Il était un album culte : The Velvet Underground and Nico

Il était un Album…
The Velvet Underground and Nico

 

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The Velvet Underground.

Une traduction ambiguë : Le Velours Secret ou Le Velours Souterrain, des bas-fonds. Et alors un oxymore parfait pour donner le ton de ce groupe qui ne ressemble à rien de déjà vu – ni entendu jusque là, en 1967.
Se démarquant par une esthétique à base de cuir, vêtements noirs et lunettes de soleil portées de jour comme de nuit. Une coolitude accompagnée d’un petit air distant pour ne pas dire hautain et toute cette attitude transposée sur scène avec notamment “l’étrange” Maureen qui avait la particularité de jouer debout et sans cymbales.
Le V.U venait faire de l’art en tant qu’oeuvre à part entière. De la musique puissante, sombre, expérimentale aussi, puisant aux origines du Rock pour nous emmener dans bien des mondes…
Des textes Folk, forts, crus, pour évoquer le mal de vivre, la drogue, la marge, faisant souvent rimer poésie avec sexe, parfois même teinté de S.M. D’ailleurs le nom du groupe fait référence au titre d’un livre consacré aux perversions sexuelles aux États-Unis.
Tout un programme donc, à suivre à travers 4 albums qui, à défaut d’avoir connu le succès dans cette période, auront inspiré des artistes tels que Bowie ou Iggy Pop et posé les bases de ce que l’on appelle aujourd’hui le Rock Alternatif.

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En tout, six petites mais intenses années avant le clap de fin, du moins celle de l’air Reed. Ce dernier claquant, claqué, la porte du Velvet après d’harassantes tournées et d’incessantes disputes sans même attendre la sortie du dernier album enregistré : Loaded (1970).
Découragé par l’absence de reconnaissance des deux précédents albums :
“L’album du canapé” au titre éponyme du groupe : The Velvet Underground, sorti en 69, sans conteste le plus loureedien, dans le fond et la forme comme peut en témoigner la très mélancolique Pale Blue Eyes.
Et White Light / White Heat, paru l’année précédente et dont on dit, pourtant, de cet album “anti-beauté”, qu’il a dessiné les contours du Punk.
Mais l’essence, sinon la quintessence, du Velvet Underground se trouve dans leur premier album : Un chef-d’œuvre qui dépasse les frontières du genre et où se mêle rock, musique ethnique, free jazz et psychédélisme… Un album à la pochette culte, vous savez, celui avec la banane.

New-York, 1964 :

Tout commence alors que Lou Reed, fraîchement diplômé de l’université, se fait embaucher comme auteur-compositeur maison par le label Pickwick Records qui va le charger de trouver des musiciens.
Il va tout d’abord rencontrer John Cale, un jeune Gallois altiste, pianiste et bassiste. Reed lui présente son dernier texte “Heroïn” afin de le convaincre et ensemble, ils fondent le groupe The Primitive qui va devenir The Warlocks
Puis, The Falling Spikes
En 65, ils sont rejoints par le guitariste – et ami d’université de Lou – Sterling Morrison et s’accompagneront d’Angus McLise à la batterie. Naît alors : The Velvet Underground.
McLise va cependant rapidement quitter l’aventure, alors que Reed, Cale et Morrison acceptent la coquette somme de 75$ pour faire une première partie, en les traitant de vendus, considérant qu’accepter de l’argent est de la compromission.
C’est la petite soeur d’un ami de Morrison qui va le remplacer au pied levé : Maureen “Moe” Tucker.
Ils se produisent au Lafayette Street Cinematheque et au New Cinema Festival en jouant sur des films expérimentaux mais surtout du côté de Washington Square, au Café Bizarre, un café minable dixit Reed d’où ils faisaient fuir les gens. Le patron menace même de les virer s’ils jouaient à nouveau leur chanson Black Angel’s Death.
Ils vont cependant y être remarqués par l’associé d’Andy Warhol, Paul Morrissey qui va les inviter à la célèbre Factory.

 

Rock & Pop Art

Sur le papier, tout les oppose avec Andy Warhol : Auteur et réalisateur, connu dans le monde entier par son travail de peintre. Alors plus grand représentant (pour ne pas dire fondateur) du Pop Art, il est avide de reconnaissance mondaine et commerciale, ami des célébrités et aristocrates…
Mais ce touche à tout va se faire mécène pour ce groupe dont il est déjà fan : Il trouve Lou Reed très beau et “adore” ce qu’ils font mais pour lui, il leur manque un membre capable d’attirer les regards. C’est alors qu’il va leur présenter l’actrice et mannequin Allemande  – chanteuse à ses heures – Christa Päffgen, dite Nico.
Le Velvet va saisir l’occasion et accepter la proposition. C’est ainsi qu’ils entrent en studio pour enregistrer ce légendaire (n’ayons pas peur des mots !) album, en quelques jours seulement du mois d’avril 1966.

