Il était une chanson… Et un mirage ?

Il était une chanson…:

Sugar Man – Sixto Rodriguez

 

 

Voici, au-delà d’une chanson, une Success Story hors du commun.

Street Boy

Sixto Diaz Rodriguez est né le 10 Juillet 1942 à Détroit dans le Michigan. Son prénom – Sixto – vient du fait qu’il est le sixième enfant de sa fratrie. Issu d’une famille mexicaine de la classe moyenne immigrée aux États-Unis dans les années 20, il est très tôt initié à la musique par son père et quittera le lycée à l’âge de 16 ans pour se trouver un boulot et assouvir pleinement sa passion.

Il joue ses premières compositions dans les bars, souvent malfamés de Détroit où il prend l’habitude de jouer dos au public…jusqu’à être repéré par des producteurs qui vont le faire signer chez Sussex Records, récemment créé par le futur président de la Motown : Clarence Avant. Il va, cette fois, au détriment de ses producteurs, mettre en avant son patronyme et ses origines. Et Rodriguez sort en 1970 son premier album…

 

Cold Fact

L’album fait un bide monumental. “On a dû en vendre six” dit le patron de Sussex. C’est pourtant bien sur ce disque que l’on trouve Crucify Your Mind, I Wonder… Et le fameux Sugar Man qui avait tant plu à Clarence. Gardant, malgré cet échec, une foi intacte en son artiste, il l’envoie à Londres travailler avec une autre équipe. Ils enregistrent alors son deuxième album : Coming From Reality.

Nouveau naufrage. Et des interrogations : Qu’est-ce qui ne prend pas avec celui dont on compare les textes à ceux de Bob Dylan ? Serait-ce à cause du nom à consonance latine ? De son look amérindien ? Puis la personnalité de Sixto ne facilitait pas vraiment la promotion de ses albums : Très réservé, refusant les interviews et de se laisser prendre en photo…

Lors d’une conférence de presse où il est censé jouer quelques morceaux, il fait intervenir des représentants des Brown Berets – l’équivalent Hispanique des Black Panthers – pour évoquer les injustices qu’ils subissent au quotidien. Remercié du Label en 1972, Rodriguez ne souhaite pas poursuivre dans la musique, qui lui coûte plus que ce qu’elle ne lui rapporte. Il reprend alors des petits boulots dans le bâtiment pour payer les factures, tout en commençant une licence de philo.

 

“Forget It”

La carrière musicale de Sixto Rodriguez va cependant connaître un rebondissement inattendu en 1977 : lorsque qu’un label australien, Blue Goose Music, rachète les droits de ses albums pour sortir une compilation : At His Best. Qui, tout aussi mystérieusement que son insuccès en Europe et aux États-Unis, va se vendre comme des petits pains en Australie et en Nouvelle-Zélande. Prenant connaissance de ce succès, il s’envole en Australie, en 79, pour donner deux concerts qui seront enregistrés mais commercialisés uniquement en Océanie.

Puis, il sera invité en 81, par le groupe Midnight Oil pour une autre tournée avant de rentrer chez lui retrouver sa femme, ses trois enfants et son anonymat.

Fin de l’aparté.

 

 

Pendant ce temps-là, en Afrique du Sud…

Dans les années 80, l’apartheid fait rage dans le pays.

En quelques mots : L’ apartheid est le nom donné à une politique de ségrégation raciale conduite par la minorité blanche à l’encontre de la majorité noire. Mis en place en 1948 par le parti national, il est fondé sur le développement séparé des populations. L’apartheid désigne un régime dictatorial où une partie de la population subit une discrimination et une exclusion fondée sur des critères de races, d’ethnies ou de religions.

Le rapport avec Rodriguez ?

Et bien, une personne dont on ignore tout (il s’agirait, toutefois, d’une touriste Américaine mélomane) importe en Afrique du Sud un des rares exemplaires encore trouvables dans le commerce de Cold Fact en 71.

Les textes engagés de Sixto vont rapidement trouver un immense écho auprès des jeunes de la classe moyenne blanche; ses paroles provocatrices, une voie pour les droits sociaux, dans cette Afrique du Sud en pleine révolte contre le régime “présidé” par Pieter Willem Botha.

Ce dernier va rapidement censurer l’album mais nombre de radios pirates vont continuer de le diffuser.

