Le poids des maux

AOUT 2020 (?)

Ce sont enfin les congés d’été. Des congés bien mérités. Je n’ai pas coupé depuis le mois de décembre. Toute la famille est réunie dans une chouette maison à Saumur (49). J’essaie de profiter de mes 3 enfants au maximum. Mes 2 garçons sont des adolescents (oui je sais Zack que, si tu lis ces lignes, tu vas être énervé que je te classe encore dans l’adolescence alors que tu es presque adulte, mais c’est pour la fluidité du récit), et ma fille a 9 ans. Je suis ainsi très sollicité et, même si je fais parfois semblant de m’en plaindre, j’adore ça. On me propose une partie de cache-cache par-ci, un tour de vélo par-là, ensuite un match de foot et une ballade en bord de Loire.

J’ai un leitmotiv depuis toujours : « je préfère vivre 50 ans en profitant à fond de la vie plutôt que 80 en me privant de tout ». À 43 ans, j’avoue que je prendrais bien un peu de rab de vie finalement. Pourtant, je continue à creuser allégrement ma tombe avec ma fourchette et mon verre à pied. Le moindre effort physique est devenu un calvaire pour moi. Et cette année, je vois bien que mes mômes préfèrent s’amuser avec leur oncle et leurs papys. Oui, même leurs grands-pères ont une meilleure condition physique que moi. Ça, je le prends en pleine gueule aujourd’hui. Je ne sais pas, de la sueur ou des larmes, ce qui me pique le plus les yeux en les regardant courir dans tous les sens.

Les vacances sont terminées et le retour dans les Monts du Lyonnais est douloureux. En plus du blues de reprendre le boulot, je suis toujours extrêmement préoccupé par ma prise de conscience estivale. Je ne me respecte plus depuis trop longtemps. Je suis un vieillard obèse et à moitié alcoolique de 43 ans. Nous sommes le 31 août au matin et je décide de monter sur une balance oubliée et poussiéreuse. Le verdict tombe : Je pèse 113,8 kg.

 

« Une prise de conscience, c’est bon pour casser les chaînes du passé »

Steve Lambert

 

SEPTEMBRE 2020 (113,8)

Heureusement, je mesure 1m84 selon moi, 1m78 selon ma femme, 1m80 selon la police et 1m82 selon les organisateurs. Bref, j’ai la chance de ne pas mesurer 1m60. Il n’empêche que le design de la bouteille d’Orangina, aussi joli soit-il, se marie mal avec la silhouette d’un homme. En tout cas, je refuse de consulter des médecins et autres diététiciens. J’ai toujours eu du mal à accepter que l’on me dise quoi faire. Alors, je me contente de télécharger une application gratuite pour me guider. Et c’est la meilleure idée que j’ai eue depuis bien longtemps.

C’est parfois pesant de devoir entrer des données toute la journée dans son téléphone. A quelle heure je me couche, à quelle heure je me lève, ce que je mange et en quelle quantité, le nombre de verres d’eau bus dans la journée… Mais c’est foutrement efficace. Maintenant, je sais que manger 3500 kcal par jour, c’est suicidaire. Je sais aussi qu’un verre d’alcool est calorique à un point insoupçonné. Et puis je découvre dans les options de l’application qu’il faut entrer « mes données sportives ». Ah parce qu’il faut faire du sport en plus ?!?

Oui, il s’avère que je n’ai pas le choix, je dois diminuer la quantité de nourriture ingérée, améliorer sa qualité et, en parallèle, éliminer un peu de ce qu’il reste. Dans mon état, la course à pieds est proscrite. On verra dans -15 kg. Mais la marche reste possible et pourquoi pas un peu de vélo… Et puis je découvre sur YouTube les cours de HIIT (High Intensity Interval Training). Autant vous dire qu’il faut avoir une sacrée dose d’auto-dérision pour supporter de se voir dans un miroir, en jogging violet et un visage tomate écarlate, en train de faire des mouvements venus d’ailleurs. C’est fou comme la prof est gracieuse et comme je suis empâté autant qu’empoté. Je fais également 2 sorties à vélo. Bilan : 3 vomis et un cul aussi douloureux qu’après avoir fait du toboggan en escalier. La bicyclette est ainsi remisée au fond du garage, pour le moment. Seule la marche à pieds m’occasionne un peu de plaisir. Un peu.

