d’ouverture :

“There is a house in New Orleans, It’s called the Rising Sun and It’s been the ruin of many a poor girl, great God, and I for One”

L’enregistrement le plus ancien connu de la chanson date de 1928 sous le titre Rising Sun Blues. Elle est alors interprétée par un couple d’artistes originaires des Appalaches qui prétendaient la détenir de leur grands-parents.

Mais elle aurait été connue des mineurs en 1905 et aurait commencé, à travers les ouvriers afro-américains, à prendre une forme plus proche du Blues. On retrouvera trace de la chanson en 1938, dans le Kentucky, avec une interprétation de Georgia Turner, fille d’un mineur local âgée de 16 ans, sous le titre THE Rising Sun Blues.

Cette version sera alors plus souvent reprise et “finira” par être popularisée grâce à Leadbelly qui la reprend d’abord en 1944 sous le titre In New Orleans avant de la réenregistrer en 1948 et cette fois sous le titre The House of the Rising Sun.

S’ensuivra une longue série d’artistes (et pas des moindres) qui la reprendront : Nina Simone pour une version groovy, Bob Dylan, plus folk; Joan Baez, Jimi Hendrix aussi ira de sa version instrumentale… Jusqu’à plus récemment Sinead O’Connor ou encore Muse qui en a fait une reprise un peu plus métal, sans oublier la version “Yéyé” de notre feu Johnny national, en Français : Les portes du pénitencier.

 

musique

 

“A Poor Girl” ??

 

Les paroles originales (du moins, les premières imprimées en 1925) adoptent un point de vue féminin bien qu’il soit impossible de certifier qu’elle ait été écrite par la protagoniste. Le texte relate l’histoire d’une femme dont la vie prend une triste tournure; mais l’ambiguïté du premier texte doublé au fait qu’elle ait été rapidement et différemment reprise, la place soit dans une maison close soit dans une prison pour femmes après avoir tué son père joueur et/ou alcoolique. Ambiance…

Le fait est qu’il semble, entre autres spéculations, avoir existé une maison close à La Nouvelle-Orléans entre 1862 et 1874, nommée et tenue par sa “Madame” : Marianne Lesoleil-Levant (Nom en Français dont la traduction Anglaise donne Rising Sun).

Dave Von Ronk, guitariste / chanteur et un des nombreux interprètes de la chanson, affirme que lors d’un séjour à La Nouvelle-Orléans, il a pu voir, sur des photos de la ville datant du début du siècle, l’image d’une “immense porte en pierre menaçante avec une sculpture sur le linteau d’un soleil levant stylisé… C’était la prison pour femmes de la paroisse d’Orléans.”

Et ça, ce n’est que pour citer les deux théories les plus plausibles quant à la source de la chanson, sur la petite dizaine recensée… Rien d’étonnant alors qu’elle ait autant inspiré d’artistes.

Mais revenons en à nos Animals

 

Le Buzz de Burdon

 

Au début des années 60, à Newcastle, Alan Price, John Steel, Chas Chandler et Hilton Valentine jouent chaque fin de semaine dans un petit orchestre de Jazz baptisé Alan Price Combo. Ils rencontrent Eric Burdon, un jeune chanteur passionné de Blues, qui va se joindre à eux et orienter le groupe vers une musique plus rock en reprenant les plus grands bluesmen Américains. Leur sauvagerie sur scène et la voix âpre, caverneuse et puissante de Burdon – que l’on compare parfois à un rugissement – leur vaut rapidement le sobriquet de The Animals qu’ils finiront par adopter comme nom de groupe en 1963.

Ils se font remarquer par Chuck Berry qui les invite à assurer la première partie de sa nouvelle tournée. Peu de temps avant de la commencer, ils entendent – un soir, dans un pub de Newcastle – une chanson appelée “House of the Rising Sun” interprétée par un chanteur Folklorique qui reprenait alors la version de Bob Dylan.

Burdon va avoir une révélation selon ses propres mots : “Cette chanson était faite pour moi et je me savais faite pour elle”.

C’est à travers cette impression qu’il va se permettre de changer la sexualité du protagoniste afin de de pleinement se l’approprier, tout en se basant sur la version “prison” de la chanson. The Animals vont la jouer lors de leurs premières parties, et pour être sûrs qu’elle soit entendue, ils la placent en toute fin de leur set, cassant ainsi avec la tradition de la “chanson pour chauffer la salle” avant la star de la soirée. Risqué… Mais le public va adorer cette chanson, plutôt : ce mélodrame à la morale sauve, qui parle de misérabilisme et de vies gâchées.

Devant ce succès immédiat, le producteur Mickie Most, va leur proposer d’en enregistrer un 45-Tours, lors d’une petite pause de la tournée à Londres.

 

“Marquer l’Histoire !”

Qu’est-ce qui fait le succès d’une chanson ?

Qu’est-ce qui peut expliquer que parmi la centaine de reprises (et presque autant de versions différentes), parfois portées par de grands noms, ce soit celle des Animals qui est entrée dans la légende ?

Peut-être ce mythique arpège, joué en accords mineurs, par Hilton Valentine à la guitare électrique ? De son propre aveu il a simplement pris la séquence d’accords de Dylan pour la décomposer de la sorte. Ceci étant, c’était la première fois que la guitare électrique était utilisée pour House of the Rising Sun. (C’est d’ailleurs cet épisode qui poussera Dylan à adopter l’instrument).

Un arpège électrique donc et une performance qui décolle avec l’émouvante – et hurlante – voix d’ Eric Burdon; soutenue par le solo, à l’orgue, d’Alan Price…

C’est sans doute cette osmose trouvée entre Rock, Folk et Blues qui les propulse en tête des hit-parades cette année là ; consacrée par un télégramme reçu de quatre garçons dans le vent alors détrônés : “Félicitations des Beatles (un groupe)”.

House of the Rising Sun, la chanson libre de tous droits sera à présent (et à jamais ?) symboliquement associée à The Animals.

Le plus grand succès d’un groupe qui se séparera moins de deux ans plus tard… En raison de désaccords incessants sur les droits d’auteurs entre eux, notamment sur ce succès…

L’ironie…

Quoiqu’il en soit et pour paraphraser Mickie Most :

“C’est comme si cette chanson avait été reliée à un fil, depuis les années 1800 à ce 18 Mai 1964 (jour de l’enregistrement, qui s’est fait en une seule prise). Tout était au bon endroit. Les planètes étaient au bon endroit, les étoiles étaient au bon endroit et le vent soufflait dans la bonne direction.”

 

Et allez savoir si le succès d’une chanson, parfois, ça ne tient pas “qu’à” ça.

 

Et pour l’heure, plus de 57 ans et une bonne vingtaine (encore) de reprises plus tard, c’est toujours cette version que j’écoute, inlassablement…

Vous vous joignez à moi ?

 

Il était une chanson…

House of the Rising Sun – The Animals

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Brice

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