Contrat sceptique

Histoire d’une contraception

J’ai pris mon premier contraceptif assez jeune. J’avais un petit ami depuis plus d’un an, et j’avais décidé de « sauter le pas ».  À l’époque (= au siècle dernier), un seul contraceptif était conseillé aux jeunes filles comme moi : la pilule.

J’ai eu la chance d’avoir été bien informée par mes parents, d’être accompagnée par ma mère chez le docteur, d’avoir été écoutée, comprise, sans être jugée de quelque manière que ce soit, alors que mon entourage était plongé dans le grand bain catholique.

D’ailleurs, même ma grand-mère, ce petit bout de femme dont on ne pouvait qu’aimer la franchise, avait dit à ma mère, en me voyant rejoindre l’Amour de ma vie (à ce moment-là, évidemment) : « Faudra faire comme avec li tchè (le chat, en Wallon), hein, faudra lui donner la pilule ! »

Cet environnement bienveillant m’a permis une jeunesse épanouie, sans grossesse indésirée. Je prenais mon petit comprimé tous les soirs. Parfois, j’oubliais, et cela me donnait des angoisses sans nom. Si mes règles avaient un jour de retard, j’étais déjà en train d’imaginer multiples scénarios, dont aucun ne comportait le fait de mener une grossesse à terme.

Je suis devenue adulte et j’ai, « naturellement », continué à prendre la pilule. J’avais lu les risques que cela comportait (oui, il y a des risques – thrombose, ce genre de choses), mais que faire d’autre ? Le préservatif était vraiment désagréable, et puis, surtout, j’avais vraiment très peur qu’il se déchire. J’étais donc suffisamment terrorisée par l’idée d’être enceinte sans le vouloir que pour prendre toutes les précautions possibles. J’avais grossi, mais j’étais réglée comme un métronome, pas de surprise.

Et un jour, tu as envie d’un enfant

Cela a été plus fort que moi. Fin de la vingtaine, je ne pensais plus qu’à ça : avoir un bébé. J’ai donc arrêté la pilule, après environ 13 ans de bons et loyaux services. Et soudain … mon corps s’est transformé. J’ai pu voir ce que treize années d’hormones chimiques avaient modifié chez moi. Je me suis mise à grossir terriblement, puis j’ai commencé à avoir de l’acné (j’y avais échappé jusque-là), de gros boutons atroces sur le visage et dans le dos ! Je me sentais horriblement mal, comme si je subissais mon adolescence avec 15 ans de retard, j’avais des sautes d’humeur cataclysmiques et je détestais mon corps. Ca a duré quelques mois, le temps que j’évacue, on va dire. J’ai eu mon premier enfant, et ensuite j’ai commencé à maigrir tellement que je me suis fait peur. Le médecin m’a dit que la pilule prise à l’adolescence m’avait probablement fait grossir tout ce temps, et que mon poids réel, sans hormones artificielles, était celui-ci, soit presque 5kgs de moins.

Le stérilet, c’est facile et c’est pas cher ! Mais …

Ensuite, je me suis décidée pour un stérilet au cuivre (c’est-à-dire sans hormone), histoire de ne plus malmener mon organisme. Le gynécologue l’a placé en deux secondes, il m’a dit « voilà vous êtes tranquille pour 5 ans, ça fera 45€ ». Je suis tombée de ma chaise ! 45€ pour 5 ans ! Mais pourquoi ne m’avait-on jamais parlé de cette solution plus tôt ! « Parce qu’il faut avoir accouché, madame, le placement de ce stérilet ne peut se faire que dans ce cas, sinon c’est trop douloureux et cela engendre des complications ».

Tout ce fric que j’avais dépensé en contraceptif jusque-là me paraissait indécent (évidemment que je prenais LA pilule non-remboursée par la sécu).

Soit, heureuse, que j’étais !

Bon. Les risques de grossesse sont les mêmes qu’avec la pilule (2% d’incertitude), et le fait que je connaisse personnellement deux personnes ayant fabriqué des bébés-surprises avec ce moyen me procurait une pointe d’inconfort, parce que tous les mois, j’ai quand même une petite angoisse.

