Anecdote ordinaire de mère indigne

Faire les courses avec ses enfants : quitte ou double.

Les enfants en société, ça peut générer des imprévus qu’on ne peut pas toujours maîtriser… 

L’autre jour, je suis allée faire les courses avec mes enfants.

D’accord, ceux qui ont des enfants savent que c’est une mauvaise idée, qu’on préférerait vraiment éviter cette situation, mais ils savent aussi que c’est parfois incontournable et qu’on ne peut pas faire autrement.

Là, donc, la situation était critique : personne pour rester avec mes petits, et mon bac à légumes était désespérément vide. Je n’avais pas envie d’y aller. Qui aime faire les courses, hein, qui ? Mais cela fait partie des choses de la vie, on doit nourrir la famille, faire pousser les mauvaises herbes, comme on doit aller au contrôle technique et s’y faire recaler, mais je m’égare.

Je me suis donc rendue chez mon maraîcher préféré, avec mes choupinous qui, jusque-là, étaient de très bonne composition.

Méfiance.

J’ai prévenu qu’à la moindre remarque, ils seraient obligés de m’attendre dans la voiture. Avec l’expérience, j’ai appris à rappeler les règles autant de fois que possible avant toute confrontation avec le monde extérieur.

J’étais donc dans le petit magasin bondé en train de choisir entre deux sortes de carottes bios (les nettoyées ou les bottes ?) quand ça a commencé. Mes enfants, pris d’un soudain enthousiasme et d’une énergie jusque-là canalisée, ont commencé à courir dans le magasin et autour des autres clients.

De manière générale, déjà, cette situation m’est intolérable. De la part des enfants des autres, mais les miens c’est encore pire. J’ai donc mis ma menace à exécution. Très calmement, j’ai déposé mes carottes et je suis allée conduire ma progéniture dans la voiture. J’étais déjà un peu rouge de honte, et je les ai sermonnés. J’ai promis des punitions en cas de récidive.

À peine revenue poigner dans mes carottes (finalement j’ai pris les nettoyées, ça fait moins de bazar), mon fils de 7 ans accourt : « MAMANNNNN ! Ma sœur a fait une bêtise ! »

Suivi de la sœur en question, qui a 4 ans, et qui hurle « NON C’EST PAS VRAI J’AI MÊME PAS JETÉ LES CAILLOUX SUR LES VOITURES ».

Vous connaissez l’expression « devenir livide » ? Voilà, exactement. J’ai reposé mes carottes avec un calme olympien sans rien dire, sous le regard de tous les gens qui suivaient l’épisode avec passion (j’ai senti quand-même une petite angoisse généralisée de savoir de quelle voiture on parlait, exactement), et je suis allée sur le parking pour constater les dégâts. Ouf, me suis-je dit, elle a jeté un caillou sur MA voiture. C’est déjà ça. Rien de grave. Mais je suis quand même vraiment en colère. Terriblement. Et quand je suis terriblement en colère, je ne dis rien parce que si ça explose, il est tout-à-fait possible que des insanités sortent, avec beaucoup de mots interdits. J’intime aux enfants de rester dans cette foutue voiture du bout des lèvres.

J’étais retournée dans la file pour payer ces putains de carottes de merde, quand ils reviennent auprès de moi (Oui, je verrouille la voiture. Oui, ils savent tout de même en sortir en passant par l’avant). Ils recommencent à courir, je me liquéfie. Je veux mourir. Je manque d’air. Je commence à trembler. La maraîchère, qui me connaît bien, lance « il y a des jours, comme ça, hein. » C’est un mot gentil, pour me faire part de sa compréhension, mais j’ai juste envie de tuer tout le monde.

La dame qui me suit a voulu me venir en aide, mais je n’étais pas disposée à sortir un mot tellement ma colère avait envahi mon cerveau. Elle m’a glissé « quand je n’arrive pas à maîtriser les miens, je leur donne un bonbon. Vous en voulez ? », et elle m’a tendu deux chokotoffs.

