Aileen Wuornos ou la bombe à retardement

On connaît tous plus ou moins le parcours d’un tueur en série. Soit on est tombé sur un reportage diffusé par une de ces nouvelles chaînes spécialisées dans le sensationnel, soit on a passé du temps sur un canal d’infos, soit encore on s’est intéressé à la vie de l’un d’eux, grâce à notre petit libraire du coin. Il faut dire que ces monstres sont légion. Jack l’Eventreur et Landru ont fait des émules : Ted Bundy, Albert Fish, Joachim Kroll, Andreï Chikatilo, Patrick Kearney, Gary Ridgway et plus proches de nous, Michel Fourniret, Francis Heaulme, Pierre Chanal, Guy Georges ou Emile Louis ont laissé derrière eux des centaines de victimes, pour ne pas dire des milliers. La sauvagerie, la haine, la folie et par-dessus tout une herméticité à la souffrance d’autrui sont leurs principales caractéristiques. Ils sont la quintessence de ce que l’homme a de pire en lui. J’écris l’homme car on a toujours du mal à imaginer une femme être capable de semblables atrocités. Et pourtant…

Si je vous dis Lydia Sherman, Mary Ann Cotton, Velma Barfield, Dorothea Puente ou Genene Jones, cela vous parle ? Et bien sachez que ces charmantes personnes, à elles 5, ont tué la bagatelle de 95 personnes. C’est plutôt un bon score dans le club très fermé des Serial Killers. Toutefois, j’ai envie de vous parler d’une sixième multi-meurtrière dont le parcours est assez monstrueux.

Un départ en fanfare.

Aileen Wuornos est née dans le Michigan, au milieu des années 50. Si la vie était une partie de poker, les cartes distribuées à la demoiselle furent loin de la quinte flush royale. En effet, son père était un pédophile notoire qu’elle ne verra jamais autrement que derrière des barreaux. Sa mère, elle, dont l’instinct maternel était proche du néant, décidera de l’abandonner purement et simplement alors qu’elle n’a que 4 ans. En compagnie de son frère, d’un an son aîné, elle trouve refuge chez ses grands-parents maternels, qui acceptent de les adopter. Dès l’âge de 12 ans, Aileen a des rapports sexuels avec de nombreux jeunes garçons. Mais aucun n’a de valeur à ses yeux, à l’exception de celui qui la fascine, qui l’écoute et qui l’aime : Keith, son grand-frère. Oui, vous avez bien compris, ces deux-là vivent un amour interdit. A 14 ans, Aileen Wuornos met au monde l’enfant issu de leurs rapports incestueux. Il sera immédiatement placé par l’assistance publique, tandis que les parents adoptifs de cette fratrie malsaine mettront tout le monde dehors.

Le vieil homme et la bête.

Délaissée par son frangin-chéri, Aileen se voit contrainte de se prostituer pour subvenir à ses besoins. Du haut de ses 18 ans, plutôt jolie et peu farouche, elle ne manque pas de clients. Pour rencontrer ces derniers, elle doit fréquenter des bars louches et malfamés. Sûre d’elle-même et loin d’être couarde, elle est souvent arrêtée pour avoir déclenché des bagarres. Elle a toujours une bouteille d’alcool et une arme dans son sac à main. A l’âge de 20 ans, elle épouse un client, ou plutôt un habitué. Financièrement à l’aise et président d’un yacht-club, l’homme qui tente de la sortir de sa condition est âgé de… 76 ans. Le mariage ne durera que 2 mois car Aileen a pour habitude de frapper son époux avec sa propre canne. Chacun ses hobbies me direz-vous, il n’empêche que c’est contraire à la loi.

Les 400 coups.

S’ensuivent 13 ans d’errance dans divers états américains où elle survit en vendant ses charmes et en escroquant ses conquêtes les plus naïves. Conduite en état d’ivresse, trouble à l’ordre public, attaque à main armée, vol de voiture et coups et blessures avec une bouteille de bière sont quelques-unes de ses condamnations entre 1976 et 1989. Psychologiquement instable, on le serait à moins avouons-le, elle voue une haine sans borne à la société, à la police ainsi qu’à la gente masculine. Si bien qu’elle fréquente des bars lesbiens où elle rencontrera celle qui deviendra sa petite amie, Tyria Moore. On ne peut pas dire que celle-ci ait une bonne influence sur Aileen, dans la mesure où elles seront arrêtées ensemble en 1988 après plusieurs incartades, tantôt dans un pub, tantôt dans un bus. Et le pire reste à venir…

Novembre 1989 – novembre 1990.

C’est durant cette courte période d’une année qu’Aileen Wuornos passe de délinquante à tueuse sanguinaire. Sa première victime, en novembre 1989, est un homme plusieurs fois condamné pour viol. Son corps est retrouvé criblé de balles, dans un bosquet, 15 jours après les faits. J’avoue que, pour cet énergumène, je suis tenté de dire « bon débarras ». Malheureusement, il n’est que le point de départ d’une épopée démoniaque. 2 victimes en mai 1990, une en juin, une en juillet, encore une en août, et une dernière en novembre, pour un total de 7 assassinats de sang-froid. Le mode opératoire est toujours le même. Aileen attire ses proies dans un endroit retiré, elle leur offre à boire et leur propose ses services sexuels. Puis pendant l’acte, elle sort son flingue et leur tire dessus sans trembler. Enfin, elle les abandonne sans prendre trop de peine à les cacher, dans la tenue d’Adam où ils ont poussé leurs derniers souffles.

Une piqure en guise de point final.

C’est Tyria Moore, sa compagne, qui mettra fin à ce cauchemar en allant la dénoncer à la police. Dès janvier 1991, Aileen commence à passer aux aveux, partiellement d’abord. Elle attendra un an avant de reconnaitre les 7 meurtres. Dans sa bouche, ses motivations divergent d’un interrogatoire à l’autre. D’abord elle arguera que chacun de ces hommes la violait et qu’elle a agi en situation de légitime défense. Puis elle dira avoir continué « à leur faire l’amour une fois qu’ils étaient froids comme la glace ». Charmante précision qui en dit long sur l’état psychologique de la jeune femme. Elle est condamnée à mort par injection létale. A aucun moment elle n’éprouve de regret. Elle ne souhaite d’ailleurs pas faire appel de cette décision. « Je suinte la haine, je ne dois pas continuer à vivre parce que je recommencerai à tuer dès que j’en aurai les moyens ». Elle est exécutée le 9 octobre 2002.

Drôle d’idée d’article me direz-vous, à juste raison. Mais je suis depuis longtemps fasciné par l’idée d’essayer de comprendre l’incompréhensible. Rentrer dans le cerveau d’un être ravagé à ce point et tenter de donner un sens à ses actes horribles est un travail sacerdotal. J’admire sincèrement ceux qui le font. Pour ma part, je me suis simplement contenté de raconter l’indicible. « Ce ne sont que des hommes, et des hommes peuvent prendre goût au meurtre » écrivait Richard Matheson dans son roman Je suis une légende. Mais Aileen Wuornos est là pour nous rappeler que l’atrocité n’a pas de sexe. L’horreur est humaine.

 

 

35110cookie-checkAileen Wuornos ou la bombe à retardement
Partager cet article via :
L'homme des cavernes

L'homme des cavernes

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Back to top