La reine Nolwen

La chanteuse qui a gentiment accepté de me parler d’elle aujourd’hui s’appelle Nolwen. Non pas Nolwenn Leroy, mais la reine Nolwen. Celle qui tournait avec Tri Yann, qui faisait la première partie d’Alain Souchon, qui chantait en duo avec Maurane, et qui enchantait l’Olympia bien avant l’autre. Nolwen est modeste. Nolwen est humble. Nolwen est lucide et nous fait partager les grands moments de sa vie d’artiste, sans retenue ni faux-semblants, en exclusivité pour La Fléministe.

Le regard de Nolwen

Mademoiselle E. est née en 19… à Paris. Je sais bien que c’est un peu léger pour une présentation mais je n’en dirai pas plus. Il n’est en aucun cas question de pudibonderie de la part de mon sujet du jour, simplement un choix très compréhensible de protéger sa vie privée en la séparant distinctement de sa vie publique. Mademoiselle E. naît donc à Paris d’une mère célibataire, professeure de Sciences en faculté. Elle n’a jamais connu son père. Sa grand-mère est d’origine bretonne, et elle passe tous ses étés sur le littoral armoricain. La transmission culturelle étant ce qu’elle est, on écoute beaucoup de musique celtique à la maison, Tri Yann et Malicorne pour ne citer qu’eux. Mademoiselle E. baigne là-dedans avec bonheur et apparaissent déjà les prémices d’une vocation.

« Dès l’âge de 6 ans, je chantais tout le temps. Pas seulement sous la douche, je chantais en me réveillant, je chantais devant ma glace… Je chantais même pour m’endormir ! »

La maman de Mademoiselle E. n’a pas besoin d’insister beaucoup pour inscrire sa fille au piano. Malgré tout, celle-ci se rend rapidement compte que c’est le solfège en chant qui l’intéresse le plus. Elle en fera pendant 12 ans. Lors de nombreuses vacances, elle participe à des spectacles pour enfants, et occuper le devant de la scène lui plait beaucoup. A tel point qu’elle finit, à l’âge de 15 ans, par intégrer un groupe de musique traditionnelle, dont les membres sont des amis de la famille. Prendre le micro ne lui fait pas peur. Il y a quelque-chose qui résonne en elle comme une évidence. Se produire devant un public la fait vibrer comme une corde de guitare. Et elle n’en démordra pas.

« Arrivée en terminale, je dis à ma mère que je veux absolument faire le cours Florent. Elle me dit oui, mais à la condition de m’inscrire à la fac en parallèle. Comme je passais un bac scientifique, le plus évident était de partir en fac de sciences. Et puis j’ai entendu parler de fac de musicologie. Tu comprends que je n’ai pas hésité longtemps ! »

Le noir profil de Nolwen

Alors vient le temps pour elle de mener de front le Cours Florent et la fac de musicologie. Rapidement, en ce qui concerne le premier, Mademoiselle E. se rend compte qu’elle est plus à l’aise dans le monde de la chanson que dans celui du théâtre. Elle sait où elle veut aller. Et c’est à la fac qu’elle rencontre Christophe, qui deviendra l’homme de sa vie et le père de ses enfants. Même si au début, elle avait d’autres idées en tête en se rapprochant de lui….

« A vrai dire, c’était super intéressé au départ, quand je me suis mise avec lui. J’avais une pote qui m’avait parlé de lui comme d’un super compositeur, ce qu’il était déjà vraiment ! Moi je ne savais pas vraiment écrire de musique alors… Et puis de fil en aiguille d’autres sentiments sont nés de notre entente artistique. »

Dans le prolongement de ses études, Mademoiselle E. participe à un atelier dont le but est de lancer de jeunes artistes et qui s’appelle « Le chantier ». Elle y rencontre Sophie. Douée d’un indéniable talent d’écriture, à l’instar de Christophe pour la composition, elle deviendra son auteure durant toute sa carrière. Sophie et Christophe réunis, elle avait son équipe pour créer des titres et pourquoi pas un premier album.

