Mila Monnanteuil : La jeune espoir du BMX français

Il est des sports dont on ne parle peu, et dans leur variante féminine encore moins. Le BMX est à coup sûr l’un d’eux. Cela fait partie des sports dont on sait qu’il existe, mais sans en connaître l’actualité. A tort.

Ma connaissance du BMX s’arrête à Dave Mirra. Star américaine dans les années 90, c’est un peu l’équivalent de Tony Hawk en skateboard. S’il évoluait en BMX freestyle (figures réalisées sur un park). Ici on parle du BMX race, qui est une course où plusieurs pilotes s’affrontent sur une piste avec bosses et virages.

J’ai découvert l’existence de Mila dans une vidéo suggérée sur Youtube et j’ai été surpris et bluffé de voir une jeune fille de 14 ans aussi douée, performante et déterminée dans cet univers que j’imaginais principalement masculin.

Mila Monnanteuil
Mila Monnanteuil à l’entrainement sur son vélo.

Car à seulement 14 ans, Mila Monnanteuil cumule déjà un palmarès impressionnant. Actuellement 4ème au niveau mondial, elle est également 6ème européenne, championne de France en 2016 et plusieurs fois championne régionale de sa catégorie. Selon le niveau des compétitions et son âge*, elle affronte aussi bien des filles que des garçons. Et cela ne lui fait pas peur ! Casque intégral vissé sur la tête, elle enfourche son petit vélo d’à peine 7kg et s’élance depuis le START à l’assaut des bosses chaque week-end.

Start course BMX
La grille de départ du LUC-BMX de Lille.

Des débuts qui impressionnent

Mila découvre le monde du BMX à l’âge de 4 ans quand son père l’emmène voir une compétition à côté de chez eux. A 6 ans, elle demande à  faire du BMX comme ceux de “l’autre jour” (comprenez l’autre jour d’il y a 2 ans). Elle passe donc un premier essai en mai 2012, puis un deuxième. Le club l’autorise à rouler pendant le mois restant avant la fin de la saison.

Elle commence donc sa première saison officielle à l’automne 2012. Les compétitions ne sont, normalement, accessibles aux nouveaux inscrits qu’après un programme d’entraînement hivernal. Mais Mila étant très insistante, le président du club décide de l’inscrire quand même en championnat et la voici donc sur sa première ligne de départ !

Quinze jours seulement après avoir commencé les entraînements officiels, elle termine troisième et devient ainsi la première fille championne du Nord ! Deux semaines plus tard elle remporte sa deuxième compétition devant les garçons du même âge. Autour d’elle, on s’accorde à dire que ce n’est pas un hasard. Mila a un vrai talent. Il lui faudra désormais beaucoup s’entraîner pour progresser et performer au plus haut niveau.

 

Mila Monnanteuil
Mila Monnanteuil à l’entrainement sur son vélo.

 

En parallèle, son papa Raphaël active son réseau pour trouver des sponsors qui financeront les saisons de compétitions. Entre frais de déplacement et équipements à acheter, le BMX est un sport qui peut devenir coûteux. Sans trop de difficultés il décroche des contrats avec plusieurs marques qui croient en le potentiel de Mila.

8 ans après ils sont toujours là et soutiennent la jeune fille dans sa quête de performance à l’international.

La valeur n’attend pas le nombre d’année

Les saisons s’enchaînent et Mila prend de plus en plus confiance et devient de plus en plus performante.

En 2014, elle gagne toutes les courses de la saison. Lors de la dernière course du championnat de France elle tombe, entraînée par la chute d’une autre concurrente. Elle se relève mais termine 8ème et dernière.

Pour la récompenser de sa saison exceptionnelle,  son père l’emmène aux Etats-Unis à Orlando en Floride, pour participer à la Disney Cup. Une course indoor où plus de 1500 pilotes participent. Mila atteint 2 fois la finale et y rencontre son idole absolue, la colombienne Mariana Pajon, double championne olympique de la discipline.

Mila Monnanteuil et Mariana Pajon
Mila Monnanteuil et Mariana Pajon lors du championnat du monde en 2016 en Colombie.

