Rosalind Franklin, l’ADN d’une oubliée

L’effet Matilda

Depuis la nuit des temps, les connaissances de l’espèce humaine sont en constante évolution. Dans le domaine des sciences, les progrès les plus importants ont été réalisés dans le courant du XXème siècle. Ces derniers sont quasiment exclusivement attribués à des hommes, et pour cause. Il existe « un déni, une minimisation systémique de la contribution des femmes aux avancées scientifiques, dont le travail est souvent attribué à leurs collègues masculins ». Cette phrase est prononcée en 1993 par Margaret W. Rossiter, éminente historienne des sciences, définissant ainsi « l’effet Matilda », un phénomène aujourd’hui parfaitement reconnu. Parmi ses victimes, Rosalind Franklin est le cas le plus frappant.

L’ADN en ligne de mire

Rosalind naît en 1920 à Londres. Fille ainée d’une famille de la grande bourgeoisie anglaise, elle a la possibilité de faire de hautes études. Douée en toutes matières et particulièrement en sciences, elle obtient haut la main un doctorat en physique-chimie à Cambridge, l’année de ses 25 ans. Après avoir honoré un premier job dans un laboratoire parisien, elle rentre à Londres pour intégrer le prestigieux King’s College. Là, elle se consacre entièrement à la structure de l’ADN. Elle travaille aux côtés du physicien Maurice Wilkins, dans une ambiance plutôt froide en raison des premières recherches de Rosalind Franklin, en 1951. En effet, elles contredisent de manière irréfutable les conclusions d’un Wilkins pourtant plus expérimenté. Or les études autour de l’ADN (l’Acide DésoxyriboNucléique, c’est pour moi, c’est cadeau, vous pourrez crâner à la machine à café) sont d’une importance capitale. Elles auront un impact sur la génétique, la médecine légale, la police scientifique, l’anthropologie, la bio-informatique, les nanotechnologies, etc…

Un départ prématuré

Utilisant les rayons X, Rosalind parvient à déterminer la structure de l’ADN. Grâce à ses clichés, on distingue pour la première fois les fameuses hélices qui la composent. Personne avant elle ne s’était approché aussi près du but, ni dans ce laboratoire ni ailleurs, ce qui naturellement entraîne des jalousies. Les tensions permanentes avec ses collègues, et notamment avec Wilkins, deviennent invivables. Si bien qu’en 1953, le King’s College lui demande de partir. Rosalind Franklin doit s’y résoudre, la rage au ventre. De surcroît, elle n’est pas autorisée à emporter avec elle ses précieux travaux, ceux-ci ayant été financés par l’établissement. Cependant, elle ne baisse pas les bras et rebondit au Birckbeck College qui, conscient des immenses capacités de la jeune scientifique, lui ouvre grand les bras. Là, elle pose les premières bases de la virologie structurale en étudiant la formation des virus à partir d’une molécule d’ARN (Acide RiboNucléique, toujours pour la machine à café, ne me remerciez pas). Malheureusement, elle ne verra pas l’aboutissement de ses travaux, emportée en 1958 par un cancer de l’ovaire, très probablement dû à sa surexposition aux radiations des rayons X utilisés pour ses recherches.

 

Un léger oubli

Pendant ce temps, Maurice Wilkins et deux de ses confrères, James Watson et Francis Crick, reprennent à leurs comptes les travaux de Rosalind sur l’ADN, et notamment les fameux clichés pris en 1951. Grâce à ceux-là, ils obtiennent en 1962 le prix Nobel de médecine, en évitant soigneusement de citer leur défunte collaboratrice dans les traditionnels discours de remerciement. Pire, Wilkins dans ses mémoires décrira Rosalind Franklin comme une « assistante acariâtre qui n’ira malheureusement pas au bout des choses ». Je vous laisse juger de la grande classe du monsieur.

Fort heureusement, l’Histoire avec un grand H n’oublie rien. Et en mettant leurs nez dans les archives du King’s College, les chercheurs en histoire des sciences ont fini par assembler les pièces du puzzle et démontrer ainsi, petit à petit, la contribution de Rosalind Franklin dans la découverte de l’ADN. Elle retrouvera enfin la reconnaissance et la place qui lui sont dues en 2008, soit 50 ans après sa mort, en recevant le prix Louisa Gross Horwitz, remis aux chercheurs ayant apportés une contribution remarquable à la recherche dans les domaines de la biologie et de la biochimie. Mieux vaut tard que jamais paraît-il…

« La femme est faite pour céder à l’homme et pour supporter même son injustice. »

Jean-Jacques Rousseau

Les exemples de grandes femmes scientifiques oubliées sont légion. Les hommes passés à la postérité grâce à elles aussi. Et je n’évoque ici que le cadre de la science. Si l’on devait étendre nos investigations à d’autres domaines, il est probable que nous aurions matière à rédiger une encyclopédie. Mais comme il n’est jamais trop tard pour bien faire, notre devoir aujourd’hui est de découvrir ces femmes, ainsi que leurs travaux, et surtout de ne pas les effacer de notre mémoire.

 Si le sujet de « l’effet Matilda » vous intéresse, je vous suggère de vous pencher sur les cas de Lise Meitner, Marthe Gautier, Daisy Dussoix ou Jocelyne Bell notamment.

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