Mais avant cela, Mademoiselle E. se rend aux « rencontres d’Astaffort », l’atelier de chansons de Francis Cabrel, où elle est sélectionnée en tant qu’interprète. Plutôt rassurée sur ses capacités à percer, mais toujours assoiffée d’apprendre son métier, elle décide de prendre des cours chez Armande Altaï. A l’époque inconnue du grand public, la professeure de chant est toutefois déjà une pointure dans le milieu. C’est pourquoi ses leçons étaient indéniablement efficaces, mais chères.

« Le courant est tout de suite passé avec Armande. On a bien accroché, elle trouvait que j’avais du potentiel. Or, comme je n’avais pas les moyens de m’offrir des cours particuliers, elle m’a proposé de faire son ménage en échange. Elle ne proposait pas ça à tout le monde, je me suis sentie privilégiée, même si j’ai hésité avant de franchir le pas. Et je ne le regrette pas parce que j’ai vachement progressé techniquement durant cette période. »

Pendant ce temps, Sophie et Christophe ne chôment pas et écrivent un mini-album de 5 titres intitulé « Calimérose ». C’est là que Mademoiselle E. décide de prendre un nom de scène. Toujours inspirée par ses racines bretonnes, elle choisit Nolwen, un prénom parfaitement original à l’époque. Nolwen donc, passe tout son temps libre à faire le tour des maisons de disques afin de « vendre » son album. Malheureusement, d’échec en échec, elle se résout à l’autoproduire. C’est à ce moment-là que la personne qui allait donner un virage à sa vie de jeune artiste apparait.

« Il se trouve qu’à cette époque, j’avais une amie qui travaillait dans une maison de disques qui avait été la toute première de Maurane. Comme j’étais fan de l’artiste, je lui demande si elle n’a pas son adresse perso. C’était le cas. Du coup, au culot, je lui envoie « Calimérose » directement chez elle, à la maison. Quelques temps plus tard, je reçois une carte de Maurane me disant qu’elle avait beaucoup aimé le disque et qu’il fallait que je persévère. Ça a été un vrai tournant psychologique pour moi. »

Après avoir essuyé pas mal de revers auprès des producteurs, Nolwen est reboostée par ce message. Elle remue ciel et terre pour élargir son carnet d’adresses et parvient à envoyer son disque à Michel Jonasz, Alain Souchon et Laurent Voulzy notamment. Et tous, sans exception, ont répondu.

« Un jour, je reçois un coup de téléphone. Je décroche et entends « Oui bonjour, c’est Laurent Voulzy. ». J’ai d’abord cru à une blague, mais non, il m’appelait pour me féliciter et m’encourager. J’ai également reçu un coup de fil de l’arrangeur de Véronique Sanson, et des lettres de Jonasz et Souchon. C’était incroyable. Pourtant, du côté des maisons de disques, toujours rien… »

Nolwen en noir et blanc

Malgré ces encouragements, Nolwen ne parvient pas à trouver de producteur, ni même d’agent qui serait susceptible de l’aider dans ses démarches auprès des maisons de disques et des salles de spectacle. Elle découvre le mauvais côté du métier, celui qui demande beaucoup de temps et qui dévore toute l’énergie disponible pour arriver à se faire connaître. Elle ne perd pas espoir mais doit se résoudre à autoproduire son deuxième album intitulé « Sel Marin », toujours co-écrit par Sophie et Christophe.

« J’ai envoyé mon deuxième opus à tout le monde : Maisons de disques, artistes, journaux spécialisés etc… Et là, j’ai eu l’impression d’être un peu plus prise au sérieux. J’ai eu un article dans « Chorus », dans « Femme Actuelle » et même un dans « Télérama », ce qui, pour un autoproduit, est extrêmement rare. Et puis surtout, j’ai eu un premier appel de Maurane. Dès qu’elle a écouté « Sel Marin », elle m’a téléphoné. »

Tout semble enfin se décanter. Les concerts s’enchaînent, et pas n’importe lesquels ! Les premières parties de Tri Yann, de Souchon et même l’Olympia avec Maurane. Maurane qui ne la prend pas simplement pour une artiste « chauffeuse de salle ». Elle l’invite régulièrement sur scène pour des duos plus ou moins improvisés, elle enregistre un duo studio avec elle, une superbe chanson intitulée « Le Miroir ». Et une petite maison de disques, en partie financée par Tri Yann, accepte enfin d’ouvrir ses portes à Nolwen, en vue d’un troisième album.