Aux championnats de France 2016, elle remporte cette fois la première place, atteignant ainsi son objectif. Elle vit l’une de ses plus grandes émotions devant ses parents fiers d’elle et aussi émus qu’elle.

Cette année-là, elle termine également 5ème au championnat Européen. Mais ce sont les championnats du monde en Colombie qui vont permettre à Mila de terminer sa saison en apothéose. Sur le plan sportif d’une part, elle atteint la finale. Sur le plan humain, d’autre part, ce sera bien plus que cela.

Plus tôt dans la saison son papa prend contact avec Mariana Pajon afin mettre en place une opération humanitaire. Elle a pour but d’offrir un équipement complet de BMX  (grâce aux sponsors et au crowdfunding) aux 10 meilleurs élèves de l’école de la fondation de la championne Colombienne.

Mila et son papa sont accueillis en fanfare par les enfants qui ont décoré leur école aux couleurs du drapeau français et leur chantent des chansons. En retour, Mila improvise “La Bohème” de Charles Aznavour. Elle n’a que 9 ans mais connait déjà les paroles par coeur ! Les meilleurs élèves sont appelés pour récupérer leur récompense. Mila les emmène sur une piste pour leur apprendre à faire du BMX. Certains petits colombiens montaient sur un vélo pour la première fois de leur vie.

Ce genre d’évènements extra-sportifs, Raphaël essaye d’en organiser dès qu’une compétition à lieu dans un pays culturellement différent de la France. Il raconte que cela permet à Mila de garder les pieds sur terre et d’apprécier davantage la chance qu’elle a de pouvoir faire ce sport et d’évoluer à ce niveau. C’est une des valeurs très importantes que ses parents lui transmettent : l’humilité.

Aussi, lorsqu’en 2018 le championnat du monde se déroule en Azerbaïdjan, son papa organise un échange entre la classe de 6ème de Mila et une classe de 6ème de la capitale Bakou. La scolarité occupe une place toute autant importante que la compétition. La jeune fille s’organise, prend de l’avance sur ses devoirs et rattrape les cours lorsqu’elle doit s’absenter pour une compétition. Tout est organisé en collaboration avec l’administration de son collège et ses professeurs. Elle envisage d’ailleurs de poursuivre ses études dans le management du sport.

Mila Monnanteuil
Mila Monnanteuil sur son vélo et en plein saut.

Son avenir à quelques tours de pédales

Si elle termine 4ème rang mondial en 2019, la saison 2020 est, elle, très impactée par la crise sanitaire. Contre la trentaine de courses habituellement programmées sur l’année il n’y en aura que 3.

Lorsqu’elle a un peu de temps Mila, fait également de l’équitation qu’elle a commencé aussi dès le plus jeune âge. En parallèle, elle continue de s’entraîner avec en ligne de mire les Jeux Olympiques.

Si en 2024 elle sera encore probablement trop jeune (18 ans) et inexpérimentée pour représenter la France à Paris, c’est pour les Jeux de Los Angeles en 2028 aux Etats-Unis (pays du BMX) que la jeune nordiste poursuit son incroyable ascension .

Mila Monnanteuil
Mila Monnanteuil sur le podium (au centre).

Remerciements

Je tiens à remercier Mila de s’être prêtée au jeu de l’interview et des photos, son père Raphaël pour sa disponibilité et les récits passionnés de la jeune carrière de sa fille, ainsi que le LUC-BMX de m’avoir accueilli le temps de cet entretien. Vous pouvez suivre Mila sur ses réseaux Instagram et Facebook.

*Année faible et année forte. Les catégories étant en 2 ans, l’année faible correspond à la première année, l’année forte à la seconde. En régional l’année faible se court entre fille, l’année forte est mixte.

13420cookie-checkMila Monnanteuil : La jeune espoir du BMX français
Partager cet article via :
kobaye

Julien

Plus il y a de gruyère, plus il y a de trous...et plus il y a de trous, moins il y a de gruyère !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Back to top