La petite histoire des chengyu

Aux personnes novices ou versées dans la langue chinoise, avez-vous déjà entendu parler des chengyu ? Dans cet article, nous vous proposons une petite introduction à la culture chinoise par le biais des proverbes … ou presque, puisque le terme chengyu est intraduisible en français! On utilise alors celui de locutions idiomatiques quadrisyllabiques, expression assez technique pour signifier une chose somme toute très simple : ces quatre syllabes renferment une petite histoire dotée d’une morale. Un peu comme les fables de La Fontaine, mais sans fromage.

L’origine des chengyu

Remontant jusqu’au IIIe siècle avant J.C., les chengyu représentent un aspect essentiel de la culture chinoise traditionnelle. On les retrouvera dans de nombreux ouvrages classiques de la Chine ancienne, tels que le livre des Song, ou le Livre des Documents. À ce jour, il existe plus de 50 000 expressions idiomatiques, et si le nombre peut paraître étourdissant, sachez que chaque chengyu est unique. D’une part pour son format : majoritairement composé de quatre caractères, ce choix s’impose pour une raison pratique, celui de la mémorisation. Mais il est aussi esthétique, la langue chinoise repose sur un besoin de symétrie, de rythme, elle évite toutes dissonances. Cette unicité provient enfin du contenu des proverbes. Chaque proverbe, bien qu’il se présente comme une expression quadrisyllabique, recèle une petite fable. Ces histoires, connues de tous les natifs, sont partie intégrante du langage quotidien.

Découvrons ensemble deux chengyu de la langue chinoise (pour impressionner lors des dîners mondains).

Celui qui « ajouta des pattes au serpent » – 画蛇添足 huàshé tiānzú

 

Cette histoire nous vient du royaume de Chu, puissance hégémonique du IIe siècle av. J.C., écrasée par l’armée de celui qui deviendra le premier empereur de Chine. Un homme riche, vivant au pays de Chu, invita quelques personnes à l’aider dans son travail. Une fois la besogne terminée, il les récompensa en leur achetant un pichet d’alcool. Le pichet fut si petit que les invités ne purent chacun boire que quelques gorgées. Les hommes décidèrent alors de mettre le pichet en jeu à l’occasion d’une compétition : le premier finissant un dessin de serpent gagnera le prix. Tous armés d’un bâton, ils commencèrent à dessiner à même le sol.

Zhang finit son dessin le premier. En regardant les autres concurrents, plein de fierté, il pensa alors : « J’ai encore le temps d’ajouter des pattes au serpent ! ». Pendant qu’il dessinait des pattes, il ne s’attendait pas à ce que Li crie : « J’ai fini, je suis le premier, vous devez donc me donner le pichet ! ». Zhang, maintenant inquiet, mentionna qu’il était le premier à terminer son dessin. Li, regardant le serpent de Zhang, lui répondit : « Nous avions dit qu’il fallait dessiner un serpent, or un serpent n’a pas de pattes. Puisque tu lui as ajouté des pattes, ce n’est donc pas un serpent. Je peux alors boire le pichet ! ».

Moralité de l’histoire : Si vous faites du zèle, on dira de vous que vous « ajoutez des pattes au serpent » !

L’histoire du paysan qui « tira les jeunes pousses de riz pour les faire grandir » – 揠苗助长 yàmiáo zhùzhang 

Faisons un saut dans le temps jusqu’à la dynastie des Song, du XIe au XIIIe siècle. Durant cette période, un homme cultivait le riz dans un champ, non loin de sa maison. Voyant ses plants pousser très lentement, il fit part de ses inquiétudes à sa femme. Celle-ci lui conseilla alors de bien traiter les plantes, et de les laisser pousser à leur rythme. Il suivit le conseil de sa femme à la lettre et se mit à l’ouvrage. Les jours passèrent mais les plants de riz ne grandirent pas plus vite. En à peine un mois, ils ne poussèrent que de quelques centimètres. En colère face au temps perdu, le paysan décida de profiter de la nuit pour tirer les jeunes plants de riz afin d’en accélérer la croissance.

Le matin venu, il rentra chez lui et dit fièrement à sa femme que les pousses de riz avaient enfin grandi. Très étonnée, la femme sortit rapidement pour vérifier les dires de son mari. Quelle ne fût pas sa surprise quand elle vit que le soleil avait brulé les jeunes plants de riz encore trop jeunes pour résister à son feu !

Moralité de l’histoire : Forcer la nature pour réussir rapidement ne vous mènera qu’au résultat inverse !

 

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