Ça, et le syndrome pré-menstruel qui s’est bien affirmé. Genre il est bien, bien, bien présent. J’entre en dépression une semaine avant mes règles, et celles-ci durent 6 jours, dont trois jours de douleurs. Autant vous dire que je profite à fond des autres moments. On est bien loin des pubs pour serviettes et tampons avec ces top biches qui font du tennis en petit short blanc, le sourire aux lèvres. La réalité c’est plutôt la bougonne dans le canap’ avec une tisane “Grand calme”, en train de faire la gueule, et d’attendre que ça ne fasse plus mal.

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La fertilité, une affaire de femmes

J’ai eu une révélation très récente en lisant ça quelque part :

« Les femmes sont fertiles quelques jours par mois, et les hommes, 24h/24, sept jours sur sept.

Or, la charge de la contraception ne repose que sur la femme. »

C’EST VRAI !

Rendez-vous bien compte que pour chaque femme enceinte, il y a un homme qui a libéré une partie de lui-même dedans. Si. A chaque fois.

Couic !

Je sais que si je ne prends aucun contraceptif, j’aurais quand même des sautes d’humeur et des phases de déprime (ben oui j’ai mes règles ET ALORS C’EST QUOI LE PROBLEME pardon je ne voulais pas m’énerver je suis désolée c’est stupide je suis nulle et la soupe est trop salée bouhouhouuuuuu).  Mais elles seraient beaucoup moins fortes. Mes règles seraient moins longues, et ça serait tellement plus agréable pour tout le monde.

La vasectomie fait partie des solutions. C’est une toute petite opération de rien du tout ! Mais c’est définitif (il y a des discussions à ce sujet, mais d’après ce que j’ai lu, ce n’est quand même pas garanti que cela puisse être réversible, considérons donc cette option comme étant définitive), et mon homme est encore trop jeune pour prendre cette décision (« et puis imagine que le monde soit détruit, que je sois le seul homme qui reste chargé de repeupler la Terre et que je ne puisse pas ? »). Bref, je vois très bien, on va attendre encore un peu. Surtout, on ne sait pas de quoi demain sera fait : c’est une décision qui doit venir de lui, le moment venu.

Cependant, si dans mon entourage je connais des hommes qui l’ont fait, je connais aussi des femmes qui “n’oseraient jamais demander ça” alors qu’elles savent que leur partenaire ne souhaite plus se reproduire.

Ok pour nous de prendre en charge la contraception la quasi-totalité de notre vie, mais pas pour demander un petit service (pour rappel, cette intervention dure 15 minutes, et l’homme qui en ressort a toujours sa bite, ses couilles, et sa grosse bagnole si c’est important pour lui).

La contraception masculine : le stade de la vaste blague

En faisant des recherches par rapport aux contraceptions masculines, j’ai lu que les sociétés pharmaceutiques ne développent pas leurs études concernant les contraceptifs pour hommes « par manque d’intérêt du marché » : les hommes ont peur des effets secondaires qui pourraient « interférer avec leur virilité » (sic).

S’est-on posé la question de l’interférence avec la féminité ? De ce que subissent certaines femmes avec leur mode de contraception ? S’est-on interrogés sur la baisse de la libido pour celles qui ont la lourde responsabilité de se protéger ? Sur les dégâts physiques de ces produits ? Sur le mal-être, les bouffées de chaleur, voire les pathologies terribles (maladies, douleurs épouvantables) que certaines développent ? On est en 2021, et une grossesse incombe toujours particulièrement à l’utérus (plus précisément à “la femme qui a ouvert ses cuisses”), et pas aux millions de spermatozoïdes qu’on laisse se balader en toute liberté ?

Certains hommes ont pris les choses en main et ont développé un slip chauffant et un anneau thermique, qui permettent aux testicules de se maintenir à une température de 37 degrés, et donc de faire diminuer le taux de spermatozoïdes. Alléluia, le coup de rein assume sa responsabilité !

Il faut cependant porter ce slip ou cet anneau en permanence, et contrôler le taux de spermatozoïdes en faisant des analyses, ce qui n’est pas hyper facile et accessible.

En conclusion,  il serait de bon ton de trouver (et donc de chercher) une solution pour empêcher l’invasion des spermatozoïdes dans l’utérus, histoire qu’on foute la paix aux femmes et qu’on laisse leurs hormones batifoler en paix sans intervention extérieure.

Une sorte de partage des tâches, vous voyez ?

 

 

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