A peine ai-je eu le temps de murmurer « plutôt crever que de leur donner un bonbon » que j’ai payé et saisi carottes, fils et fille pour tout balancer dans la voiture.

Fin du monde

J’ai refermé ma portière. Ce fut le signal : je pouvais enfin hurler. J’ai hurlé ma colère, ma déception, mon incompréhension. Mes petits me regardaient, bouche bée. Comme s’ils ne savaient pas vraiment de quoi je voulais parler.

Au moment de démarrer, enfin, pour quitter le lieu, quitter la situation, je remarquai que ma fille n’avait pas mis sa ceinture. Il m’apparaissait donc totalement légitime de lui demander gentiment de le faire.

« NAN, assèna-t-elle. Je mets pas ma ceinture. »

A ce moment-là, il est vrai que je ne maîtrisais plus rien du tout, que l’éducation positive est un concept qui se trouvait à genre 2000 kms de moi, tout comme l’empathie, que je ne suis qu’un tube de colère et d’exaspération.

Je lui hurlai (oui, encore) de mettre cette foutue ceinture.

« NAN ».

Je la connais. Je connais ce regard. C’est la crise de colère, elle ne cédera pas. Il faut attendre au moins quinze longues minutes de discussions avec calme pour résoudre la situation. Et je n’avais pas la patience. Pas du tout.

A ce moment-là, j’aurais en effet pu faire des exercices de respiration, une petite séance de méditation, ce genre de truc, mais la seule idée qui me soit venue, là, à part le meurtre, ça a été de démarrer en trombe (avec crissements de pneus), de procéder à une accélération violente suivie d’un coup de frein.

Le tout devant les autres clients médusés.

Puis de hurler (oui oui, je sais, c’est bon) « ALORS COMME ÇA TU NE SAIS PAS À QUOI SERT UNE CEINTURE HEIN ? BEN VOILÀ MAINTENANT TU SAIS. »

Bon, il faut savoir que ça n’a pas été très efficace puisque ma fille n’a pas subi le moindre choc, elle a juste été légèrement bringuebalée. Il faut croire que je n’ai pas le courage absolu de mes idées stupidement diaboliques.

Elle a donc refusé encore une fois de mettre sa ceinture.

J’ai redémarré en nage, puis je me suis arrêtée un peu plus loin sur le bas-côté, et je lui ai dit « Je ne prends pas d’enfants dans ma voiture sans ceinture. Tu descends.» Elle a refusé. Je suis sortie de la voiture, je l’ai fait descendre, et je suis partie en la regardant dans le rétroviseur. Dans ma tête, ça clignotait tellement, c’était le tableau de bord d’un avion sur le point de se crascher. J’ai fait 50 m. J’ai reculé. Elle est remontée, en larmes.

Elle a mis sa ceinture.

Puis je me suis arrêtée une seconde fois pour pleurer toutes les larmes de mon corps.

Mère indigne.

Mauvaise mère.

Quel traumatisme lui avais-je infligé là ? Et à mon fils, spectateur muet de la catastrophe ?

J’ai senti des petits bras qui me caressaient le cou. « Pardon maman. Pardon. J’ai fait une crise, tu sais bien qu’il faut attendre un peu avant de me demander quelque chose ».

Cette capacité qu’à ma petite fille à s’exprimer comme cela, j’y suis un peu pour quelque chose. Tout n’est donc pas à jeter dans mon éducation.

C’était une journée terrible. J’ai beaucoup appris de moi-même et de mes enfants. On en a beaucoup discuté par après, avec eux. Et s’ils ont, en effet, eu un comportement inacceptable, le mien n’était pas adapté non plus.

Je suis persuadée que chaque parent est confronté à ce genre de choses, l’inadéquation entre ce que l’on voudrait que ce soit, et ce qui est. L’impossibilité à maîtriser les choses : les réactions de nos enfants, et nos réactions à nous, parents.

Il y aura d’autres moments tels que ceux-ci.  Et je vous les raconterai, en toute honnêteté. Vous n’êtes pas seuls.

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Belge&Brune

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