« Papa où t’es » au ciel ?

Article écrit le jour de la fête des Pères en France, pour mon papa belge qui n’est pas là. Avide recherche.

Il y a des dates comme ça, des moments où l’on se sent fragile, le cœur blessé. Comme ce 20 juin 2021.

Alors, on cherche une épaule paternelle, mais on brasse du vent. Le vent n’apporte pas que de la fraîcheur ou de la chaleur. Il apporte du vide parfois. T’es pas là, Papa.

 

L’écriture de mon Papa, le dessin de mon Papa, le papier bleu de mon Papa

 

2008 : je suis le prochain sur la liste

Avril 2008, mon beau-père décède à 78 ans. Jamais un rhume durant sa longue vie. Ancien athlète, fort comme un roc, il part en 4 mois après trois maladies fulgurantes. Son médecin n’a jamais compris cet acharnement du sort.

Sidération à la maison. Le plancher s’écroule. Le toit aussi. L’ainé du clan disparaît.

Et moi, au cimetière, avec ma lettre d’adieu et mon piteux jeu de mots « Papy, toi qui disparais, y’a pas pis » (sic), je me dis, égoïste : « bordel, le prochain c’est moi sur la liste ».

1983, putain de rupture

Quand leur papy est monté au ciel (comme je le leur ai expliqué), mes deux filles n’avaient pas encore 19 ans. J’étais trop jeune à 19 ans pour perdre mon père.

J’ai constaté que de nombreuses personnes dans mon entourage avaient vécu cela aussi.

Mon Kamiel (ou « Camille », à la francophone) à moi est parti un mardi, mort au travail, « Crushed by the wheels of industry » comme chantait le groupe new-wave Heaven 17 à la même époque.

Heaven, mon cul ouais.

Ce fut l’enfer sur terre pour ma famille restée pétrifiée, encore aujourd’hui. Autant la perte d’un parent après une longue maladie peut être douloureuse pour celles et ceux qui restent, autant le choc instantané d’un père nous laisse un goût acide, comme un citron pourri.

On ne sait toujours pas pourquoi t’as eu cette putain de rupture d’anévrisme, Papa. Tu n’as pas souffert, c’est tout ce que l’on sait.

La souffrance, ce chacal, a trouvé d’autres proies.

Pap’s (je me souviens, je t’appelais comme ça parfois, tu aimais bien), on t’attend tous ici, pour te fêter.

Le gâteau est prêt. L’humoriste Thierry Le Luron se moquait de Line Renaud à cette même époque : « les bougies coûtent plus cher que le gâteau ! »

Tu aurais eu 89 ans en juillet 2021.

Mais, problème, tu es parti en 1983. Tu avais 50 ans à peine.

As-tu bien vécu, mon petit papa ?

Enfin, « petit » papa, je ne dirais pas. Tu étais le « pater familias » (pardon les jeunes pour cette expression patriarcale de boomer).

Tu étais fier, grand, costaud, brillant, polyglotte. Tu fus un mari amoureux et un père attentionné (bien que trop absent, déjà).

Conducteur infatigable, tu sillonnais la Belgique pour alimenter les disquaires des années d’or en vinyles.

Passionné par ton travail, des Volvo aussi, tu en eus 7 (?). Tu demandais tous les deux ans au garagiste de coller à l’arrière de ton bureau sur roues le chiffre correspondant au nombre de Volvo avec lesquelles tu as roulé. L’une d’entre elles t’a d’ailleurs sauvé la vie, au début des années 80. Elle disparut dans une perte totale. Toi, tu fus sauvé par la solidité de la marque suédoise (fin de la pub).

Tu fus un ami fidèle. Curieux de tous et de tout, tu étais un redoutable vendeur de disques, remportant un soir un quiz musical entre collègues consacré à la musique classique.

Tu fus un oncle protecteur et de bons conseils (« ne louez pas, disait-il à tous, devenez propriétaire »).

Mari, père, frère parfait, mon papa

Tu fus un frère aimant et efficace. Tu participas, avec toute ta famille, à la construction du parc d’attractions Bobbejaanland de ton frère aîné, Bobbejaan Schoepen. 

Si tu n’eus pas la gloire de ton frère Bobbejaan, tu fus le chouchou de tes frères et sœurs. Et cela me réchauffe le cœur.

Tu as conseillé ma maman pour l’ouverture de son magasin de disque, la Boite à disques.

Mes parents fiers disquaires bruxellois dans les années 60′

Mais toi, quels furent tes autres plaisirs de la vie, mon petit papa ? La musique, je viens de l’écrire, Perry Como, Elvis Presley et d’autres crooners encore. Mais aussi la bonne chère, le petit verre, les balades, les longues siestes, le football et la clope ? Tu aimais fumer, papa ? Nous, on n’aimait pas ça. On n’a jamais su t’en dissuader. Quoi d’autre ? Je ne sais pas.

Que reste-t-il de l’amour pour mon petit papa ?

Quand j’approchais de mes 50 ans, je ne me sentais pas bien. Ma psy de me dire : « vous approchez du plafond de l’âge de la mort de votre père, c’est normal ». OK, alors.

Récemment, j’ai rassemblé des objets de mon petit papa. Pas de photos de lui ici, sauf une, plus haut. Je les garde pour moi.

Tu aimais les plaisirs de la vie, mon petit papa, en témoigne ce tire-bouchon vintage en bois

J’oublie même ta date de naissance et celle de ta mort, mon petit papa. Alors que je retiens tant de dates.

Tu es du signe du Lion, cela je sais. Mais tu es mort il y a tant d’années, un jour des années 80’, période dont tout le monde raffole. Sauf moi.

Bon ben, bonne fête, Papa, où que tu sois dans le ciel.

Je t’aime.

PS : lecteurs, lectrices, si vous avez encore votre petit papa, appelez-le pour lui dire que vous l’aimez. S’il n’est plus de ce monde, écrivez-lui une lettre. Ou pensez à lui. Même s’il a déconné. Le mien fut un gentil papa.

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Phil DKP

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