OCTOBRE-NOVEMBRE 2020 (107,2)

Au tout début de mon rééquilibrage alimentaire (oui, je refuse de parler de régime, un reliquat de mon côté punk rabelaisien sans doute), je perdais jusqu’à 2,5 kg par semaine. Aujourd’hui, c’est plus compliqué. Quand je perds 500 grammes, c’est une victoire. Pourtant, mes efforts restent constants. Je ne mange plus que 2000 kcal par jour et je maintiens 3 séances de sport hebdomadaires. Je découvre la marche nordique, qui s’apparente à du ski de fond, mais sans neige et sans ski. Son avantage est de faire travailler le haut du corps, et de garder un rythme plus soutenu. Je m’essaye aussi à la marche afghane qui consiste à coordonner ses pas à sa respiration. Mais comme j’écoute de la musique très forte dans mes oreilles, cela n’est pas efficient plus de 5 minutes.

Je suis devenu un expert en salades composées. Je suis capable d’en préparer des dizaines, bien diététiques, et à chaque fois avec des ingrédients différents. Moi qui avais pour habitude de « casser la gueule au frigo » matin, midi et soir, je pèse mes aliments. Tel un joaillier pour une parure sensationnelle, je construis patiemment et précisément mon repas suivant. C’est devenu un rituel, un passage obligé, mais je finis par éprouver du plaisir à concevoir ce qui va me rassasier sans me faire grossir. Je me rends compte également qu’il est important de me garder des moments où je déroge aux règles. Petit à petit, le fromage, les viandes grasses et le vin deviennent des récompenses aux efforts fournis, une fois de temps en temps.

 

DECEMBRE 2020 (101,8)

En voilà un mois critique. Celui de toutes les tentations et de tous les risques de « rechute ». Il fait froid, alors c’est beaucoup plus compliqué de se motiver à enfiler ses baskets pour aller faire du sport. La choucroute, la raclette et la tartiflette sont de retour. Les fêtes arrivent à grands pas, avec leurs lots de foies gras et de chocolats. C’est fou comme les choses les meilleures sont mauvaises pour le corps. Dans mon malheur, les mesures barrières me permettent d’éviter la majorité des repas de famille et autres réveillons. Pour autant, je sais que je risque de reprendre du poids entre Noël et le jour de l’an.

Alors je me fais violence. Je mets les bouchées doubles sur la marche rapide et sur la marche nordique. D’autant que j’ai lu quelque-part que faire du sport par temps froid permet de perdre plus de calories qu’en temps normal. Je n’ai absolument pas vérifié cette information. Je me fous qu’elle soit vraie ou fausse, elle m’arrange. Entre le 1er et le 31 décembre, j’ai fait 102 km de marche rapide (6,5 km/h de moyenne), soit près du double des mois précédents. Mais le pèse-personne est intraitable et la dernière semaine du mois, j’ai repris 1kg600. Mais comme le disait Truman Capote,

 

« L’échec est l’épice qui donne sa saveur au succès. »

 

JANVIER 2021 (98,5)

Je fais une découverte surprenante autant qu’agréable : les kilos pris pendant une semaine de « relâche », au milieu de mois vertueux, sont très faciles à perdre. Ainsi, dès la première semaine de janvier, ma balance est redevenue mon amie, elle qui l’espace d’une semaine était une connasse. Oui je l’ai insultée, oui je parle aux objets. D’ailleurs, plus je retrouve un corps sain, plus j’ai l’esprit dérangé. Je me surprends souvent à m’encourager, à m’engueuler, à me féliciter ou à me consoler. Je ne m’embrasse pas encore les biceps mais je sens que le fossé qui m’en sépare n’est pas large.

