Éloge de la non-productivité

Le droit de ne rien faire

Voilà, ça y est, c’est l’automne. La langueur nous gagne lentement. Les humeurs s’assombrissent comme le soir qui tombe plus vite.

On a mis les draps de molleton et on a du mal à en sortir le matin, parce que c’est trop doux. Le réveil sonne et c’est une torture. Surtout si, comme moi, vous avez un velux dans votre chambre, et que la pluie tombe dessus. La pluie sur le velux, moi, ça me donne juste envie de me rouler en boule et d’attendre que le temps soit passé. Le temps de quoi, je n’en sais rien, mais il faut que ça passe.

J’ai changé ma garde-robe d’été par celle d’hiver, j’ai ressorti les pulls, les robes, les bas nylon avec lesquels il faudra se battre pour les enfiler quand on tente l’aventure juste après la douche. Puis il faudra songer à en prendre une paire de rechange au cas où, parce que, c’est bien connu, on n’en a absolument jamais besoin SAUF le jour où on ne les prend pas.

 

La bonne nouvelle, c’est qu’on va pouvoir se goinfrer de plats en sauce, de fromage fondu,  de chicons au gratin (ok les Français, on dit endive chez vous, c’est cocasse) et de clémentines. Ça nous tiendra au corps pour affronter la grisaille, le crachin et le vent qui transperce.

Là j’ai du mal, je l’avoue. Je n’arrive pas à trouver la moindre motivation. Les plus petites choses me demandent une volonté terrible. Je me trouve toutes les excuses possibles pour ne pas commencer une tâche. Je suis très forte pour cela, je rivalise d’inventivité : non je ne vais pas commencer à ranger les chaussettes parce qu’alors je vais devoir ranger l’armoire à chaussettes uniques et je ne parviendrai pas à faire toutes les paires, ça va me déprimer … je vais plutôt regarder une série.

Ah je pourrais faire des gaufres ? C’est bon, ça fera plaisir aux enfants ! Mais faire la pâte, ça va, après on passe l’après-midi à cuire et après cinq minutes je suis déjà en train de regretter ma super idée. Je vais plutôt lire cet article qui m’a l’air intéressant.

Il faut aussi travailler, tenir à jour sa compta, ses papiers administratifs, élaborer des projets, continuer. Il faut être productif. C’est une injonction de la société : il faut produire, bosser, travailler dur pour espérer y arriver.

Arriver à quoi, on ne sait pas, l’inaccessible étoile, tout ça, la reconnaissance, le mérite, le but dans la vie. C’est latent, mais c’est permanent, cette culture du rêve américain, où tu pars « de rien » pour « arriver », que « tout le monde peut le faire », que « quand on veut, on peut ». On peut quoi ? Etre célèbre ? Connu ? Aimé ? Ça veut dire quoi, « réussir » ? Est-ce que les gens qui sont connus pour être célèbres sont heureux ? Est-ce que le type qui a tourné la vidéo de « la question elle est vite répondue » est fier de son succès ? A-t-il l’impression d’avoir apporté quelque chose de plus à la société ?

Il faut réaliser ses rêves (et si on n’a pas vraiment de rêve?) ! Rendre possible l’impossible (ahaha)! Etre passionné (mais par quoi ?)! Avoir bossé dur pour en arriver là (c’est où, là?) ! Faire des sacrifices ! (Perso j’aime pas trop me sacrifier, ça me met de mauvais poil)

Je me pose cette question, actuellement : de quoi ai-je envie ?

Hé bien c’est assez fou de se dire que je n’arrive pas à avoir de réponse. J’arrive, par contre, à définir parfaitement ce dont je n’ai PAS envie. La liste est trop longue pour l’afficher ici.

Carpe Diem versus ” Tout le monde peut RÉUSSIR il suffit d’y croire !”

On dit aussi beaucoup que si on se contente de ce que l’on a, on parvient à être heureux. C’est assez paradoxal avec la société de méritocratie qu’on nous impose, je trouve. Certains y arrivent. Je les envie.

Moi, par exemple, j’ai tout pour être heureuse selon tous les critères sociologiques contemporains : l’homme, les enfants, les chats, les poules, le travail, le toit, le salaire, une vie confortable.

Donc, si j’ai tout pour être heureuse, alors pourquoi me poser la question de mes envies ? Qu’est-ce que je veux de plus ? Ou de différent ?

J’ai la chance d’avoir beaucoup de temps pour me poser toutes ces questions. Ce temps de travail aménagé, j’avais prévu de le mettre à profit pour faire un tas de choses : écrire, développer des projets, m’épanouir dans ma vie de femme. Mais voilà : je ne fais rien.

Je n’ai donc pas envie de travailler plus, très bien. Je n’ai pas d’idée. Mais j’ai du mal à l’accepter.

Mais pourquoi, bon sang ? Pourquoi n’aurais-je pas le droit de ne rien faire ? D’observer le temps qui passe sans culpabiliser ?

Parce que ce n’est pas comme ça qu’on y « arrive ». Pour y « arriver », il faut bosser sans relâche, se passionner, se lancer dans des grandes aventures, innover, OSER !

Je ne fais rien de tout cela.

Je « n’arriverai » pas. Je ne bouleverserai pas le monde avec mes mots ou avec mes idées.

Je laisse la place aux autres.

Peut-être que demain ça se passera comme dans les films ? Je me lèverai tôt, je ferai du sport, je mangerai sain, j’écrirai toute la journée, je monterai un projet à moi toute seule qui marchera du tonnerre, je deviendrai riche et tout le monde m’aimera. Success Story.

En attendant, je vais sur le net en mangeant des chips. J’aime bien les chips.

Et surtout, je crois que je vais me concentrer sur le fait d’avoir un entourage heureux, et m’en contenter.

Ça sera ça, ma réussite à moi.

 

 

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Belge&Brune

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