Il était une chanson… A siffloter, assis, au bord de l’eau

Il était une chanson…:

(Sitting on) The Dock Of The Bay

– Otis Redding

 

Otis Redding en 10 titres cultes !

 

 

Californie, Juin 1967 :

Après une tournée européenne de plus d’une trentaine de date, Otis Redding est au point culminant de sa carrière. Star absolue de la Soul, devançant même un certain Elvis Presley dans de nombreux classements :  il est à présent en Californie pour une tournée qui passe par le festival Pop de Monterey.

Bien que passant à 1h du matin, il va enchaîner ses succès avec toute l’énergie qu’on lui connaît:

I’ve been loving you too long, Try a little tenderness, Respect, Satisfaction (Reprise des Rolling Stones)…

Le “King of Soul” met le paquet dans le temps qui lui est imparti. Il se sait attendu au tournant, à plus forte raison pour une de ses premières scènes, dans son pays d’origine, devant un public majoritairement blanc.Sa brillante prestation enchantera tout le monde et débouchera sur un album live partagé avec un certain Jimi Hendrix. Consécration !

Durant ce passage à San Francisco, Otis loge sur un bateau au large de Sausalito qui va lui inspirer les premiers mots de sa prochaine chanson…

 

“Sittin’ in the morning sun…”

“I’ll be sittin’ when the evenin’ comes…”

Des premiers vers comme une ode à la procrastination pour celui qui enchaînait les dates et dont l’ascension rimait avec marathon. Et sans vraiment de temps pour se reposer. Il va continuer, au gré des concerts, à gribouiller les lignes de sa chanson, des idées d’intro, de titres, sur des bouts de nappe dans les restaurants ou les brochures des différents hôtels empruntés… Jusqu’en Novembre, où il rejoint le producteur, guitariste et ami Steve Cropper en studio d’enregistrement.

“I left my home in Georgia…”

Un moment d’introspection pour Otis…

Né le 9 Septembre 1941 à Dawson en Géorgie. Quatrième des six enfants du révérend Otis Redding Sr. Ce dernier souffrira de tuberculose, ce qui contraindra Otis à quitter précocement le lycée pour subvenir aux besoins de la famille en occupant divers petits boulots : pompiste, puisatier, il sera aussi batteur pour différents groupes de Gospel, le dimanche, payé 6 dollars la matinée.

En 1960, Otis s’installe quelques mois chez une de ses soeurs à Los Angeles. Il y est laveur de voiture le jour et chanteur la nuit lorsqu’il trouve l’opportunité de pouvoir enregistrer deux 45 tours. Un peu plus tard et de retour en Géorgie, il rencontre Johnny Jenkins. Guitariste survolté et star locale de la scène Rhythm and Blues, il propose à Otis d’intégrer son groupe, The Pinetoppers… Comme chauffeur… Puis valet, avant de pouvoir y chanter un peu.

C’est lors d’une séance d’enregistrement écourtée aux studios Stax qu’Otis va profiter de placer une de ses premières composition : These Arms Of Mine. Le trémolo dévastateur du chanteur fait merveille dans cette ballade. Steve Cropper, guitariste accompagnateur maison et, surtout, Phil Walden, patron du Label Capricorn Records vont être subjugués.

La carrière du jeune chanteur est lancée.

 

“Headed for the ‘Frisco bay…”

The Ten Best Otis Redding Covers | The Current

 

La suite ?

Un premier album “Solo” en 1964 : Pain in My Heart. Suivra une compilation de ces premières compositions avant que ne paraisse “Mr Pitiful” (“Monsieur piteux état”) – allusion au ton navré de Redding dans les ballades, mais également en souvenir de temps impécunieux – Il s’agit de la première chanson écrite en compagnie de Steve Cropper, et c’est le premier disque de Redding à se frayer un chemin dans les premières places des classements de ventes.

En juin 1965 est édité ce qui reste comme le chef d’oeuvre d’Otis Redding, l’album entraîné par l’impérial Otis Blue : Otis Redding Sings Soul. Puis sort en 1966 : The Soul album et Complete & Unbelievable : The Otis Redding Dictionnary Of Soul.

Le chant à pleine gorge de Redding devient la référence des grands artistes soul de la décennie. Mettant à nu ses émotions, il chante avec une puissance incroyable et une sincérité irrésistible. Les tournées s’enchaînent jusqu’à Monterey, à San Francisco… Ce bateau, cette fameuse future chanson et son retour en studio pour lui donner vie.

Une idée d’intro bien précise en tête : Celle du bruit des vagues, un bateau qui arrive.

Et une idée de titre…:

(Sittin’ On) The Dock Of The Bay

 

Cropper et Redding vont écrire ensemble le deuxième couplet et signer la musique. Elle sera différente de ce qu’ils avaient fait jusque là. Otis souhaitait prendre un virage plus Pop à l’approche des 70’s et la mélodie sera plus légère, dans son ton et ses accords. L’autre particularité est qu’elle ne sera pas vocalement explosive contrairement à son habitude. Un peu bon gré mal gré pourrait-on dire car Otis sortait d’une opération de polypes des cordes vocales et ne devait pas forcer dessus. Mais idoine pour apporter ce côté décontracté à la chanson.

Cette chanson est probablement celle qui résumera au mieux le paradoxe de l’homme: Une musique pop, gaie sur laquelle il chante, souriant, des paroles pourtant bien plus mélancoliques…

 

“Sittin’ here restin’ my bones

And this loneliless won’t leave me alone”

Le temps des derniers arrangements et le 7 Décembre de la même année la chanson était presque prête. Ils sentaient, savaient tous les deux qu’ils tenaient là un vrai succès qui leur permettrait, comme voulu au grand dam des producteurs, de quitter les Charts Soul / RnB pour entrer dans ceux de la Pop Music.

“Presque” prête parce qu’il manquait quelque chose pour Otis : Un troisième couplet qui avait pris forme dans son esprit en cours d’enregistrement.

 

ottis

 

“Wastin’ time…”

* Sifflements *

Mais Otis est pris par le temps. Toujours entre deux passages à la radio pour des interviews et une tournée qui reprenait dès le lendemain, il se remet derrière le micro et se met à siffler pour poser les bases de ce que sera le dernier couplet de la chanson… Le 10 Décembre 1967, l’avion qui le mène dans le Wisconsin pour un concert, s’écrase sur la surface gelée du lac Monona.

Il sera tué sur le coup…

Otis Redding avait 26 ans.

C’est Sam Cropper, qui sera à l’initiative de sortir la chanson “presque parfaite” en hommage à son ami. Il va ajouter les cris de mouettes comme une private joke, car Otis souvent taquin en enregistrement et répétitions, aimait imiter ce “Caw, Caw, Caw”. Et il prendra soin de laisser ses sifflements accompagner son entrée dans la légende de la musique.

Le premier n°1 d’Otis Redding sera posthume. Une première, également, dans le monde de la musique.

Et pour l’heure, Il était une des ses plus célèbres outro, qui n’a pas fini d’accompagner nos flâneries au  bord de l’eau.

 

(Sittin’ On) The Dock Of The Bay – Otis Redding

 

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Brice

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