« C’était une période faste. L’Olympia avec Maurane, le Casino de Paris avec Tri Yann, « Les nuits de Champagne » avec Alain Souchon, et une maison de disques qui me signe enfin ! »

Maurane et Nolwen

Le troisième album, le premier diffusé par une boite de production, s’appelle « Océane ». Il représente tout ce que Nolwen aime dans la musique. C’est un disque qui lui ressemble vraiment, mélangeant habilement la chanson française populaire, c’est-à-dire la variété, et des sons caractéristiques de la musique celtiques.

Seulement voilà, relativement peu de temps après la sortie de cet album, alors que Nolwen commence à peine à tourner, la maison de disques coule. Pour éviter le mauvais jeu de mots, disons plutôt qu’elle met la clef sous la porte. Toutes les dates sont annulées, retour à la case départ.

« Quand on a commencé à réfléchir à un nouvel album, on a appris que la maison de disques avait coulé. Comme il était déjà bien avancé, on l’a de nouveau autoproduit. En démarchant de nouveau pour essayer de trouver une distribution, je me suis rendu compte qu’aux yeux des professionnels, c’était comme si je n’avais jamais rien fait. Là je t’avoue que j’ai baissé les bras. On s’essouffle à force. »

Rien ne sera jamais tombé tout cuit dans l’escarcelle de Nolwen. Elle n’aura pas vraiment eu la carrière qu’elle méritait. Le temps passant, les enfants grandissant, elle se noie petit à petit dans sa recherche de producteurs. L’agent qu’elle est d’elle-même prend le pas sur l’artiste et cela fait trop longtemps que cela dure. Elle a usé la corde jusqu’au dernier filin et elle se résout à tourner la page. Définitivement ?

« En désespoir de cause, et comme je ne suis pas du genre à rien foutre, j’ai fini par passer un concours de la fonction publique. Aujourd’hui je suis fonctionnaire et je ne me bats plus pour construire ma carrière. Je n’ai pas vraiment de regrets, je ne vois pas ce que j’aurais pu faire de mieux. J’ai quand même eu la chance de faire des trucs super dans ce milieu là et, même si j’aurais aimé percer, je me dis que tout ça c’était avant. J’ai une jolie famille, un boulot stable et beaucoup de souvenirs… Et quelques morceaux sont prêts au cas où ! »

Je ne sens pas vraiment de tristesse dans la voix de Nolwen, au téléphone. Juste une dose de fatalisme. Elle analyse assez finement sa situation. Nous sommes dans une époque où la chanson de variété, à l’ancienne si j’ose dire, en espérant qu’elle ne m’en veuille pas, ne fait plus recette. Mis à part un Vianney de temps en temps, les producteurs ne sortent plus de chanteurs et de chanteuses populaires. C’est un style qui plait au public, mais pas au milieu du disque. Je me fais la réflexion qu’il en va de même dans le cinéma, et la réticence des grandes instances à récompenser les comédies à succès.

Et puis il y a eu le décès de Maurane, cette artiste qu’elle a admirée, puis côtoyée, avant de devenir son amie.

« Je dois dire que mon rêve de départ était quand même de rencontrer Maurane. Et c’est allé bien au-delà de ça. Alors quand j’ai appris son décès… Cela a mis fin à ce que je pouvais espérer en tant qu’artiste. Cela a été comme un point final. »

Au travers de cette interview, j’ai découvert une belle personne. Mademoiselle E., alias Nolwen est vraiment quelqu’un de touchant. J’ai bien senti qu’elle avait parfois, en se remémorant certains passages de sa vie, comme un poids sur le cœur. Mais jamais je n’ai entendu de dépit ou de colère. Un peu de fierté pour ce qu’elle a accompli, envers et contre tout, et un infime espoir de revenir un jour, sur le devant d’une scène.

Le profil de Nolwen

 

Sexy Nolwen

 

Nolwen est sur YouTube avec sa chaîne Nolwen Online et sa discographie est présente sur toutes les plateformes sérieuses, et notamment sur Spotify.

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L'homme des cavernes

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