Mon estomac s’est habitué à absorber de plus faibles quantités. Le sentiment de satiété arrive bien plus vite et je n’ai plus cette continuelle sensation de faim. Mon corps encaisse beaucoup mieux les efforts. Mes courbatures ne durent pas une semaine entière et je n’ai plus de crampe aux mollets la nuit. On dirait bien que je m’éloigne du pachyderme pour redevenir un homme. Je le constate grâce à ma garde-robe. Je recoupe mes ceintures, mes pantalons les plus ajustés sont devenus des baggys ; moi qui ne portais plus que des maillots de Foot américain, pour leur largeur, je commence à remettre des maillots de foot tout court, plus près du corps. Je suis encore loin de la chemise cintrée mais qui sait ?

 

FEVRIER 2021 (96)

Je commence à courir. Pas sur de très longues distances, il ne faut pas exagérer, mais je me sens capable de le faire et j’avoue que c’est assez émouvant. Je me suis pesé ce matin, comme tous les vendredis. J’ai perdu 300 grammes cette semaine. Je suis à 96kg tout ronds, et je sécurise ainsi mon premier pallier qui était de 100 kg. Je voudrais atteindre le deuxième (95kg) avant le printemps. Ainsi je pourrais viser les 90 kg pour la fin de l’été. Perdre 24 kg en un an, sans aide extérieure, juste avec de la volonté, ce serait pas mal. Ça fermerait quelques bouches aussi. Il y aura toujours du monde pour douter de toi tu sais, mais c’est également une excellente source de motivation.

En attendant, je commence à voir certains regards changer sur ma personne. A commencer par le mien. Je peux désormais croiser mon reflet dans un miroir sans baisser les yeux. Je peux également me couper les ongles des pieds sans contorsions absurdes, mon ventre ne me gêne plus. Cette simple action me faisait transpirer il y a 6 mois encore, c’est dingue quand j’y pense. Bon, je ne peux pas encore me les ronger mais ça viendra peut-être ! Je n’ai plus besoin de me creuser la tête, à chercher des excuses bidons pour éviter une promenade en famille ou un jeu en extérieur. Je ne veux plus être celui qui ferme systématiquement la marche avec un visage rendu rubicond par l’effort. Et pour l’instant, je réussis mon pari, tout en ayant conscience de la fragilité des choses. Mais je voudrais quand même dire qu’avec de la motivation et de la conviction, tout est possible ici-bas. Parce que ceux qui me connaissent bien peuvent en témoigner, si moi je parviens à vivre sainement, Gérard Depardieu peut, à tout moment, devenir végétarien, abstème et pratiquer le fitness !

 

« Quand les gros sont maigres, il y a longtemps que les maigres sont morts. »

Lao-Tseu

 

 

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L'homme des cavernes

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6 thoughts on “Le poids des maux

    1. Il n’y a rien d’admirable vraiment, c’est juste une prise de conscience. Je suis un ancien sportif, je n’ai pas de gros soucis de santé, donc ma seule volonté suffit. Mais j’ai bien conscience que ce n’est pas aussi facile pour tout le monde. Merci pour ton commentaire et bon courage Caro.

  1. Je suis admirative mon neveu ! Chapeau bas ! Merci pour tes conseils éclairés que je vais tenter d’appliquer. Je dis bien “tenter” car j’ai été pas mal échaudée jusque là après diverses expériences toutes plus infructueuses les unes que les autres. Cela prouve que tu as un mental d’acier et une volonté sans faille. Respect. Bri

    1. Merci pour ton message Brigitte. Je pense que la réussite dépend de la motivation originelle. Et le regard consterné des enfants qui réagissent à ton “je suis désolé mais ce n’est plus de mon âge” en est une puissante. Parce que putain, bien sûr que c’est de mon âge. Il n’y a d’ailleurs pas d’âge qui tienne ! Quand on veut, on peut. Bisous !

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