 

“This is not a song, It’s an Outburst”

 

* Ce n’est pas une chanson, c’est une explosion. Est le titre qui va devenir un hymne pour l’opposition à l’apartheid.

Il va influencer et inspirer de nombreux artistes sud-africains. Certains iront même jusqu’à se faire tatouer le visage de Sixto Rodriguez, symbole de cet engagement.

Il est, pour eux, aussi important et célèbre que Jimi Hendrix ou les Beatles.

Accessoirement, il devient disque d’or mais ça… Sixto n’en sait absolument rien !

At His Best y deviendra même disque de Platine dans les années 80, sans qu’il en touche un seul centime.

Mais si le chanteur ne sait rien de tout ça, ses fans ne savent absolument rien de lui non plus.

Des rumeurs le disent mort, suicidé sur scène. Tantôt d’une balle dans la tête, tantôt en s’immolant …

 

The Dead Man et Sugar Man

Si L’apartheid prend fin en 1994, l’engouement des fans envers Rodriguez ne disparaît pas. Et c’est ainsi qu’un disquaire du Cap, Stephen “Sugar” Segerman va s’échiner à tirer au clair l’histoire derrière la légende.

Avec l’aide d’un ami journaliste : Craig Bartholomew, ils vont enquêter durant des mois pour trouver quelques indices…Mais, piétinants, ils vont, comme une bouteille à la mer, mettre une annonce sur le Web. Une photo de l’icône sur une bouteille de lait (comme il se faisait alors pour les personnes portées disparues) avec pour simple légende : “Avez-vous vu cet homme ?”

Et, coup de bol ! Ils vont recevoir la réponse d’une certaine Eva Rodriguez :

“Oui, c’est mon père…”

Quelques jours plus tard, en pleine nuit, le téléphone sonne chez Segerman : C’est Sixto Rodriguez…

Et c’est ainsi qu’en 98, alors âgé de 56 ans, il débarque au Cap : Tapis rouge, limousines, affiches géantes et ovations de foule extatique pour celui qui s’apprête à y donner une série de concerts, se jouant tous à guichets fermés. 28 ans plus tard, Sixto Rodriguez goûtait à la vie de Rock Star qu’on lui espérait à ses débuts, même si ce n’était “qu’en” Afrique du Sud après l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

 

sixto

 

“It Started Out So Nice”

L’histoire, belle, et finalement heureuse, aurait pu s’arrêter là… Mais c’était sans compter sur Malik Bendjelloul, un réalisateur suédois qui, ayant eu vent de ce qui c’était passé, décide de réaliser un documentaire sur Stephen et Craig à la recherche de leur idole : Searching for Sugar Man.

Le film, sorti en 2012, va être multi-récompensé à travers le monde jusqu’à obtenir un Oscar et le monde entier apprend (enfin) l’existence de Sixto Rodriguez qui, cette fois, se prête au jeu : Late Show with David Letterman, Jay Leno, Interviews pour le magazine Rolling Stone… Concert au Beacon Théâtre à New-York, festival de Glastonbury en Angleterre, le Monteux Jazz Festival en Suisse… Une reconnaissance musicale, comme une renaissance pour Sixto alors âgé de 71 ans.

Seulement…

Ses prestations, et particulièrement ses dernières, à Paris en Juin 2013 divisent : Très affaibli, quasiment aveugle, il est parfois presque porté sur scène par sa fille, alors qu’il enchaîne les verres de vin à en oublier d’accorder sa guitare… Peut-être était-ce volontaire ? Comme une façon de symboliser cette rumeur de mort sur scène qui le précédait depuis toujours… D’en finir “pour de bon” avec le mirage… Allez savoir !

La vie de Sixto Diaz Rodriguez est tellement pleine de mystères. Mais ce n’est pas à bientôt 80 ans qu’on devrait le voir à nouveau sur une scène.

Il reste sa compilation pour nous rappeler qui il est, pour ne pas l’enterrer avant l’heure, surtout ! Pour (re) découvrir la légende derrière l’homme, Working Class Hero par excellence Poète et Rock Star à ses heures…A moins que ce ne soit l’inverse.

Pour l’heure, il était une de ses plus célèbres chansons :

 

Sugar Man – Sixto Rodriguez

 

 

 

42210cookie-checkIl était une chanson… Et un mirage ?
Partager cet article via :
Brice

Brice

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Back to top