Dans la peau de… ma caissière

Il existe dans ce monde, des gens qui semblent avoir un boulot anodin mais qui sont en fait essentiels à notre quotidien. Avec cette série d’articles, j’essaierai de mettre un coup de projecteur sur ces personnes invisibles, ces super héros de tous les jours.

 

Un supermarché est un carrefour où se rencontrent toutes sortes de personnes. Les clients se suivent et ne se ressemblent pas. Dans les petits supermarchés de quartiers, j’imagine bien que les caissières doivent avoir leurs chouchous ! Je me souviens en avoir vu une aider avec un grand plaisir et un grand sourire une mamie toute mignonne. Ses doigts avaient l’air en assez mauvais état et elle devait donc avoir du mal à prendre les pièces et les billets. Alors, elle lui avait tendu son porte-monnaie avec un magnifique sourire en forme de créneau de château fort et des yeux de chat potté qui font fondre. À son tour, la caissière lui avait retourné un magnifique sourire, lui avait pris ce qu’elle devait et lui avait rendu son petit porte-monnaie rose très certainement customisé par une de ses petites-filles. Elles ont égayé la journée des autres clients.

mamie

S’il n’y avait que des petites mamies comme ça, leur travail serait sans doute une partie de plaisir. Mais, l’arrivée d’un client c’est comme à la roulette russe d’un casino, on ne sait jamais sur quoi on va tomber et parfois, il y a des super-vilains qu’elles doivent combattre.

Comme quand, à une caisse prioritaire, une femme enceinte jusqu’au bord des yeux arrive ou qu’une personne handicapée montre sa carte et demande à passer devant. Il y a toujours, toujours, TOUJOURS une personne pour râler. Je rêve de voir un jour une caissière enfiler son costume invisible de super-héroïne, retrousser ses manches, que le magasin diffuse une musique épique de film et qu’elle dise au(à la) râleur(se) “Oh mais pardon madame/monsieur, je n’avais pas vu que vous étiez également enceinte/handicapé(e), venez je vous en pris”. Pas besoin de rajouter quoi que ce soit, le regard des autres clients finirait d’achever l’espèce d’immondice sans coeur qui se serait permis de l’ouvrir.

Ou comme quand elles tombent (malheureusement trop souvent) sur des gens désagréables sans raison et qui se permettent de les rabaisser. La fameuse phrase “tu vois, il faut que tu travailles bien à l’école, sinon tu finiras caissière !” qui fait si mal. Les gens qui regardent de haut et ne prennent même pas la peine de répondre à “bonjour”. Ceux qui râlent que ça n’avance pas assez vite. Dans ces moments-là, je ne peux qu’imaginer ces caissières se sentir moins que rien. Ça me met hors de moi.

Rassurez-vous, le plus clair du temps, les gens sont cordiaux, mais il y a toujours des gens pour lesquels on se demande ce qu’il a bien pu leur arriver pour qu’ils deviennent si aigris.

À côté des super-vilains, il arrive qu’il y ait des gens un peu… comment dirons-nous… atypiques ? Oui, il est bien ce mot, “atypique”. 

Mesdames et messieurs, commençons par les obsessionnels du coupon de réduction, et je ne vous parle pas de ceux qui arrivent avec deux ou trois coupons, mais bien de ceux qui ont un coupon pour chaque produit acheté et qui, je n’ai jamais compris pourquoi, demandent à faire un paiement et donc un ticket de caisse par produit. Oui. Par f****** produit. Autant vous dire que l’encaissement du chariot prends du temps. Beaucoup de temps. Un produit. BIP. “1.65€ s’il vous plaît”. Code de carte bancaire. Ticket de caisse. Un autre produit. BIP. “6.38€ s’il vous plaît”. Code de carte bancaire. Ticket de caisse. Dans ces cas-là, une seule solution, utiliser son super pouvoir d’évasion. S’imaginer au champs, à courir comme les filles Ingalls parmi les pâquerettes, mais sans se vautrer comme dans le générique. BIP. “2.38€ s’il vous plaît”. Se rouler par terre, sous un ciel bleu sans aucun nuage. BIP. “0.65€ s’il vous plaît”. Et après des dizaines de produits, quand c’est fini, passer au client suivant en revenant à réalité.

Il y a aussi le remake du parrain qui, quelque soit la météo, a ses lunettes fumées sur le nez, les cheveux gominés impeccablement tirés en arrière et une démarche de vieux mafieux qui en a connu des vertes et des pas mûres. Et quoi qu’il achète, il sortira systématiquement sa liasse de billet. De gros billets. À trois chiffres. Toujours. Je ne sais pas avec combien il se balade au quotidien, mais je ne serai pas tranquille à sa place. Je n’ai jamais eu autant d’argent sur moi, à part au Monopoly ! J’en ai vu un vouloir payer une dizaine d’euros avec un billet de 500 euros. Une fois passé le choc de voir un billet de 500 euros, la caissière lui avait répondu qu’elle venait justement d’utiliser ses derniers billets de 100 et 200 euros et qu’elle ne pouvait donc pas lui rendre la monnaie. Il a fait légèrement glisser ses lunettes sur son nez épais, sans doute pour mieux voir si c’était du lard ou du cochon, puis a repris son billet et après avoir longuement fouillé dans ses poches profondes, il a visiblement réussi à trouver un billet de cinq. Avant de partir, papy lui a fait un clin d’oeil que j’ai interprété comme signifiant qu’il l’appréciait bien. À moins que cela ait voulu dire que sa tête venait d’être mise à prix. Je ne sais pas trop.

 

Et enfin, il y a parfois des dragueurs fous. Et je ne parle pas de certains hommes qui draguent légèrement, même parfois maladroitement. Même si ce n’est ni le lieu, ni le moment pour ça et que je trouve ça navrant, non, je parle de ceux qui sont bien lourds, parfois agressifs voire même menaçants. Alors certaines ne se laissent pas faire et les rembarrent, mais j’en ai vu pas mal ne rien faire, ne rien dire, complètement tétanisées. J’imagine qu’elles ont plein d’idées et d’envies en tête. Comme par exemple se lever, sortir de la caisse, se mettre face à eux et leur administrer avec soin le plus magistral des coups de genou entre les jambes afin de les satelliser. Mais, non, elles font juste passer leurs produits d’un côté à l’autre de la caisse, donnent le prix, encaissent mais surtout, elles ne disent rien, ne font rien, de peur de les provoquer et de risquer l’agression.

Finalement, la plupart du temps, les gens sont neutres, ni gentils, ni méchants. Elles sont comme invisibles, comme une machine qui encaisse.

Heureusement, il y a eu, pendant la crise du covid-19, un matin où tous les clients attendaient l’ouverture devant le magasin en faisant une haie d’honneur et en applaudissant, comme pour le personnel médical. Je doute que ça ait duré très longtemps et certains ont dû reprendre leurs mauvaises habitudes. Mais ce jour-là, je ne peux qu’imaginer qu’elles ont dû se sentir utiles, un peu comme des super-héroïnes.

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Super Marmotte Volante

Super Marmotte Volante

Promis demain je trouverai une meilleure description.

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