En fait, huit heures auront suffi pour mettre en boîte ce qui deviendra The Velvet Underground & Nico, un fois les tensions apaisées entre les membres du groupes, tensions liées au caractère irascible de Reed, aux inclinations artistiques, et sans concessions, de John Cale (qui finira par quitter le groupe après le deuxième album et sera remplacé par Doug Yule) et à la présence “incongrue” de Nico (dont ce sera la seule collaboration avec le V.U).
Andy Warhol, quant à lui, sera crédité producteur de l’album mais en aura surtout conçu la fameuse pochette.
Pour l’anecdote : les toutes premières éditions arboraient la mention “Peel slowly and see” avec un sticker qui permettait, donc, d’éplucher la banane… Ce qui faisait alors apparaître le bout du fruit peint d’une équivoque couleur rose.
C’est le label MGM Records qui se chargera de sortir le brûlot en Mars 1967.

C’est l’histoire d’un bide…

Contrairement à l’affirmation courante, les ventes de l’album sont, dans un premier temps, plutôt bonnes… jusqu’à ce qu’ils soient retirés de la vente.
Mais ce ne fût pas dû à son contenu car même si, bien sûr, des chansons telles que Heroïn (dans laquelle, durant 7 min, Reed parle de son amour pour la substance) et Black Angel’s Death Song ne sont pas vouées à passer à la radio, le public “Underground”  ne se trompe pas sur la qualité poétique et musicale de l’album. Ce n’est pas plus dû à la phallique métaphore de la pochette ou à l’absence de l’habituelle promotion, boudée par les membres du groupe mais tout “bêtement” dû à une question de droits à l’image, en l’occurrence celle d’Eric Emerson.
En effet, l’arrière de la pochette est composée de photos du groupe prises à la Factory par Morrissey et sur l’une d’entre elles apparaît le danseur qui ne l’avait pas préalablement autorisé, ce qui entraînera une poursuite en justice de la part de celui-ci avec pour effet immédiat le retrait de l’album des kiosques.
Pour y parer rapidement MGM Records masque la photo en question par la mention “The Velvet Underground and Nico produced by Andy Warhol” tout en versant un dédommagement sur les albums déjà écoulés à Emerson.

L’album sera à nouveau autorisé à la vente en Juin 67 mais, cette fois, pour s’éviter d’éventuels autres problèmes et réduire les coûts de production, le label le sortira “banane non épluchée”, sans sticker.
Deux mois c’est pas grand chose me direz vous, le “problème” a été que cette même année la concurrence s’appelait : Les Beatles, Jimi Hendrix, Les Doors, Pink Floyd et les Rolling Stones… Et que ce fût, aussi, l’année du fameux “Summer of Love” avec l’avènement du courant Hippie, soit l’antithèse du Velvet. Dans une telle conjoncture difficile de sortir de l’anonymat, bien que tous les ingrédients étaient réunis. Mais il faudra de nombreuses années (et le passage de Transformer) pour enfin le reconnaître.
Et pour l’heure…

Il était une… Non, trois chansons :

Allez hop, je me fais plaisir sur ce coup là, avec non une seule mais trois chansons du Velvet ! Tout d’abord :

Venus in furs
Inspirée par le livre éponyme de Leopold von Sacher-Masoch, en français : La Vénus à la fourrure… Alors ok, la chanson a donc pour thème de fond le sadomasochisme mais si je la choisis (je vous vois venir) c’est parce que c’est une chanson inouïe, déchirée par le violon de Cale et la guitare de Reed à l’accordage dit en “autruche”, sa marque de fabrique, qui consistait à donner la même note à toutes ses cordes; et déchirante par la voix singulière de Reed qui y étend sa plume :
“I am tired, I am weary
I could sleep for a thousand years
A thousand dreams that would awake me
Different colors made of tears”

Puis :

I’ll be your mirror
Pour la voix grave et intense de Nico, teintée de son accent germanique, sur cette chanson écrite par Lou Reed, pour Elle, durant leur liaison; faisant référence à la phrase d’approche que cette dernière aurait eu: “Oh Lou, je serai votre miroir !”. Une “vraie” belle chanson d’amour, sans connotations. Comme quoi : Sous le cuir, un coeur…

Et enfin, je vous laisse sur :

Sunday Morning
Ou quand Lou Reed délaisse l’ immoral et le cynisme pour nous offrir un peu de légèreté sur un air de berceuse avec cette voix et ces arrangements “d’entre deux mondes”, comme pour nous pousser à la grasse mat’, saisissant à merveille ces fameux dimanche matins qu’ils soient lendemain de soirée ou gueule de bois de la vie.
C’est la chanson qui ouvre l’album et la carrière du V.U. Probablement l’un de leur plus gros succès – commercial mais pas volé, vous en conviendrez – et alors un hasard (?) si Lou Reed nous quittait un dimanche matin d’octobre 2013, à l’âge de 71 ans et selon son épouse Laurie Anderson : “sous les arbres, heureux, émerveillé par la puissance, la beauté et la douceur de la nature” dans le village de Springs où le poète de la destruction trouva enfin la paix…

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Brice

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